Fathallah Oualalou: «Il est important de s’ouvrir à l’Asie»

Fathallah Oualalou: «Il est important de s’ouvrir  à l’Asie»

Entretien avec Fathallah Oualalou, ancien ministre de l’économie et des finances

Quand la Chine s’éveillera …le monde tremblera. En moins d’un siècle, l’Empire du Milieu s’est transformé en une économie en pleine croissance puis une puissance économique mondiale. C’est l’évènement économique du début du XXIe siècle. Cette transformation interpelle le Maroc, le Maghreb, l’Afrique et l’espace sud-méditerranéen. Présent lors de la World Policy Conference qui s’est déroulée à Rabat du 26 au 28 octobre 2018, Fathallah Oualalou, ancien ministre de l’économie et des finances et auteur de «La Chine et nous», a répondu à nos questions sur les leçons que nous devrions tirer de la grande transformation que vit la Chine et les défis qui attendent le monde actuel.

ALM : Le monde actuel est en constante mutation. Selon vous quels sont les grands défis auxquels il faudra faire face dans les prochaines décennies ?

Fathallah Oualalou : Je tiens tout d’abord à dire que c’est important que la World Policy Conference se tienne au Maroc. Maintenant pour ce qui est des problématiques qui se posent pour le monde actuel, on pourrait s’interroger dans ce sens sur les tendances et les difficultés qui sont liées aux mutations que connaît le monde. Pour les trente prochaines années, les tendances sont assez claires à commencer par la grande confrontation économique et certainement géopolitique entre la Chine et les Etats-Unis. Le monde d’hier était bipolaire (USA-URSS), celui d’aujourd’hui est unipolaire et celui de demain sera certainement multipolaire avec la Chine et les USA. Autre grand défi, celui de s’adapter aux grands changements apportés par la révolution numérique. Celle-ci est menée en grande partie par les Etats-Unis mais aussi par la Chine. Cette guerre commerciale va de plus en plus s’orienter vers une guerre technologique.

Quelles sont les réponses que nous en tant que Marocains devrons trouver pour ces évolutions ?

Nous devrons nous, en tant que Marocains, Maghrébins, Méditerranéens et Africains, essayer de trouver une réponse aux risques liés à ces changements. Ainsi, le déplacement du centre de rayonnement de l’économie va vers l’Asie et il est certain que cette guerre commerciale va entraîner une solidarité entre les économies asiatiques, ce que j’appelle «l’asiatisme» avec le rapprochement entre le Japon, la Corée et la Chine (malgré les contradictions qui peuvent exister entre ces pays). Partant de là, il faut rester optimiste dans la mesure où l’Afrique à laquelle nous appartenons intéresse le monde entier. Il faut savoir que le 21ème siècle et pour des considérations avant tout démographique va être africain. A titre d’exemple, l’urbanisation massive que le monde va connaître dans les années à venir sera en grande partie en Afrique. Ce continent attire les investisseurs chinois. Comme vous le savez, la Chine est actuellement en train de construire «sa route de la soie». Celle-ci passe en grande partie par l’Afrique. Par conséquent, le Maroc en tant que pays africain et en même temps faisant partie de l’approche euro-méditerranéenne peut avoir un rôle important dans cette transformation.

En quoi justement pourra consister le rôle du Maroc dans cette nouvelle configuration ?

La place du Maroc dans ce contexte est liée à sa géographie. Par la force des choses, nous sommes un pays afro-euro-méditerranéen.  Par conséquent, il est important pour nous de s’ouvrir à la multipolarité. Les relations avec l’Europe doivent rester importantes et nous espérons que l’Europe se réveillera parce que face au contexte actuel il faut que le monde euro-méditerranéen soit fort. En interne il est essentiel qu’on réfléchisse sur nos relations avec l’Asie. Il est donc important de maîtriser nos relations avec l’Europe et l’Afrique (la proximité) et en même temps de s’ouvrir sur ce que j’appelle «le lointain», à savoir l’Asie.

Comment construire un lien à long terme avec les pays de l’Asie, notamment les deux puissances économiques émergentes, à savoir l’Inde et la Chine ?

Ce lien peut se faire par l’Afrique.  Aujourd’hui l’Afrique aura de plus en plus (pour des considérations démographiques) des besoins alimentaires immenses et là à partir de notre phosphate nous pouvons être un élément de présence en Afrique. La question alimentaire pour le continent est à la limite urgente. C’est pour cela que la réflexion sur la gouvernance mondiale sur le plan économique est essentielle et le fait d’accueillir une réunion comme celle-ci n’est pas anodin. Il faut par ailleurs qu’on se prépare en interne pour être au niveau du grand dialogue avec le monde de demain.

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