Femmes et femmes

Y a-t-il un avenir pour l’entreprenariat au féminin au Maroc ? Une question aux allures superflues, mais qui trouve sa légitimité dans le cadre social aussi bien limité que limitant auquel les femmes doivent faire face. Les femmes représentent la moitié de la population marocaine. En 1994, la population féminine constituait 50,3 % de l’ensemble du Maroc.
Cependant, la femme reste la parente pauvre en matière de formation, elle se taille la part belle dans les 55% de la population marocaine analphabète. Elle en constitue 68% plus particulièrement dans le monde rural. Difficile dans une pareille situation de parler d’émancipation sociale ou de réussite professionnelle. La place accordée à la femme reste minime dans les postes de responsabilités. Dans l’administration, les femmes représentent seulement 5% au niveau des postes des directeurs centraux, 4% au niveau des chefs de division et 6% au niveau des chefs de service.
Il n’existe cependant aucune femme secrétaire générale. La proportion des femmes dans la population active n’en connaît pas moins une croissance significative, passant de 20% dans les années 1980 à 29% dans les années 1990. Quelques «faits marquants» au niveau politique ont également changé plus d’une donne : la nomination pour la première fois de l’histoire du Maroc d’une femme, Mme Zoulikha Nasri au poste de conseiller du Roi, celle de Amina Benkhadra à la tête de l’Office National de la Recherche Pétrolière (ONAREP), celle de Fathia Bennis a pris les reines de l’Office National Marocain du Tourisme (ONMT)…
En janvier 2001, Mme Farida Jaïdi est nommée chef de la mission diplomatique en Suède. Elle est ainsi la deuxième femme nommée ambassadeur après Mme Aïcha Belarbi à l’Union Européenne. C’est dire que le changement a véritablement eu lieu. Quant au privé, Le Maroc compte 500 entreprises structurées qui sont gérées par des femmes. Sans parler de celles qui exercent des professions libérales. Un grand nombre, sinon la plupart des franchises installées au Maroc sont gérées par des femmes. Être chef d’entreprise revient à dire que la femme a toute la liberté de gérer son temps entre son entreprise et ses obligations familiales ou autres et qu’elle est complètement indépendante par rapport à l’homme.
Les nouvelles technologies ont énormément contribué à ce que la femme puisse mener librement son projet à bon port. Elles permettent une élasticité dans le travail dont elle ne déposait pas auparavant. La législation marocaine ne fait aucune forme de distinguo entre l’homme et la femme quant à la création d’entreprises. Ceci dit, les contraintes sont surtout d’ordre psychologique. Certains milieux se refusaient de croire au leaderschip féminin. Mais la donne achangé ces 15 dernières années. L’évolution sociale, certes lente mais certaine, fait que la femme est désormais en mesure de réussir. Ayant eu lieu récemment à Casablanca, le Forum des femmes chefs d’entreprise a démontré leur capacité de mobilisation. Initié parl’Association des femmes chefs d’entreprise du Maroc, ce forum a permis aux femmes de prendre le devant de la scène et d’informer sur l’évolution de la femme manager au Maroc.
Le nombre de projets de créations d’entreprises déposés par les femmes au Centre régional d’investissement (CRI) de Casablanca, a représenté, à fin janvier 2003, soit 10% des 700 demandes déposées depuis la mise en place de cet organisme. Entre 30 à 40% des actionnaires des entreprises nouvellement créées sont celles des femmes. Des donnes nouvelles qui ont fait dire au ministre des Finances et de la Privatisation que « la femme marocaine est aujourd’hui actrice de son destin, s’affirme comme un être responsable, capable de prendre des décisions, d’investir et de réinventer l’entreprise».
L’enjeu donc est doublement de taille : l’émancipation sur le plan social et la participation active de toutes les capacités productives à tous les niveaux du processus économique. Lesmesures qui ont été prises ces dernières années en faveur de l’entreprise notamment la création des CRI et la simplification des démarches administratives, ont été d’un apport significatif quant à la création d’entreprise notamment par des femmes. Mais la natureé parpillée de ces mesures handicape la marche des hommes et des femmes chefs d’entreprise. Un effort d’unifomisation de ce dispositif s’impose.

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