Ferroviaire : Le Maroc dans la cour des grands

Ferroviaire :  Le Maroc dans la cour des grands

Des gares ultramodernes et une expertise marocaine qui se développe

Rabat-Agdal est désormais une escale importante dans l’exploitation de la Ligne à grande vitesse. Sa réalisation s’inscrit dans le cadre d’une approche multiface intégrée visant à repenser le concept du voyage ferroviaire au Maroc.

Samedi 17 novembre 2018, le Souverain a inauguré officiellement une nouvelle structure ferroviaire et ce en moins de 48 heures du lancement du nouveau Train à grande vitesse reliant Tanger à Casablanca. Il s’agit en effet de Rabat-Agdal, une gare connue de tous les Marocains, notamment les voyageurs qui font l’axe Casa-Rabat ou encore Rabat-Kénitra. Rabat-Agdal a subi une opération lifting lui permettant de faire partie des gares ferroviaires ultramodernes du Maroc. Cette refonte a nécessité une enveloppe de l’ordre de 800 millions de dirhams et plus de 20 mois de travaux. L’objectif étant d’en faire une station répondant aux normes internationales en termes de commodités et de durabilité. Rabat-Agdal est désormais une escale importante dans l’exploitation de la Ligne à grande vitesse. Sa réalisation s’inscrit dans le cadre d’une approche multiface intégrée visant à repenser le concept du voyage ferroviaire au Maroc. C’est dans ce sens qu’il a été procédé à l’aménagement de trois autres gares, à savoir celle de Tanger ville, Kénitra et Casa-Voyageurs. Les quatre infrastructures répondent à une charte urbanistique de pointe. Inspirée de l’architecture aéroportuaire, la gare de Rabat-Agdal et à l’instar des autres stations réaménagées est dotée de vastes halles, des salles d’embarquement, de food-court et une zone commerciale occupée par des enseignes prisées par tous les Marocains.

Les nouvelles gares offrent par ailleurs aux personnes à mobilité réduite des services adaptés à leurs besoins et ce en mettant à leur disposition des installations de commodités nécessaires. Ce chantier de modernisation des gares ferroviaires a été nécessaire pour accompagner les grandes mutations que connaît le secteur ferroviaire au Maroc. Une transformation qui vient appuyer la vision du Maroc à s’inscrire dans une nouvelle ère économique articulée autour d’une panoplie de stratégies sectorielles à forte valeur ajoutée. Le projet de Train à grande vitesse a porté sur un investissement de 22,9 milliards de dirhams. Le budget général alloué par l’État et le Fonds Hassan II pour le développement économique et social est de 6,5 milliards de dirhams. Le financement de l’État français est de 11,5 milliards de dirhams, soit 50 % du coût du projet. Cette enveloppe est constituée d’un don de 825 millions de dirhams et d’un prêt de 7,5 milliards de dirhams du Trésor francais et de 3,2 milliards de dirhams de l’Agence française de développement. Le financement des Fonds arabes s’élève à 4,9 milliards de dirhams, dont 1,5 milliard de dirhams du Fonds saoudien pour le développement, 1,1 milliard de dirhams du Fonds koweïtien pour le développement économique arabe, 1,1 milliard de dirhams du Fonds d’Abu Dhabi pour le développement, et de 1,2 milliard de dirhams du fonds arabe pour le développement économique et social.

Une nouvelle ère de mobilité qui s’annonce

Ce nouveau chapitre de mobilité ouvert par le Royaume a été couronné par le lancement de la Ligne à grande vitesse qui vient dans un premier temps rapprocher deux pôles stratégiques, à savoir Casablanca et Tanger dont le rayonnement économique n’est plus à démontrer avec l’émergence de grands projets et l’installation d’investisseurs de taille. «Le Train à grande vitesse est une vision royale qui a permis un aiguillage stratégique pour le secteur ferroviaire. Notre projet vient dans une cohérence d’ensemble. Il n’est pas isolé des autres stratégies sectorielles», explique dans ce sens Mohamed Rabie Khlie, directeur général de l’Office national des chemins de fer (ONCF), lors d’un point de presse tenu à Tanger vendredi 16 novembre, permettant aux médias nationaux de vivre l’expérience d’Al boraq (Train à grande vitesse) en provenance de Casablanca ou de Rabat.

Le trajet a duré 2h10 pour ceux qui ont voyagé au départ de Casa et de 1h20 de Rabat. Ce qui démontre le rôle que joue cette ligne en termes de gain de temps et de proximité, notamment pour les hommes d’affaires et travailleurs opérant sur l’axe Tanger-Kénitra (200 kilomètres) où la mobilité pour les passagers est passée grâce au TGV à 50 minutes au lieu de 3h15 minutes auparavant. «Aujourd’hui les passagers peuvent mettre moins de temps pour voyager de Tanger à Kénitra plutôt que d’aller de Tanger à Melloussa ou à Tanger Med. Le TGV nous a permis de libérer la capacité sur la ligne conventionnelle pour transporter le fret sur l’axe Tanger-Kénitra et faire acheminer par conséquent les voitures conçues sur la plate-forme Peugeot-Citroën (Kénitra) vers Tanger-Med pour l’export. Aujourd’hui la zone industrielle de Kénitra est à proximité de Tanger Med que cela soit en termes de mobilité passager ou bien en termes de capacité pour le fret», précise le DG de l’ONCF. Après avoir parcouru Casa-Kénitra à 160 km/h, Al boraq monte en puissance à partir de Kénitra pour arriver à Tanger à une vitesse de 320km/h. Il s’agit de la vitesse commerciale maximale déterminée pour le TGV marocain et qui a atteint en phase d’essai un record de 357 km/h. Ce record a permis au Maroc, 18ème pays à intégrer le club des TGV, d’entrer par la grande porte dans le Top 10 des records des grandes vitesses, se situant ainsi à la 9ème place et devançant des pays ayant franchi préalablement ce pas, en l’occurrence la Turquie.

Une quarantaine de conducteurs habilités

Au total 42 conducteurs, dont une femme, sont habilités à conduire Al boraq. Pour arriver à ce stade il leur a fallu passer plus de 5 mois de formation passant par des étapes très pointues, à savoir les examens écrits ou oraux, testes techniques et conduites sur le terrain. Cet effectif a été formé par 4 cadres marocains qui eux aussi ont été habilités par des experts de la SNCF lesquels n’ont pas hésité à partager leur savoir-faire et leurs années d’expérience en matière de conduite de Train à grande vitesse avec les cheminots marocains. Pour mener à bien l’expérience d’Al boraq, des centaines de nouveaux collaborateurs appartenant à des corps de métiers différents ont été recrutés mais surtout formés à l’Institut de formation ferroviaire de Rabat fruit de partenariat entre les réseaux ferrés français et marocain.

Ils seront 26 trains au démarrage, soit 13 par sens qui desserviront au quotidien l’axe Tanger-Casablanca. L’objectif étant de transporter 6 millions de passagers. Et pour ce faire, les revenus ont été optimisés en adéquation avec le pouvoir d’achat des usagers. La grille tarifaire définie pour Al boraq est inspirée du système aérien. La gamme diffère selon le niveau de flexibilité choisi par le voyageur. Il existe ainsi 3 tarifs, à savoir un prix semi-flexible et flexible (en vente jusqu’à la veille du voyage) et pour le lancement un tarif promotionnel non flexible. Si l’on prend le trajet Casablanca-Tanger, le prix en 2ème classe sera 149 dirhams pour le train de faible affluence ( hors pointe), de 187 dirhams pour le train d’affluence normale ( standard), et de 224 dirhams pour le train de pointe notamment en période de l’Aïd ou en fin de semaine. L’ONCF a par ailleurs émis des forfaits pour les enfants, à savoir 50 dirhams en 2ème classe et 80 dirhams en 1ère classe et ce quelle que soit la destination de départ. S’il est souhaitable de réserver à l’avance pour bénéficier de tarif attractif, les jeunes entre 16 et 26 ans, étudiants et séniors, bénéficieront tout le temps de promotion allant de 15 à 30% selon la catégorie de voyageurs et ce même lors de l’achat du billet le jour même. Hors cette cible, le voyageur paiera 10% de plus au cas où il achète son billet de train le même jour de son départ. Pour un démarrage, l’ONCF a annoncé la gratuité des voyages à bord d’Al boraq les 26-27 et 28 novembre. De même, un tarif promotionnel pour les deux classes sera proposé selon la disponibilité si le billet est acheté au plus tard 7 jours avant la date du voyage.

De nouvelles lignes dans le pipe

Le lancement de cette première ligne LGV a pour objectif d’asseoir un modèle viable qui permettra par la suite d’accélérer le développement des lignes sur d’autres axes. Un schéma directeur a été dans ce sens tracé visant à terme de créer une Ligne grande vitesse de 1.500 kilomètres reliant Tanger à Agadir et Rabat à Oujda. «L’axe Tanger-Casa est un cas d’école. Son bilan économique permettra par la suite de voir à quelle vitesse nous pourrons déployer le reste du schéma directeur», apprend-on du DG de l’ONCF. C’est dans ce sens qu’il a été procédé au lancement de projets ferroviaires de grande envergure permettant entre autres à résorber les flux substantiels du trafic et de réduire le temps des trajets. Citons dans ce sens le triplement de l’axe Casablanca-Kénitra et le dédoublement complet de la ligne Casablanca-Marrakech dont le coup d’envoi à été donné par le Souverain en marge de son inauguration de la gare Rabat-Agdal. Ces travaux, additionnés aux projets des 4 gares dédiées aux Trains à grande vitesse et des nouvelles gares d’Oujda et de Benguerir portent sur un investissement global de près de 10,5 milliards de dirhams. Le triplement de l’axe Casablanca-Kénitra s’articule à lui seul autour d’une enveloppe budgétaire de 5,2 milliards de dirhams. Ce projet vise la désaturation du carrefour ferroviaire de Casablanca et multipliera la capacité de cette ligne par 2,5 offrant la possibilité de programmer jusqu’à un départ toutes les 3 minutes. De même, le doublement complet de la ligne Casablanca – Marrakech (174 km), ayant nécessité des investissements de l’ordre de 3 milliards de dirhams, permettra l’augmentation de la capacité de la ligne de plus de 100 % sans oublier les retombées sur le plan environnemental, notamment la réduction de 6,5 millions de tonnes de gaz à effet de serre annuellement.

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