Finie l’exception marocaine

Finie l’exception marocaine

Le débat qui anime la scène politico-économique nationale autour de la décision du gouvernement et plus précisément du ministère de l’économie et des finances, de couper le quart des investissements publics prévus dans la loi de Finances 2013 est irréaliste. Les tentatives de récupération politique de la situation le sont encore plus. La situation est grave et cela dépasse les enjeux politiques et les guéguerres d’ego. Le Maroc a peut-être plus ou moins réussi sa réforme politique au lendemain du Printemps arabe qui a frappé la région mais aujourd’hui, il est temps pour nous de nous attaquer aux gros morceaux, la réforme économique ! Et ce n’est pas en prêtant l’oreille aux beaux discours flatteurs que nous réussirons la transition. Dans ce genre de situation, le dicton populaire le dit si bien, «Il faut écouter ceux qui te font pleurer et non ceux qui te font rire», ce sont les discours et les alertes que le subconscient collectif a décidé d’ignorer ou de «zapper» comme on dit de nos jours, que nous devons réécouter en boucle dans l’espoir de raviver la conscience collective. Au moment où le gouvernement avait décidé de la hausse des prix du carburant, le débat s’était enflammé, c’est le cas de le dire, autour de l’impact social d’une telle décision et autour du risque politique pour le gouvernement d’aller dans ce sens après les promesses de la campagne électorale. Mais si nous revenons à la base et que nous ressortons les arguments mis en avant pour justifier une telle décision, nous constaterons clairement que les chiffres avancés par le ministre des finances devant le Parlement à l’époque étaient sans appel. La faillite de l’entreprise Maroc était annoncée et le risque de voir le pays perdre sa souveraineté et tomber dans les mêmes erreurs des années 80 qui ont conduit au PAS, sont là, très menaçants. Et qu’est-ce qu’on a décidé de faire? Nous avons regardé le doigt de celui qui nous montrait la lune et nous avons perdu de vue l’objectif initial, la lune. L’impact de notre dépendance énergétique entre autres, sur les finances publiques, n’était que la première secousse annonciatrice de ce qui allait venir et aujourd’hui, nous y sommes… presque. Il y a comme un semblant de déjà vu dans le niveau du déficit et le déséquilibre de la balance commerciale annoncés il y a quelques semaines, ceux qui ont vécu l’époque du PAS ne l’ont pas raté et savent pertinemment que si des mesures douloureuses mais courageuses ne sont pas prises dans l’immédiat, nous courrons à notre perte. Là encore, le signal est fort, je dirai même retentissant, dans la décision «historique» de couper dans le budget des investissements publics. Mais le débat est ailleurs. On s’empresse politiquement à en évaluer l’impact et à en relativiser l’importance mais c’est vraiment un moment historique de notre histoire économique que tout le pays doit gérer avec beaucoup de doigté et surtout de courage. Il faut dépassionner le débat et mobiliser toutes nos forces pour trouver des solutions concrètes et surtout efficaces qui permettront de rétablir l’équilibre au plus vite.  Il en va de l’avenir du Maroc tant sur le plan local que régional. Oui la crise est bien là et oui la conjoncture internationale ne joue pas en notre faveur à 100% mas c’est à nous d’optimiser nos ressources (aussi faibles soient-elles) pour agir de manière chirurgicale et faire des concessions là où il faut. Le sur-mesure n’est pas fait pour nous, non pas parce qu’il y a cette notion tellement galvaudée, d’exception marocaine, mais parce que nous devons faire du réajustement budgétaire un projet national, pris en main au plus haut niveau et avec l’engagement de toutes les forces vives du Royaume. C’est la responsabilité de toute une génération pour préserver l’avenir de notre pays et lui assurer la croissance et le progrès auquel il aspire. Les observateurs et intervenants économiques et politiques sont en train de s’emballer pour analyser et critiquer une «mesurette» qui permettra, certes, de réparer la roue de la voiture, mais si on continue à éviter d’ouvrir le moteur de peur de ce qu’on va trouver sous le capot, on n’ira pas loin. Et si on tend l’oreille aux quelques messages, jusque-là cryptés, qu’ont envoyés les notes de la DEPF, aux warning mis en évidence par la Banque centrale  et à toutes les autres études macro-économiques qui ont été livrées à la fin du premier trimestre 2013, on verra clairement que la météo est loin d’être clémente et que, le temps de prendre notre courage à deux mains pour ouvrir le moteur, le réparer et reprendre la route, c’est la voie même de la croissance qui risque d’être bouchée. Donc réveillons-nous, il n’y a pas d’exception marocaine, la crise, cela n’arrive pas qu’aux autres, et si nous voulons garder notre souveraineté et ne pas retomber dans les années noires du PAS, c’est maintenant que nous devons laisser de côté nos complexes et ignorer les vieux démons pour aller de l’avant. Nous y laisserons quelques plumes certes, mais on n’a rien sans rien et ce n’est pas en nous voilons la face que nous rétablirons l’équilibre. L’autre point important à souligner, c’est que la situation que vit le Maroc aujourd’hui n’est pas que l’affaire du gouvernement, c’est aussi et surtout l’affaire des opérateurs économiques et de tous les économistes quelle que soit leur couleur politique, du pays. Ce qui me ramène à une autre belle initiative qu’avait lancé le patronat mais qui, à l’époque, n’a pas eu l’écho qu’il fallait, j’ai nommé la notion de patriotisme économique. Tout le patronat doit bouger aujourd’hui pour porter le projet de «croissance», en binôme avec le gouvernement, au lieu d’attendre que ce dernier décide pour lui. Le Maroc se doit de réussir sa révolution économique et maintenant, sinon nous prenons le risque de perdre les acquis d’il y a quinze, voire vingt ans et nous hypothéquerons l’avenir économique national et régional de notre pays.

Par Hanaâ Foulani
Journaliste-chroniqueuse & consultante

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