Formation-emploi : L’éternel décalage

Formation-emploi : L’éternel décalage

Plus de 67% des universitaires marocains sont au chômage. Le constat est grave. Et c’est le cabinet d’intérim et de recrutement, ManPower, qui en fait état dans une enquête sur les jeunes diplômés et le marché de l’emploi. Une enquête qui fait ressortir également que 60% de ces universitaires sont en cours de recherche d’emploi depuis au moins trois mois. Ce qui en dit long sur le décalage entre leur formation universitaire théorique et la réalité des entreprises.
Par sexe, 59% des hommes et 40% des femmes sont touchés par le chômage, que ce soit le chômage longue durée (5% pour les hommes et 4% pour les femmes) ou courte durée (56% pour les hommes et 40% pour les femmes). Par formation, ce sont surtout les Bac+5 qui souffrent le plus du chômage, contrairement aux Bac +4. Plus de 45% de ces diplômés sont sans emploi depuis une période allant jusqu’à 6 mois. Une situation probablement due à leur profil plus pointu et à la réticence des entreprises envers leurs exigences.
Une situation aggravée notamment par la non-maîtrise des techniques de recherche d’emploi. 58% des jeunes diplômés n’ont jamais bénéficié d’une formation sur les techniques de recherche d’emploi. Et 20% des jeunes diplômés ont recours en premier lieu aux annonces de la presse dans leurs recherche d’emploi, 20 % pour les candidatures spontanées et 19 % par Internet.
Pourtant, ce ne sont pas les efforts de mieux se préparer au marché de l’emploi qui manquent. «En 2004, les jeunes diplômés fournissent plus d’efforts pour se préparer à la vie active», constate-t-on dans cette enquête. Ce qui se traduit sur le terrain par une meilleure maîtrise des langues étrangères (99% de la population interviewée est bilingue) et de l’outil informatique (99,8 %) considérés comme des outils indispensables dans la vie professionnelle, une augmentation du nombre de stages effectués par jeune diplômé. ( 32% des interviewés ont effectué plus de 3 stages), et une prise de conscience vis-à-vis de l’importance de la formation: 94% des interviewés se disent partants pour des cycles de formation spécialement dans la gestion et les finances (24%), l’informatique (15%) et le marketing (12%).
Une évolution doublée d’une autre, celle des mentalités. La nature et la qualité du diplôme semblent également céder du terrain devant les compétences intrinsèques à chacun. Quelque 30 % des jeunes diplômés estiment que les compétences sont plus importantes que le diplôme. 82% pensent que le diplôme ouvre un droit au travail, mais paradoxalement, les Bac+4 avec 78% sont moins nombreux à le réclamer que les Bac+2 (93%). Et 26% d’entre eux estiment que leur école ne les a pas suffisamment préparés à la vie active.
Fait notable, 82% des jeunes diplômés préfèrent avoir un travail passionnant que bien rémunéré. Leurs aspirations sectorielles vont dans une grande partie au commerce, aux services et à l’industrie (64% des demandes, sollicitées spécialement par les Bac+4 et Bac+5 avec respectivement 64% et 65%). Autre fait nouveau, le secteur public n’attire qu’une faible proportion de diplômés (10%).
Si les fonctions les plus demandées sont de loin les finances et la comptabilité (21%), suivies des fonctions d’ingénieurs et commerciales ( 14 et 13%) et sont sollicités en premier lieu par les Bac+2 ( 39%), la rémunération souhaitée est, quant à elle, fonction des études. Les universitaires ont des prétentions salariales plus élevées (supérieures à 9.000 dirhams) contrairement aux Bac+2 qui ne dépassent pas ce seuil. Plus que la moitié des Bac+5 (53%) estiment que leur salaire mensuel devra être entre 7.000 et 9.000 dirhams.
La stabilité de l’emploi ne semble plus être à l’ordre du jour des exigences des jeunes diplômés. Une moyenne de 73% d’entre eux (dont 83% d’universitaires) se déclarent prêts à effectuer une mission d’intérim pour un premier emploi.
Mais 35% des Bac+5 et 32% des Bac+2 refusent encore une mission d’intérim pour un premier emploi. L’acceptabilité de l’intérim augmente avec l’allongement de la durée de chômage du fait que les chômeurs connaissent mieux la réalité du marché et cherchent à changer leur situation actuelle. Pourvu que ça dure.

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