Frederic-Michel Chevalier : «Il y a une forte opportunité dans la «LegalTech» au Maroc et en Afrique»

Frederic-Michel Chevalier : «Il y a une forte opportunité dans la «LegalTech» au Maroc et en Afrique»

Entretien avec Frederic-Michel Chevalier, CEO de Legal e-services

Faire de Casablanca la capitale de la «LegalTech» en Afrique, c’est le pari relevé par Legal e-services et «African legalTech Cluster» lors de la conférence internationale «LegalTech : enjeux et opportunités pour le Maroc et l’Afrique» qui s’est tenue au Technopark de Casablanca, vendredi 9 mars 2018. Notaires, avocats, professionnels de l’arbitrage, directeurs de services juridiques… tous étaient présents pour débattre des nouvelles opportunités offertes par le digital. Pour mieux comprendre le concept de «LegalTech», les ouvertures qu’il présente aussi bien pour les juristes que pour les utilisateurs, nous sommes allés à la rencontre de Frederic-Michel Chevalier, CEO de Legal e-services.

ALM : Pourquoi avoir choisi d’organiser cet événement au Maroc ?

Frédéric-Michel Chevalier : On pense qu’il y a une forte opportunité au niveau de la «LegalTech» au Maroc et en Afrique, une opportunité d’influence. Mais c’est aussi une opportunité économique de développer une filière de start-up et comme c’est un sujet qui n’est pas encore très identifié au Maroc on a voulu adresser un signal très fort aux décideurs sur le concept de la «LegalTech», car celui-ci concerne tout le monde. Je crois qu’on a réussi, à travers cet évènement, ce que je qualifierais d’une première mondiale, c’est-à-dire d’avoir associé des gens d’univers très différents dans ce domaine. Ce format existe un peu partout dans le monde mais généralement il y a beaucoup d’entre-soi entre avocats et professionnels du droit. Ici on a réuni des avocats, des magistrats, des notaires, des directeurs juridiques d’entreprises mais aussi des chefs d’entreprises et des entrepreneurs, des personnes qui viennent d’univers du marketing, tous sont en train de réfléchir sur ce que pourrait être une nouvelle expérience autour de la justice et du service juridique.
La «LegalTech» est en pleine expansion dans le monde, pouvez-vous éclairer les moins érudits sur ce concept ?
Les «LegalTech» sont fondées sur le même principe que les «FinTech» qui sont beaucoup plus connues. Sur le plan sémantique, c’est la contraction de «Legal» et de «Tech». Il s’agit tout simplement des entreprises qui s’attaquent à la transformation digitale de l’environnement juridique soit parce qu’on a des prestataires de services juridiques qui vont utiliser la technologie pour faire évoluer leur offre de service vis-à-vis de leurs clients, soit des entreprises ou des start-up de divers secteurs technologiques qui essayent de trouver des applications plus ou moins «disruptives» pour apporter de nouveaux services directement au grand public, aux utilisateurs ou encore aux professionnels du droit.

Vous avez déclaré précédemment vouloir faire de Casablanca «la capitale de la LegalTech en Afrique», comment comptez-vous y parvenir ?

Lors de cette conférence nous avons lancé l’«African LegalTech Cluster», c’est un pôle de compétitivité qui pour l’instant est uniquement sur initiative privée qui veut fédérer l’écosystème. Pour réussir à créer une filière économique viable il faut plusieurs choses : il faut de la recherche et développement, c’est-à-dire qu’il faut à la fois rassembler tous les professionnels du droit, simplement parce qu’on ne peut pas faire de «LegalTech» sans juristes, sans les établissements de formation et de recherche universitaires, et sans les acteurs qui fournissent la technologie, c’est pour ça qu’on est en partenariat avec IBM. On est également en partenariat avec Artémis, leader marocain des services d’information juridique pour les professionnels. On associe les donneurs d’ordre, les grandes entreprises, les banques, les organisations pour pouvoir travailler ensemble et imaginer des solutions qui soient viables. C’est pour cela que derrière cette journée de partage et de réflexion et aussi de mobilisation, on organise samedi et dimanche un «Legal Hackathon Maroc» pour lequel environ 200 personnes sont mobilisées pour essayer de trouver des solutions et de créer des entreprises dans ce domaine. A l’issue de ce hackathon qui va durer 48 heures non-stop, quatre lauréats seront intégrés dans le premier programme d’incubation de l’«African legalTech Cluster». Ils seront accompagnés dans la création de leur entreprise et bénéficieront d’une dotation minimale en capital de 50.000 dirhams. Par ailleurs, il y aura d’autres programmes qui vont unir différents partenaires tout au long de l’année. En effet, on apporte un modèle ici au Maroc qui est un peu différenciant. C’est une approche d’un nouveau modèle de développement dans le digital par verticalité. Je m’explique : on mélange souvent ce qui est start-up et TPE, ou faire du digital en général. Nous on a choisi d’être sur une verticalité, à savoir celle des services juridiques et de mobiliser tout un écosystème. Mais on pourrait demain imaginer qu’on ait la même démarche dans le domaine de la santé, des GreenTech et ainsi de suite.

Justement comment se présente le terrain pour la création de ce genre d’initiative au niveau juridique ?

Alors au niveau juridique, ça va être beaucoup plus simple parce qu’il y a la plate-forme de création d’entreprises en ligne qui vient d’être approuvée en Conseil de gouvernement. D’ailleurs, il faut noter que l’une des premières «LegalTech» est un portail qui permet de créer son entreprise et après de la gérer avec de la mise en relation, avec des professionnels du droit, avec les comptables.

Comment les professionnels du secteur voient-ils cette nouvelle approche du service juridique «concurrentielle» en quelque sorte?

Visiblement bien. Soyons clairs, j’ai eu des avis plus ou moins contrastes mais on a posé le sujet avec cette accroche de «Casablanca capitale de la LegalTech» et on voit qu’ils ont répondu à l’appel. Comme vous pouvez le constater, de grands cabinets d’avocats sont là, le président de l’Ordre des notaires de Rabat et son vice-président également, une dizaine de directeurs juridiques y compris de grandes entreprises sont présents, Bank Al-Maghrib est représentée, OCP, etc. Finalement tout le monde a répondu à l’appel et puis, comme vous pouvez le constater, l’accueil est très favorable.

Quelle sera votre prochaine étape ?

Sur le même format et puisqu’il y a une dimension africaine, on envisage d’organiser le même type d’évènement à Abidjan à la fin de l’année. Bien entendu, on organisera de manière régulière sur une base annuelle des évènements de ce genre à Casablanca mais parallèlement on veut favoriser les échanges. Donc cela peut être des rencontres de donneurs d’ordre avec des porteurs d’idées sur un domaine particulier, il y aura toute une animation qui sera communiquée au mois de mai autour du «LegalTech Cluster».

Quelles étaient les idées innovantes des start-up qui vous ont le plus marqué ?

On est au tout début mais on avait organisé un petit Hackhaton en 2016 qui nous avait donné envie de poursuivre. Des choses assez prometteuses en sont ressorties, venant des participants qui ont découvert le sujet. A titre d’exemple, il y a une plate-forme qui va se mettre en place dans les prochaines semaines, elle vise à mettre en relation les professionnels du droit avec les justiciables et les entreprises pour améliorer l’accès au droit. Cela ne va pas ubériser l’avocat mais elle permettra d’envoyer vers les professionnels du droit une nouvelle catégorie de clientèle qui ne venait pas. Et puis, il y a un projet coup de cœur, c’est un système adapté à l’économie informelle du continent africain. Il permet d’obtenir un reçu sur une transaction informelle, par exemple en cash via un simple téléphone mobile 2G, et aujourd’hui le projet est présenté aux opérateurs.

 

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *