Géostratégie : Les enjeux de l’Afrique 2019 passés au crible

Géostratégie : Les enjeux de l’Afrique 2019 passés au crible

Le cabinet Mazars convie des experts de renommée internationale pour décrypter le contexte du continent africain tant sur le plan politique qu’économique. Les agendas politiques, la question migratoire, la valorisation de la matière première, le fort taux d’intérêt des crédits, le respect des ethnies; tous ces éléments ont été analysés. L’Afrique est résolument dans un tournant. Explications.

Le cabinet Mazars marque le lancement de sa business unit Afrique par une conférence où les enjeux de l’Afrique, en 2019, ont été décryptés par un panel d’experts internationaux. En guise d’introduction, Abdou Diop, Managing Partner Mazars, rappellera que «le cabinet est très engagé sur le continent africain. Un continent qui devient un enjeu géopolitique car tout le monde s’y intéresse». De son côté, Sanaa Lahlou, fraîchement nommée à la tête de cette entité, affirme que «l’instauration d’une business unit spécifique permettra de mettre les moyens pour développer les relations». Les perspectives de l’Afrique sont énormes. Selon la BAD, le taux de croissance en 2019 a été estimé, en effet, à 4%. Le commerce intra- africain demeure, cela dit, très faible. Les enjeux de 2019 sont multiples et les décrypter permettra de mieux appréhender les marchés en termes d’opportunités, de quête de partenariat, de source de financement…

Salaheddine Mezouar, président de la CGEM, insistera, à cette occasion, sur le fait que «l’Afrique doit s’assumer et comprendre que son avenir dépend de ses enfants. Les réalités de l’Afrique sont complexes. Et si les besoins ne sont pas détectés, on passera à côté de belles choses. La montée du chauvinisme en Europe, par ailleurs, devra être prise en ligne de compte. Et c’est pour cela qu’il est important de s’arrimer ensemble nous Africains pour créer un maillage».

Le contexte de la conférence, ainsi traduit, les panélistes traiteront des enjeux politiques et économiques. Les questions qui peuvent se poser pour un investisseur potentiel sur le plan politique, déjà, sont multiples. Il s’agit en effet pour lui de connaître l’impact des élections de l’année. Nigeria, Sénégal, Afrique du Sud, Algérie, Tunisie sont les principaux pays concernés par cette actualité. A ce propos, le journaliste et enseignant en Science Po Paris, Francis Kpatinde, fera remarquer que «l’Afrique doit respirer et chaque investisseur devra avoir l’œil rivé sur son agenda. 8 élections présidentielles marquent le continent africain, en 2019. En tant qu’observateur des Nations Unies, l’expert pense qu’il faut garder un œil sur l’Afrique du Sud». De son côté, le Pr Alioune Sall, directeur exécutif de l’Institut des Futurs Africains (IFA), reviendra sur les disparités qui se sont accrues depuis 1994, impactant négativement la crédibilité du Congrès national africain (ANC).

Abdelmalek Alaoui, président de la Tribune Afrique et du Huffpost Maroc, insistera sur la nécessité d’être pragmatique et du retour aux sources panafricaines. Pour lui, «il ne faut pas céder aux discours européens compte tenu de la montée du nationalisme dans ces pays». Moussa Mara, ancien Premier ministre et ex-candidat à la présidentielle du Mali, prône, quant à lui, la stabilité. «Il s’agit de parier sur les sociétés civiles pour créer les démarches les plus appropriées à chaque pays».

A ce sujet, Paulo Gomes, ancien candidat aux élections présidentielles de la Guinée-Bissau et co-fondateur de New African Capital Partners, rappelle l’enjeu important de la migration et recommande une cohésion sociale -Social Engineering-.

Pour le Pr Alioune Sall, «l’instrumentalisation de la migration est problématique. Le migrant nourrit aujourd’hui la peur alors qu’avant en Europe, le migrant n’était pas au chômage et avait un statut. Aujourd’hui, la crise européenne le place au cœur du problème. Et pourtant la mobilité des capitaux est sans limite alors que celle de la mobilité des personnes est restrictive».

Pour Paulo Gomes, les élites africaines doivent s’entendre et faire des compromis pour avancer.

Sur le plan économique et social, plusieurs problématiques ont été abordées telles que la mise en œuvre de la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA), l’équilibrage des indicateurs macroéconomiques, l’assainissement des finances publiques, la relance de l’investissement privé, l’uniformisation des économies, le durcissement des politiques monétaires de certains pays, la diversification économique, la réforme de la monnaie, la nécessité d’investir en recherche et innovation. Les enjeux à ce niveau sont énormes. Et même si la BAD annonce un taux de croissance de 4% pour le continent, l’Afrique est dans un processus d’exportation uniquement de matières premières. «Nous exportons de petites choses et nos partenaires ne sont pas nombreux, ce qui engendre des monopoles bilatéraux», explique, à juste titre, Kako Nubukpo, économiste et ancien ministre de la prospective et de l’évaluation des politiques publiques du Togo et ancien directeur de la Francophonie économique et numérique au sein de l’OIF.

Même son de cloche auprès de Lilia Hachem Nass, directrice du Bureau de la Commission Économique pour l’Afrique (CEA) en Afrique du Nord. «Les tendances principales sont dans la concentration des partenaires commerciaux. L’enjeu est donc dans la quête d’un nouveau modèle de développement qui s’adapte aux données environnementales». Certains pays comme l’Égypte ont mené des réformes impressionnantes dans le domaine de l’assainissement des finances publiques et du climat des affaires. Yacine Fal, DGA et responsable pays en charge de la Tunisie à la Banque africaine de développement (BAD), l’atteste. Elle affirme, en effet, que l’Égypte est en train de mener des transformations à travers des programmes sociaux. L’experte insistera sur l’un des enjeux principaux de l’Égypte, en l’occurrence l’eau.

Et sur la question du financement des projets structurants, les experts sont tous unanimes à dire que «les taux d’intérêts de crédit sont encore à 2 chiffres et avoisinent les 17%, ce qui rend le système non viable».

Le défi, à ce niveau, est de ramener de nouveaux opérateurs internationaux pour diversifier les sources de financement. Sur un autre registre, l’entrée tant attendue du Maroc à la CEDEAO permettra de doper les synergies. Ceci est tributaire d’une vision plus globale dans le cadre d’une cohésion de l’Afrique de l’Ouest. Guillaume Ardetti, fondateur de Belvedere Advisory, insistera sur cet aspect.

La conférence organisée par le cabinet Mazars a permis finalement de faire une remontée des problématiques les plus saillantes auxquelles devront répondre les différents gouvernements afin d’avancer dans une vision commune de développement des marchés dans un espace stable et pérenne.

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