Greniers collectifs : Le Souss-Massa soigne son patrimoine culturel

Greniers collectifs : Le Souss-Massa soigne son patrimoine culturel

Suite à la réalisation de plusieurs études, dont la première remonte à 2005, la reprise et la réfection des parties endommagées ont été réalisées dans les règles de l’art, eu égard au caractère vernaculaire de l’architecture de l’édifice.

Dans l’arrière-pays les greniers collectifs se comptent par centaines. Ces vestiges du passé, dont les premiers remontent au XVIIe siècle environ, sont un phénomène marquant de l’anti-Atlas et une véritable niche touristique à exploiter. Plus encore, ce pourrait être de véritables leviers de développement économique intégré, d’où l’intérêt de sauvegarder ce patrimoine et de le réhabiliter. Au départ de la ville d’Agadir, plusieurs igoudars, pluriel d’agadir qui veut dire grenier en berbère, sont aisément accessibles après moins d’une heure de trajet en voiture sur des routes parfaitement bétonnées.

C’est à une quarantaine de kilomètres sur la route d’Ait Baha que se dresse l’agadir du village d’Immchguiguen. Une belle forteresse aux formes majestueuses et à la couleur ocre, qui vient de retrouver son lustre d’antan. Et ce, grâce à la collaboration de plusieurs partenaires qui ont travaillé dans une démarche participative pour sa restauration et sa valorisation, dans le cadre de la stratégie culturelle du Conseil régional du Souss-Massa. Vendredi dernier, c’était l’occasion de voir de visu le fruit de cette synergie. Une délégation d’institutionnels, avec à sa tête le wali de la région du Souss-Massa Ahmed Hajji, accompagné de Brahim Hafidi, président du conseil régional du Souss-Massa, ainsi que de Jamal Khallouq, gouverneur de la province de Chtouka Ait Baha, a fait le déplacement pour visiter l’agadir restauré.

Si les travaux de restauration ont nécessité huit mois, la réalisation de ce projet est un processus de plusieurs années. «Il a fallu beaucoup de patience et de passion pour faire aboutir ce dossier», lance Said Dor, parlementaire de la province de Chtouka Ait Baha. Tout a commencé en 2004 par l’intérêt porté par les femmes architectes du Sud (ASAS, association solidaire des architectes du Sud) à la restauration des Igoudars de l’arrière-pays qui en ont fait une de leurs priorités. Pour le suivi et la conception du projet, c’est l’architecte Samira Saoudi qui a pris en charge le chantier bénévolement. Une véritable volonté politique a permis par ailleurs l’aboutissement du dossier. Le projet a bénéficié du lobbying du parlementaire Saïd Dor, le soutien du Conseil régional du Souss-Massa et l’accompagnement de la délégation régionale de la culture et des élus de la commune rurale Aït M’zal, sans oublier l’Agence de développement des zones oasiennes et de l’arganier (Andzoa).

La dynamique enclenchée sur les lieux a encouragé la mise en activité du foyer féminin implanté sur le site. Un centre longtemps fermé qui aujourd’hui réunit de nombreuses bénéficiaires à travers plusieurs ateliers.

La restauration du monument est achevée. Ces travaux ont nécessité un investissement de 1,3 million DH entièrement financé par le Conseil régional du Souss-Massa.

Suite à la réalisation de plusieurs études, dont la première remonte à 2005, la reprise et la réfection des parties endommagées ont été réalisées dans les règles de l’art, eu égard au caractère vernaculaire de l’architecture de l’édifice. C’est à une entreprise de la région de Khénifra réunissant des maalems maîtrisant les techniques de la maçonnerie en pierre qu’a été confiée la réalisation des travaux. «Les Igoudars sont un patrimoine exceptionnel. La rénovation de cet héritage d’une valeur inestimable doit donc se faire conformément aux savoir-faire ancestraux», souligne Samira Saoudi. Toutes les parties nécessitant des travaux de restauration ont ainsi été reprises à l’identique, de manière à préserver l’image et l’identité du grenier collectif.

Après ces travaux de rénovation suivront maintenant la construction et l’aménagement des espaces attenant à l’agadir. C’est une deuxième tranche de ce dossier qui nécessitera une enveloppe de 3 millions DH financée par l’Andzoa.  Il s’agit, entre autres, d’aménager une zone d’accueil touristique, une muraille de protection et un parking pour les autocars touristiques. Au programme également la mise en place d’espaces verts à travers la plantation d’arganiers et d’oliviers. «Il est question à travers cet investissement de promouvoir le développement intégré de la localité, dynamiser son activité économique et touristique et appuyer l’échange culturel intrarégional et extrarégional», indique Latifa Yaakoubi, directrice de l’arganier à l’Andzoa.

La dynamique enclenchée sur les lieux a encouragé la mise en activité du foyer féminin implanté sur le site. Un centre longtemps fermé qui aujourd’hui réunit de nombreuses bénéficiaires à travers plusieurs ateliers. Les adhérentes de cet établissement pourraient par la suite être impliquées dans la gestion de l’agadir. Reste aujourd’hui à réfléchir à la formule idoine de gestion. A noter que l’opération de restauration de l’agadir d’Immchguiguen s’inscrit dans le cadre d’une vision de préservation et de mise en valeur du patrimoine culturel et de la diversification de l’offre touristique dans l’arrière-pays. Une stratégie initiée par le Conseil régional du Souss-Massa. La démarche a permis déjà en 2014 la restauration de trois greniers collectifs dans la province de Chtouka Ait Baha. Il s’agit des greniers d’Ikonka, et ceux d’Ouidoulhan et d’Imhilline. Des opérations financées par le Conseil régional et suivies par la délégation régionale de la culture.

La restauration du grenier d’Immchguiguen se distingue aujourd’hui par une démarche participative qui a associé élus locaux, institutionnels et société civile. Elle se caractérise également par une mise en valeur des savoir-faire ancestraux de bâtir pour une reprise à l’identique de l’héritage culturel du passé. Reste aujourd’hui à tirer profit de cette expérience avant de poursuivre la réhabilitation d’autres vestiges du patrimoine culturel de la région. A ce sujet, Brahim Hafidi, a exhorté l’ensemble des parties prenantes à ce processus à se réunir dans le cadre d’une journée d’étude pour le partage d’expériences.

loading...
loading...

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *