Harhoura se penche sur son devenir

Harhoura se penche sur son devenir

Architectes, urbanistes, conseillers municipaux et administrateurs se penchent sur le devenir du littoral de Harhoura. Exposée aux problèmes d’insalubrités et à la dégradation de son patrimoine, cette petite cité côtière érigée en municipalité depuis le découpage administratif de 1992 se trouve aujourd’hui en danger. Autrefois lieu de villégiature, l’endroit est désormais une ville à dominance résidence principale.
Mais comme le déclare Mohamed Faouzi Ben Allal, président de la Commune de Harhoura, cette transition opérée sur le terrain ne s’est pas accompagnée d’une reconsidération du plan d’aménagement de la ville, toujours axé sur des résidences de loisirs. La multiplication des constructions illégales et le non-respect des plans d’architecture ont en quelques années, transformé ce qui devait être une paisible banlieue de Rabat en une zone d’habitations insalubres.
Dans ce sens, la journée du 20 mars à Skhirat, organisée conjointement par la préfecture locale, la municipalité et le Conseil régional de l’Ordre des architectes de Rabat-Salé-Zemmour-Zaër, se veut, plus qu’une sonnette d’alarme, le début de la mise en place d’une stratégie urbaine participative. De l’avis des organisateurs, c’est la première fois au Maroc que décideurs, techniciens et usagers se rencontrent sur une telle question. Pour ce qui est du site concerné, il y a urgence. En particulier sur le sort des grottes de Harhoura dont certaines, en proximité et en contrebas de la route côtière, sont menacées. L’unique accès à ce patrimoine où des chercheurs ont retrouvé des traces très anciennes de la présence de l’Homme, est rendu difficile par des constructions résidentielles avoisinantes. Plusieurs interventions sont au programme de la journée. Le conseiller Royal André Azoulay, ouvrira les débats en présentant ses impressions sur le futur et le devenir de Harhoura.
Entre autres, l’universitaire et chercheur Nouredine Tlemçani traitera de «La flore et le littoral de Harhoura, une nature d’exception». De son côté, André Debenath, professeur de préhistoire spécialiste du littoral de Harhoura, exposera sur «La valeur archéologique et scientifique» du site. Un reportage de 13 minutes signé par le groupe de presse Archimédia, partenaire de l’événement, replacera la problématique dans son contexte le plus actuel. De l’avis du président régional de l’Ordre des architectes de Rabat-Salé, Tayeb Alaoui Medaghri, cette rencontre sera aussi l’occasion de revoir les synergies entre différents intervenants dans les projets d’aménagements. Mais avertit-il, « il faudra éviter les propositions irréalistes et utopistes». Le dénouement du concours d’idées pour l’aménagement de Harhoura sera l’un des grands temps forts de cette journée de réflexion. En tout cas, sur le terrain, les besoins du littoral de Harhoura sont palpables: ils vont de la réactivation du vieux projet en souffrance du port de Sid El Abed, au sort de deux terrains de 1.500 et 3.000 mètres carrés l’autre, prévus à usage associatif, et aujourd’hui convoités par des opérations immobilières. Le site est d’ailleurs au centre d’un véritable chassé-croisé où la spéculation est la règle.
Autre problèmes, sur lequel insistera Mounir Zouiten, président de la Fédération des Associations des Plages de Harhoura, l’urgence de la prise en compte des problèmes de trafic qui se posent particulièrement durant l’été quand le site accueille 100 000 estivants. Selon les estimations, environ 20 millions de dirhams seront nécessaires pour résoudre certains problèmes de circulation, d’éclairage, etc.
Bref, autant de problèmes et de besoins identifiés. Mais la question de fond, à savoir le financement, reste entière. D’autant que ni la commune locale, dont budget très rétréci, ni la nouvelle Redal, qui sera représentée à cette rencontre par son Directeur des Investissements et qui a annoncé un prochain programme de 14 milliards sans en préciser le lieu, encore moins l’Ordre des Architectes, dont les comptes sont dans le rouge, selon l’expression de M. Medaghri, n’aborderont cette question de front. Preuve peut-être que les craintes exprimées dans le courrier d’un habitant adressé aux organisateurs et craignant que la rencontre ne soit qu’un simple coup d’épée dans l’eau ne sont pas fortuites. Dans tous les cas, les initiateurs de cette journée du 20 mars auront au moins eu le mérite de discuter de problèmes réels.

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