Haro sur la culture du cannabis

L’Agence pour le développement économique et social des préfectures du Nord déclare la guerre à la culture du cannabis. Elle a mis sur les rails un programme comportant des solutions de substitution pour amener les populations de la région à faire fi de cette culture.
Nom de code : cultures alternatives. Ce programme est le résultat d’une coopération entre l’Agence et l’Union Européenne. En fait, il s’agit de l’introduction de nouvelles activités agraires dans les régions défavorisées du Nord où l’agriculture est avant tout une activité de subsistance et où les cultures de rente ne sont pas intensifiées. L’objectif n’est donc pas à démontrer. Il est question de réduire la production illicite du cannabis grâce notamment au développement d’activités nouvelles, à la diversification des productions et à la recherche de nouvelles sources de revenus. Des activités agricoles notamment l’arboriculture fruitière, l’apiculture ou encore le développement de l’élevage caprin sont actuellement expérimentées.
Seulement, il y a un gros hic : les habitants de la région sont-ils prêts à abandonner la culture juteuse du cannabis au profit de cultures sommes toutes «conventionnelles»? Il faut savoir que dans la région du Nord, plus de 14.000 familles vivent de la culture de cannabis. Les convertir toutes semble, a priori, une mission difficile, mais pas impossible. «La culture du cannabis est le fait de la pauvreté et non de la richesse», assure Hassan Laamrani, directeur de l’Agence du Nord. Ce dernier est en tout cas persuadé que «les projets initiés permettront, à coup sûr, aux populations locales d’améliorer leurs revenus et de générer pour les producteurs de cannabis une plus value suffisante, à même de les en détourner». Des familles entières auraient déjà franchi le pas et se sont regroupées au sein d’une ONG. «Ils enclencheront un effet d’entraînement», souligne M. Laamrani.
Le staff de l’Agence reste en tout cas confiant. Il est convaincu que l’expérimentation des nouvelles cultures arrivera à convaincre les paysans du bien fondé de cette démarche qui les incitera à exploiter de nouvelles pistes. Ceci pour la simple raison, que le projet vise avant tout à assurer une meilleure intégration économique des activités des populations locales dans l’économie du pays, grâce au développement de leur production locale et à son intégration aux circuits modernes d’échanges. Il cherche aussi à améliorer les revenus des populations rurales dans les régions concernées et à garantir une meilleure protection de l’environnement. Pour l’Agence, la solution économique demeure le meilleur moyen susceptible de mobiliser les populations locales en les impliquant directement dans le programme de mise à niveau de leurs moyens de production et en les amenant graduellement à concevoir leurs propres programmes de développement selon leur vision et en fonction de leurs potentialités locales.
Il est avant tout question d’atténuer les disparités économiques et sociales internes à cette région.
L’Agence privilégie, à cet effet, des actions de développement axées notamment sur le renforcement des infrastructures de base, nécessaires pour assurer progressivement l’intégration économique intra et interrégionale.
En tout cas, l’agence est prête à mettre la main à la poche et à mettre les bouchées doubles pour réussir la transition en atténuant les diverses contraintes qui affectent les activités productives dans ces régions. C’est du moins l’ambition affichée par ses équipes. A noter que près de 7 milliards de DH sont investis annuellement au niveau de ces provinces pour la mise en place de projets de développement.
Pourquoi avoir attendu dans ce cas aussi longtemps pour enclencher le processus alors que l’agence existe depuis près de cinq années ? Tout simplement parce que jusqu’ici, il était difficile d’entamer une action de grande envergure dans ce domaine dès lors que les infrastructures et équipements nécessaires au développement étaient considérés comme fort insuffisants.
Aujourd’hui les efforts menés depuis 1997 dans le cadre d’un partenariat entre l’Agence, les départements ministériels, les collectivités et autorités locales et la société civile ont permis une utilisation optimale des ressources et conduit à la mobilisation de ressources publiques importantes appuyées par la coopération européenne et internationale pour le financement de routes rurales, des zones de production fruitières, des villages de pêche, des routes structurantes (autoroute Casa-Nord, Rocade Méditerranéenne, route du littoral, aménagement prévu de la route de l’Unité, aéroport de Nador, route Berkane-Taourirt-Hassi Berkane (Nador), les zones industrielles d’Oujda, de Taourirt, de Selouane, de Boughriba, d’Al Hoceima). S’ajoute la zone franche de Tanger et de Fnideq notamment, est-il indiqué.
La période écoulée était donc nécessaire pour mettre sur pied les instruments pour mener l’offensive. C’est également le temps qu’il a fallu à l’agence pour renforcer ses moyens d’intervention pour la mise en place d’un programme axé sur des activités productives substitutives aux cultures du Cannabis. Encore faut-il convaincre les agriculteurs ?

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