Hassan Chami face à lui-même

Hassan Chami face à lui-même

C’est un Hassan Chami au visage fermé qui a présidé, lundi 18 juillet 2005 au siège de la CGEM, la conférence de presse inscrite au programme de cette matinée. Officiellement destinée à l’annonce du soutien total de la confédération de l’étude McKinsey après en avoir critiqué l’utilité, cette rencontre ne pouvait pas évidemment faire l’impasse sur la dernière sortie médiatique du patron des patrons qui lui a valu un vrai savon de plus d’un. Le mécontentement fut tel que lors du conseil du gouvernement de jeudi dernier, pas moins de huit ministres ont manifesté leur désaccord avec les propos tenus par le président de la CGEM. L’heure du lâchage a sonné.
Essoufflé, seul au centre de la salle de conférence, mais surtout seul face à ses déclarations le plaçant au centre d’une grosse polémique autour du rôle de la confédération, Hassan Chami s’est livré à un grand oral de rattrapage qui a tourné vite au ratage. Trouvant difficilement ses mots, mais fidèle à sa courtoisie habituelle, il ne manque pas de remercier ses amis qui jouent les souffleurs. Visiblement, l’homme dans une position pour le moins inconfortable. En témoigne, la faible présence des présidents des fédérations affiliées à la CGEM, en dépit de la forte mobilisation de l’organisation patronale. En effet, son directeur délégué, Mohcine Ayouch, n’a pas ménagé ses efforts, oralement et par écrit, pour rameuter le maximum de membres influents de la confédération à la réunion. Mais hormis la garde rapprochée de Hassan Chami incarnée par des noms comme Kamil Benjelloun, Bouchaib Benhamida, Abdelatif Belmadani ainsi que la relève personnifiée par Khalid Hariri et Aziz Qadiri, les grosses pointures de la confédération ont brillé par leur absence. Mais la présence la plus remarquée fut celle de Karim Tazi, le président de la l’AMITH. Le regard complice avec Hasan Chami crédibilise la thèse le présentant comme dauphin potentiel.
Au sujet des réactions suscitées par sa sortie médiatique, surtout celle du ministre de l’Intérieur, Mostapha Sahel, le président de la CGEM parle d’une incompréhension majeure. Sur le fond, Hassan Chami affirme qu’il ne renie rien de ses affirmations. Mais il tient à reformuler sa pensée : «En fait, il s’agit plutôt d’un appel au secours que d’une critique d’un système qui marche. De par son rôle de réceptacle des choses qui vont mal, la CGEM dont je suis président a le devoir de les répercuter. Mais Lorsqu’on face, j’ai une autorité qui me dit qu’elle ne peut rien faire, j’ai l’obligation de m’adresser à la plus haute autorité », affirme le président de la CGEM tout en précisant que son interpellation était bien cadrée. «J’ai toujours dit que je suis pour une monarchie constitutionnelle exécutive». En fait,  ce n’est pas ce que les observateurs ont compris de l’entretien mis en cause de M. Chami. Visiblement, l’intéressé a fait un virage à 180 degrés.  Au sujet de l’étude McKinsey, la confédération, par la voix de son président, a fait savoir que la dernière mouture de l’étude, présentée au monde économique lors de la réunion du bureau de la confédération et du Conseil national du patronat, le 12 juillet dernier, prend en compte l’ensemble des éléments de redynamisation de l’économie marocaine… À ce stade des conclusions, l’étude souligne un constat très réel de l’économie marocaine, la CGEM partage largement les observations et recommandations du rapport», précise Hassan Chami.
Ainsi, après avoir manifesté des réticences lors de son élaboration, la confédération change de stratégie. Selon son patron, la CGEM « s’accapare » l’étude. Tous les secteurs représentés à la CGEM ont réagi et leurs remarques prises en compte. Pour sa mise en œuvre, Hassan Chami appelle de ses vœux le Haut patronage de SM le Roi pour que l’étude, au même titre que le secteur touristique par exemple, soit réellement mise en pratique.
Cette étude stratégique a été placée sous le thème de la mise en place d’une politique industrielle volontariste et ciblée au service de l’essor de l’économie nationale. Elle donnera lieu à un programme, baptisé «Emergence». Aucun calendrier n’a été fixé, mais les initiateurs de l’étude ont fixé un calendrier de 3 mois pour le Off-shoring et 18 mois pour le reste de l’étude.
En attendant, Hassan Chami se trouve dans une position difficile. Lâché par ses soutiens qui ont commencé rapidement à prendre leurs distances, il est plus que jamais isolé au sein d’une organisation qui se trouve de moins en moins dans ses prises de position.  

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