Horizons : Les Chinois à la conquête de l’Afrique

Horizons : Les Chinois à la conquête de l’Afrique

Le président de la République populaire de Chine, Hu Jintao, effectue actuellement une tournée diplomatique en Afrique au cours de laquelle il devra visiter huit Etats ; à savoir le Cameroun, le Liberia, le Soudan, la Zambie, la Namibie, l’Afrique du Sud, le Mozambique et les Seychelles.
La tournée intervient deux mois après le sommet sino-africain tenu en novembre dernier à Pékin. Lors de ce sommet, la Chine s’est engagée à annuler la dette de 33 pays du continent et à fournir trois milliards de dollars de prêts préférentiels pour aider les pays africains à construire des infrastructures, à acheter des équipements électroniques et à édifier des usines.
Outre ce volet commercial, la tournée du président chinois va aussi être l’occasion pour la Chine de participer aux efforts internationaux pour mettre un terme à la guerre civile au Darfour, dans l’ouest du Soudan. Aujourd’hui, il est clair qu’aussi bien sur le plan économique que politique, Pékin cherche sans cesse à renforcer sa présence en Afrique. L’intérêt que portent les Chinois pour le continent noir n’est pas récent.
En effet, depuis 2000, date de la création du Forum sur la coopération Chine-Afrique (FOCAC), la coopération économique et commerciale s’est nettement améliorée. Le commerce avec l’ensemble du continent africain est passé de 10 milliards de dollars en 2000 à 39,7 milliards de dollars en 2006. Les exportations chinoises ont représenté 26,7% milliards de dollars, les importations 28,8% milliards. Pour leur part, les investissements directs chinois se sont élevés à 370 millions de dollars en 2006. En termes de volumes, ces montants sont encore modestes au regard de l’ensemble du commerce mondial, mais jamais la Chine n’a enregistré une croissance aussi soutenue avec une autre région du monde.
Contrairement à l’Europe, où le marché est rigoureusement contrôlé, l’Afrique, en raison de la situation précaire de certains pays, représente pour la Chine d’énormes opportunités. Le continent noir permet à cette puissance économique de diversifier ses achats en hydrocarbures, de garantir ses approvisionnements en matières premières et d’accroître ses débouchés commerciaux. La Chine voit également dans l’Afrique un marché propice au test de ses produits industriels avant de les écouler sur des marchés plus exigeants. Ce dernier point revêt une grande importance. En jouant le jeu du libre-échange, la Chine croyait pouvoir battre les Européens sur leur propre terrain. La crise du textile en 2005 a convaincu les Chinois de l’idée que pour atteindre le marché européen, il suffit juste de le contourner ! Et c’est la raison pour laquelle les Chinois ont accéléré la cadence en Afrique. D’ailleurs, la tournée du président, Hu Jintao, sera marquée par la signature de plusieurs accords économiques.
Ces cinq dernières années, les investisseurs ont multiplié considérablement le nombre de créations d’unités de productions en Afrique. Le continent devient ainsi pour l’Empire du Milieu une plate-forme pour sa quête d’influence au niveau mondial.
Selon la Banque mondiale, les entreprises chinoises implantées sur le continent africain ne s’intéressent pas uniquement aux ressources naturelles, mais commencent à diversifier leurs secteurs d’activités.
L’ouvrage de la Banque mondiale intitulé «La Route de la soie en Afrique : Nouvel horizon économique pour la Chine et l’Inde», estime que cette tendance permettra à l’Afrique de fabriquer des produits plus avancés et, de ce fait, participer pleinement aux échanges internationaux. «Il est certain que, si l’on prend un cliché de la situation actuelle, ce sont les ressources naturelles qui constituent de loin la plus grosse part des exportations de l’Afrique vers l’Asie. Mais la nouveauté à ce niveau, c’est qu’il y a bien plus de pétrole qui fasse l’objet d’investissements. Et c’est une opportunité importante pour la croissance et la réduction de la pauvreté en Afrique, ses échanges se sont concentrés pendant des années sur les produits primaires et  naturels», explique le livre.
Sur le plan politique, la Chine se montre assez sage. En effet, elle ne présente pas d’exigences particulières, à la différence de l’Union européenne et des Etats-Unis, et permet aux pays africains de conserver pleinement leur souveraineté. Pour entretenir des relations commerciales, la Chine demande uniquement la rupture de tout lien avec Taïwan. Mais Pékin laisse les pays africains libres de leur vote à l’Organisation des Nations unies (ONU), ne proposant pas le déploiement de soldats sur leur sol et s’abstient de toute leçon de démocratie à l’égard de leurs gouvernements. Une méthode qui commence déjà à donner ses fruits. Car à ce rythme, les Américains et les Européens risquent fort bien d’être dépassés par Pékin sur le continent africain.

La dépendance énergétique chinoise

En 2003, la consommation énergétique de la Chine se répartissait entre le charbon (64%), le pétrole (27%), l’hydroélectricité (5,5 %), le gaz naturel (3%) et l’énergie nucléaire (0,5%).
Les besoins énergétiques chinois dépassent actuellement les ressources énergétiques disponibles. Des coupures fréquentes ont lieu dans des villes moyennes, et certaines usines doivent cesser leur activité plusieurs heures durant la période de pointe, notamment dans les zones industrielles du littoral.
Cette dépendance énergétique, dans un contexte de hausse des prix du pétrole, rend la Chine potentiellement vulnérable économiquement, et justifie ses efforts auprès des Etats Africains.

La place de la Chine dans l’économie mondiale

En 2006, la Chine est la quatrième puissance mondiale avec un PIB de 2 688 milliards de dollars. Elle se situe derrière les Etats-Unis, le Japon et l’Allemagne mais devant le Royaume-Uni et la France.
La République populaire de Chine s’intéresse depuis quelques années au potentiel économique du continent africain. En 2005, on comptait officiellement 820 entreprises chinoises installées en Afrique. Les investissements chinois ont fortement augmenté au point de dépasser ceux qui sont présents en Asie du Sud-Est. Avec des échanges commerciaux s’élevant à 56 milliards d’euros, la Chine est devenue le troisième partenaire de l’Afrique en 2005. Surtout que l’Afrique constitue une source d’approvisionnement en minerais (cuivre de Zambie ; chrome du Zimbabwe).

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