Huiles : avantages au compte-gouttes

Quatre ans après la libéralisation, le bilan dans le secteur des huiles est contrasté. Réduction de 35% des surfaces cultivables, écarts grandissants entre grands et petits producteurs. Bref, on est loin de la prospérité des années 93 à 97. Bien qu’une nouvelle logique de marché ait vu le jour, avec des offres multiples et un élargissement de gammes, le processus a été surtout onéreux pour les petits producteurs. Certes, l’administration n’intervient plus, les prix sont libres tout comme l’importation des matières premières (graines et huile brutes), soumise à un taux désormais fixe de 2,5% et non dégressif comme c’était la règle par le passé. Mais, paradoxalement, l’hymne n’est pas à la joie.
Dans sa dernière livraison, la revue «Alimentarus» dresse un constat plutôt amer pour 2004 et qui s’inscrit presque dans la même lignée que 2003, avec des prix élevés de la matière première qui se sont appréciés en moyenne de 20%. Ces augmentations de coûts, conséquence aussi de la crise en Argentine, grand producteur du soja, n’ont été rapportées que partiellement sur les prix, la plupart des opérateurs de la place ayant opté pour la répercussion sur les marges.
Sur le plan interne, les difficultés du secteur contrastent avec la situation du marché marocain, marqué par un accroissement rapide de la demande en huiles alimentaires (400 000 t/an). Mais, tout comme les superficies cultivées ces dernières années, la production moyenne collectée et livrée à la trituration pour la période 1998-2002 a connu la même tendance à la baisse, enregistrant un recul de 33% par rapport à la période phare 1993-1997. Symbole des insuffisances, le taux de couverture en huile de graines atteint à peine 3%. A ces difficultés liées en partie à l’absence de mesures d’accompagnements de la libéralisation, s’ajoutent aussi les contraintes nées des accords de libre-échange et la montée de l’informel. Des répercussions sont aussi à craindre sur le démantèlement des tourteaux. En effet, dès la première année de l’accord de libre-échange conclu avec les USA, le taux de douane de ce produit passera de 25 à 12%, alors que le marché de l’aliment de bétail, le tourteau, extrait des graines oléagineuses, progresse de 8 à 10%.
L’absence d’intégration dans la filière et le retard dans la mise en place du Centre Technique de la Fédération des Oléagineux ne sont pas pour aider à la relance. A cela, il faut ajouter les difficultés de financement. Comme préalable à l’accompagnement de la filière, «Alimentarus » évoque la libéralisation des marchés financiers, la baisse du coût de l’énergie et la révision de certaines dispositions fiscales.
Dans tous les cas, comme le souligne un analyste à la BVC, la libéralisation ne peut à terme qu’être positive à l’ensemble des opérateurs du marché qui ont déjà acquis, grâce à elle, une marge de manoeuvre importante dans l’optimisation des coûts d’achat des huiles brutes et des graines. Seul problème, poursuit-il, la frilosité du marché, qui évolue d’à peine 3 à 4% par an. Aussi, vu cette lenteur, les grands producteurs comme Lesieur sont obligés d’aller à la conquête d’autres marchés. En 2003, cette entreprise, leader du marché, a doublé son chiffre d’affaires à l’export, lequel a atteint 100 millions de dirhams contre seulement 40 en 2002. Nouvelles zones d’exportations privilégiées, l’Afrique subsaharienne, le Maghreb, l’Europe, mais aussi les Etats-Unis.

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