Ils ont choisi d’être free-lances

«Dans la première moitié du 21ème siècle, la nouvelle figure emblématique sera l’agent libre, le travailleur indépendant qui opère selon ses propres conditions, sans être inféodé à une seule entreprise, au service de plusieurs clients et non plus d’un seul». Cette prophétie de l’Américain Daniel Pink, auteur de «Free Agent Nation (2001)», serait-elle en passe de devenir réalité? La véritable explosion du phénomène de free-lance semble confirmer cette supposition.
Décalé par rapport aux moeurs et tendances de travail qui font loi en Europe ou en Amérique du Nord, le Maroc n’échappe pas pour autant à cette nouvelle règle qui veut que l’on travaille pour son propre compte, en free-lance. Ils sont plusieurs à avoir choisi ce mode de travail. Demain, ils seront encore plus nombreux. La tendance est à la hausse. Les origines des free-lances sont variées. De la volonté de se mettre à son compte à l’obligation à la suite de refus d’embauche pour diverses raisons (saturation du marché…) en passant par le désir de compléments de revenu. Les raisons diffèrent mais mènent à un seul statut.
Abbadi Abdallah est un ingénieur informaticien qui a passé plus de 11 ans au sein d’IBM-Maroc avant de changer de cap. Il est actuellement gérant unique de MIPS informatique, une petite SARL qu’il a fondé il y a quelques années. Pour lui, travailler en free-lance est synonyme de liberté. «Je suis tout simplement mon propre patron. Etant free-lance, je fais ce que je veux, de la façon qui me convient et avec qui je veux», déclare-t-il. Des propos que renchérit un autre free-lance, informaticien de son état et installé en France, qui a préféré garder l’anonymat.
«Adopter ce mode de travail, c’est se prendre entièrement en charge, à tous les niveaux », dit-il. Liberté, flexibilité, mobilité et possibilité de gagner plus d’argent en ayant plusieurs clients plutôt que de travailler pour le compte d’une entreprise. Telles sont les motivations qui poussent cette communauté à vouloir voler de ses propres ailes. Généralement, la décision de se «free-lancer» est le fruit d’une expérience déjà acquise dans le mode «traditionnel» du travail. Mais il y en a pour qui le free-lance n’était pas un choix, mais un passage obligé. Driss Bennani est un jeune journaliste, fraîchement diplômé, qui a préféré rouler sa bosse non pas à travers le temps mais l’espace. « Ecrire ici et là m’a permis de découvrir les pratiques professionnelles des différentes rédactions avant de me fixer. Une façon d’éviter le nomadisme et d’entrer librement en la matière», explique-t-il.
Malgré les différents avantages qu’il peut représenter dans l’absolu, le free-lance est un mode de travail complexe et qui fait appel à plusieurs compétences et talents. Etre free-lance suppose une autonomie totale, avec les risques que cela comprend. Il requiert également la capacité de gérer son temps, sa formation et son argent. «Nos salaires sont certes plus élevés que ceux des employés réguliers. Mais il y a aussi le risque de manquer de demandes et donc, de se retrouver sans ressources financières», déclare l’informaticien qui travaille par ailleurs sur des projets aussi bien en France qu’au Maroc. A cela s’ajoutent selon Bennani l’instabilité du marché et le manque d’assurance quant à l’avenir. «Le code de la presse reconnaît le statut du journaliste collaborateur, mais cela reste propre à ce domaine. D’autant qu’il est très difficile d’obtenir la carte de presse qui le reconnaît comme tel», déplore le jeune journaliste. Quel que soit le secteur d’activité, le statut du free-lance est loin d’être défini. Les free-lances évoluent au Maroc dans un cadre qui ne favorise pas leur mode de travail.
«Même au sein des entreprises avec lesquelles on collabore, on est généralement vu d’un mauvais oeil et non sans condescendance. D’autant que le poste que j’occupe suppose un travail d’encadrement. Toutes les personnes que je dois chapeauter ne l’acceptent pas facilement», avoue l’informaticien. Pour Abbadi Abdallah, il faut avoir les nerfs solides et faire preuve de patience pour pouvoir s’imposer. Adopter ce mode de travail et de vie présuppose également un marché demandeur, ce qui n’est pas souvent le cas. Un capital d’expérience, de compétences et de relations s’impose donc.
Reste que l’absence d’un statut juridique qui fixe leurs droits et obligations aux free-lances pénalise fortement cette catégorie. L’absence de couverture sociale ou médicale et la lenteur des payements font qu’ils sont actuellement aculés à un rôle de mercenaires, parfois même de bricoleurs.

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