Carrières : la pierre de la rente

Carrières : la pierre de la rente

C’est une histoire à faire perdre  le Nord! L’élan actuel de relance économique, grâce à la politique des grands travaux en chantiers dans la région du Nord (port Tanger-Med, rocade méditerranéenne, station Sâaidia ,…), risque d’être freinée par le manque d‘agrégats. Surtout, le manque de gravier (gravettes pour les professionnels)  commence à se faire sentir. Quand ce n’est pas la rareté, ce sont les prix qui subissent une pression à la hausse. De ce fait, certains exploitants imposent leurs prix ainsi que leurs conditions, tellement la raréfaction d’agrégats est imposante. Actuellement, le flou est total. Les passe-droits sont multiples.
Derrière cette nouvelle donne préjudiciable aux chantiers engagés, la décision du gel de certaines exploitations de carrières a été prise concernant le périmètre Tanger-Tétouan. Selon des sources locales, la Direction des Affaires rurales (DAR), s’est vue obligée d’opter pour ce gel en attendant le dénouement de plusieurs contestations, actions en justices et autres réclamations autour de certaines exploitations.
La préfecture de Fahs Anjra, née du dernier découpage administratif du territoire compris entre Tanger et Tétouan, en 2003, est actuellement le théâtre d’une affaire aux ramifications multiples. Sans en être l’origine, la préfecture se trouve actuellement mêlée à cet épineux héritage.
Concrètement, les carrières du  caïdat de Taghramt ont excité les appétits. Les intérêts  de la société Lahdawat, propriété du parlementaire Saïd Tadlaoui et du fils d’Abdelrrazak Benkirane,  un autre parlementaire, s’opposent aux intérêts de la société Sograr, dont l’un des créateurs Mohammed El Krimi, un expert comptable et expert judiciaire bien connu des milieux d’affaires. À coups de dénigrement mutuel, les deux clans s’affrontent sur fond d’intérêt bien juteux. Objectif, discréditer l’adversaire. Mohammed El Krimi parle de «spoliation» grâce à des passe-droits avérés et de «règlements de comptes personnels». De l’autre côté, l’initiateur du projet Sograr est accusé de falsification de documents pour l’extension de sa carrière de 9 à 28 hectares. Il aurait profité du nouveau découpage administratif de 2003 et du vide lors de la passation de la région de Tétouan à Tanger pour bénéficier de complicités au niveau de la direction de la DAR de Tétouan.
Cette combine, selon les informations recueillies sur place, a été bien ficelée. Mohammed El Krimi rejette en block l’ensemble de ces accusations (Cf entretien).
Toutefois, la DAR a, semble-t-il, trouvé la faille pour barrer la route à El Krimi.
En effet, se fondant sur la loi n°15-89, réglementant la profession d’experts-comptables, la DAR a intenté une action en justice. La direction a fait valoir l’article 16 de ladite loi stipulant que : l’exercice de la profession d’experts-comptables est incompatible avec toute activité ou tout acte de nature à porter atteinte à l’indépendance de l’expert-comptable, en particulier avec …tout acte de commerce ou d’intermédiaire autre que ceux qui directement liés à l’exercice, tout mandat de dirigeant de société à objet commercial…   L’affaire a été portée devant un tribunal commercial. Chose contestée par l’expert comptable. Selon lui, cette affaire relève plutôt du droit administratif. D’ailleurs, la Cour d’appel de Fès et les tribunaux de commerce se sont déclarés incompétents. L’acte est administratif. Autre aspect, les services de la province n’ont pas voulu autoriser El Krimi à utiliser les explosifs. «Nous avons élevé une action en annulation de cette décision devant le tribunal administratif qui déclaré nulle et non avenue cette décision administrative. Nous sommes désormais autorisés à utiliser les explosifs car le jugement en notre possession est définitif », précise l’expert-comptable. De son côté, selon des sources locales, la société Lahdaouate vient de se voir notifiée son autorisation d’exploitation. Information non encore confirmée. En attendant, si ce genre de feuilleton, et ils sont légions dans la région, se poursuit, c’est un coup dangereux qui sera porté à la politique des grands travaux du Nord. Des pans entiers de la mise en chantier en dépendent, alors que ce jeu continue de faire les choux gras d’une mafia bien organisée et très habituée à la rente et aux passe-droits ; y mettre de l’ordre revient à reconsidérer la donne dans son intégralité. En attendant l’entrée effective de la nouvelle loi sur les carrières, les délits d’initiés sont en chantier. Ce n’est certainement pas un hasard que le chantier Tanger-Med en soit le centre névralgique!

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *