Concours d’architecture : le flou artistique

Concours d’architecture : le flou artistique

Les concours d’architecture est, de l’avis de plusieurs architectes contactés, un sujet « qui fâche ». Et pour cause, il s’agit là d’une pratique somme toute récente pas encore généralisée. «Pendant de longues années, le recours aux concours d’architecture ne se faisait pas. Les grands projets d’architecture, notamment ceux de l’Etat, étaient donnés de gré à gré à des cabinets d’architecture sans que l’opération n’obéisse à la moindre transparence. Ce n’est que lors des dernières années que la situation a changé», estime Abdellah Hariri, architecte à Casablanca.
En effet, ce n’est que depuis la fin des années 90 que les administrations et autres maîtres de l’ouvrage ont pris l’habitude de lancer, à chaque fois, un concours d‘architecture pour l’élaboration de leurs projets. «Un concours d’architecture, comme son nom d’ailleurs le montre, est un moyen très sûr de passer commande en terme de maîtrise d’œuvre pour la construction d’un édifice public.
Et dans ce sens, il s’agit d’une procédure importante pour un architecte puisqu’elle lui permet de disposer de toutes les informations techniques ou financières se rapportant au projet objet du concours», explique pour sa part Ouadiî Soubat, membre du Conseil national de l’Ordre des architectes. Et c’est cette inexactitude qui accompagne un grand nombre de ces concours qui les vide de tout sens. «Devinez un architecte postulant pour un concours aux contours très flous, ou au contraire, dont les conditions très draconiennes, donc très limitatives», explique pour sa part un professionnel ayant requis l’anonymat. C’est le cas d’un concours lancé à Oujda pour la construction d’un centre hospitalier universitaire (CHU).
Les initiateurs de ce concours, lancé en début de cet été, ont limité la participation aux cabinets d’architecture ayant à leur actif une expérience en architecture de CHU. « Faites le tour des professionnels et demandez un peu combien de cabinets disposent de cette expérience.
Combien de projets hospitaliers de cette envergure ont été construits au Maroc depuis l’indépendance ? Il est clair qu’il s’agit là d’un concours taillé sur-mesure pour un architecte préalablement choisi», souligne ce même professionnel.
Autre grand problème se rapportant au lancement ce genre de concours, le manque de transparence qui entache, dans la plupart des cas, le déroulement de la procédure. Un flou qui se situe à plusieurs niveaux. « D’abord le lancement du concours qui doit répondre à de nombreux critères en envergure notamment; organiser tout un concours d’architecture pour un petit projet par exemple ne rime à rien. Ce serait un gaspillage de temps et d’énergie.
Ensuite, il faudrait que la manière et la procédure de son déroulement respectent les bases élémentaires de transparence. Dans ce sens, la composition du jury est très importante. Il faudrait que l’architecte soit jugé par un collectif de professionnels et de bâtisseurs qui ont de l’expérience. Il n’y a que les hommes de l’art qui peuvent juger de la viabilité d’un projet architectural », précise pour sa part M. Hassani, architecte à Rabat qui précise que dans la capitale du Royaume, deux concours d’architecture ont été initiés durant les neuf premiers mois de l’année 2005: le premier par le ministère des Finances et de la Privatisation et le second pour la construction de la Bibliothèque nationale.
Conséquence de la situation, les différents concours lancés ne profitent qu’à une poignée de cabinets. Selon une étude diligentée par le Conseil national de l’Ordre des architectes, il y a de cela quatre années, seuls 8% des architectes bénéficient de plus de 70% des projets d’architecture initiés au Maroc. Et c’est dans cette optique que se situe l’action de l’Ordre des architectes.
Plusieurs actions de lobbying ont été organisées lors de ces dernières années, se rapportant essentiellement à la loi sur la passation des marchés publics. «Nous avons bataillé dur pour supprimer cette clause de moins disant qui, dans le cas d’un projet d’architecture, ne veut absolument rien dire», souligne Ouadiî Soubat. C’est ainsi qu’un décret ministériel, organisant la procédure, a été élaboré. Mais il demeure toujours non appliqué. « Il s’agit d’une petite révolution qui ne manquera pas d’organiser ce volet de la profession », souligne ce membre du Conseil national de l’Ordre des architectes.

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