Et si c’était du bidon ?

Et si c’était du bidon ?

«Villes sans bidonvilles» est une expression qui est devenue à la mode, ces dernier temps au Maroc. Ce gigantesque chantier lancé à travers tout le Royaume et qui devrait toucher à l’horizon 2010 près de 70 villes marocaines est traité de long en large par la presse nationale. Cependant, les problèmes qu’il affronte ainsi que les entraves qui se posent devant la réalisation des différents chantiers le sont moins. De l’aveu même du ministre chargé de l’Habitat et de l’Urbanisme, Taoufik Hejira, ce programme, très ambitieux par ailleurs, demeure très fragile. « Il peut même échouer et donner des contre-résultats s’il n’est pas maîtrisé », a-t-il affirmé. Et pourtant, un gigantesque effort a été fourni par le département gouvernemental pour la réussite de ce programme, en commençant par les milliards de dirhams alloués (le coût global des opérations est estimé à 11,23 milliards de dirhams), jusqu’à la grande fourchette foncière mobilisée.
Le programme arrêté pour 2004 concerne 193.356 ménages «bidonvillois». En fait, onze contrats (Rabat, Salé, Méknès, Kénitra, Mohammédia, Chellalalat, Fès, Béni Khlef, El Jadida, Agadir, Larache et Tanger) ont été signés entre juillet et décembre 2004. Quant aux nouvelles opérations à programmer, elles intéressent près de 144.030 ménages et seront engagées avant la fin de 2005. Cette première tranche a nécessité un investissement global de l’ordre de quatre milliards de dirhams. L’Etat, à travers les subventions du Fonds Solidarité Habitat y a participé à hauteur d’un milliard 470 millions de dirhams. Le suivi de l’exécution du programme Villes sans bidonvilles est assuré par un Comité central de suivi qui a été mis en place. Mais l’énormité du défi à relever pose de sérieux problèmes aux concepteurs et aux réalisateurs de ce programme, tant en termes de mobilisation des supports fonciers et des moyens financiers qu’en ce qui concerne l’implication des communes et du secteur privé. Pour ce qui est des premières entraves, elle ont trait à la cherté des terrains dans les villes concernées, celles qui sont justement dans l’incapacité d’assumer leurs fonctions en matière d’habitat et d’urbanisme et qui souffrent d’un grave déficit en équipements, ainsi que d’un manque de visibilité dans la gestion urbaine.
Les périmètres urbains peuvent constituer alors une solution. Mais là encore, les réserves foncières publiques sont épuisées. A ceci s’ajoutent les traditionnels problèmes liés au développement de filières irrégulières de production, d’occupation et de gestion des terrains pour l’habitat.
Le programme «Villes sans bidonvilles» bute en outre sur la complexité des procédures réglementaires contraignantes qui ne favorisent nullement l’ouverture à l’urbanisation de nouvelles zones, et ce alors que certains plans d’aménagement sont inadaptés aux objectifs des programmes de lutte contre l’habitat insalubre. Mais les plus grands problèmes sont d’ordre financier. Il n’est un secret pour personne qu’édifier de nouveaux pôles urbanistiques demande des investissements lourds notamment en matière d’infrastructures et de services (en plus des logements bien évidemment), ce qui dépasse de loin les possibilités financières de l’Etat. Ce déficit financier devrait normalement être comblé par la contribution des collectivités locales et celle du secteur privé. Si la prise en charge du secteur social de la part des premières demeure faible, l’implication du privé est loin d’être acquise.

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