Les chantiers de la mort

Les chantiers de la mort

Le drame survenu mardi 9 novembre dernier sur un chantier à Bournazel à Casablanca, et qui a coûté la vie à deux maçons et un sapeur-pompier, a remis sur le devant de la scène l’insécurité qui sévit sur nos chantiers. Effondrement de terrain ou d’engins de construction, grues notamment et autres accidents sont quasi-quotidiens. Et les causes sont très évidentes. Il n’y a qu’à faire un tour sur n’importe quel chantier à Casablanca, Rabat pour ne citer que ces villes-là pour se rendre compte de la gravité de la situation. Des ouvriers sans casques, des trous non protégés, des matériaux de construction étalés sur les trottoirs ou carrément sur la chaussée, des bâtons de fer ou d’acier ainsi que des clous partout, constituent un véritable danger à la fois pour les ouvriers qui travaillent sur le chantier et pour les passants. Les professionnels sont unanimes. Actuellement, le problème se pose à l’amont et concerne l’intervention des bureaux d’études qui ne respectent pas la procédure légale. Agréés par les autorités concernées, ces bureaux se doivent en effet de vérifier un certain nombre de données concernant l’état du sol notamment. « Des vérifications qui, par souci d’économie, ne sont pas effectuées », estiment un ingénieur qui a requis l’anonymat. Et d’ajouter : « Lors de la réalisation de l’ouvrage, de nombreux contrôles doivent également être faits par le bureau d’études qui a en charge le projet, le bureau de contrôle et les laboratoires qui attestent du respect des fondations par exemple aux normes définies par la loi ». Pour de nombreux professionnels également, l’incompétence de plusieurs bureaux d’études et de contrôle qui n’hésitent pas à vendre un savoir-faire dont ils ne disposent pas.
Les contrôles sont donc rarement effectués par souci d’économie. «La règle des moins disant est pour beaucoup dans l’anarchie qui sévit actuellement dans le secteur. Pour réduire leurs coûts au maximum, les promoteurs immobiliers n’hésitent pas à sauter les contrôles pour obtenir l’ouvrage le moins cher sur le m2 ». Un autre problème qui se pose avec acuité : la sécurité des engins sur les chantiers. A ce sujet, les professionnels sont unanimes. Avec les prix qui sont cruellement pratiqués sur le marché marocain, impossible d’avoir recours à des engins de construction neufs.
Les entrepreneurs n’ont pas de visibilité leur permettant de s’engager sur un investissement aussi lourd que celui que représente une grue neuve par exemple. Ainsi, près de 80 % des bulldozers et grues en fonction sur les chantiers du bâtiment notamment sont d’occasion. Importés, ces engins sont déjà amortis avant qu’ils ne soient retapés et utilisés sur les chantiers nationaux. Résultats, les chantiers marocains sont devenus un danger public, non seulement pour les personnes qui y travaillent, mais également pour celles qui vont y habiter plus tard. Pour répondre à une demande de plus en plus grande en habitation, éradication de l’habitat insalubre oblige, des constructions ne répondant aucunement à de nombreuses normes de sécurité voient le jour.
L’appartement qui, il y a quelques années était vendu aux environs de 200.000 dirhams peut être acquis aujourd’hui à près de 120.000 dirhams. Les projets immobiliers qui font ce genre d’offres sont de plus en plus nombreux.
Mais les promoteurs se défendent de cette accusation de sacrifier la sécurité pour un coût de revient moins cher. Faouzi Kharchafi, architecte conseil auprès du groupe Achaâbi Lil Iskane, estime qu’il est en effet possible de réduire les coûts d’équipement et de construction des logements sociaux sans que la qualité ne soit pour autant entamée.
Et pour étayer ses propos, M. Kharchafi met en avant plusieurs expériences de groupe immobilier. «Nous avons essayé une première expérience à Mohammédia. Achaâbi Lil Iskane a construit des logements au profit des sinistrés des inondations qui ont coûté la somme de 80.000 dirhams l’unité».
Construire moins cher ne pourrait que permettre à une grande majorité des Marocains à avoir accès à des maisons en bonne et due forme, mais à quel prix !

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