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ALM : Le gouvernement a entrepris de mettre en place un partenariat public-privé pour la construction des grands projets des OST. Qu’en pensez-vous?
Rachid Jamaï : Personnellement, je reste très pragmatique. Effectivement, le gouvernement et plus précisément le ministère de tutelle ont préparé une politique en matière de logement social. Ils ont ainsi proposé un partenariat avec le secteur privé pour la réalisation des projets initiés par les organismes sous tutelle du ministère de l’Habitat (OST). Toutefois, les avantages proposés par le gouvernement restent en-deçà des attentes des professionnels et surtout des risques qu’ils peuvent prendre en se lançant dans tel ou tel projet.
Mais encore…
A mon avis, il y a deux principaux reproches à la vision et la démarche du gouvernement. Tout d’abord, la configuration des projets de logement un peu partout au Maroc. Et ensuite, la nature des avantages offerts aux promoteurs immobiliers privés pour qu’ils adhèrent à ces projets.
Premièrement, que reprochez-vous aux projets préparés par le ministère de tutelle?
Dans la majorité d’entre eux, les risques qu’encourent les professionnels sont trop élevés. En clair, rien ne garantit que les constructions, une fois terminées, seront effectivement vendues. Pour la simple raison que leur emplacement et leur composition ne sont pas compatibles avec la réalité du marché.
Deuxième reproche: les avantages offerts par l’Etat.
En effet, le gouvernement a annulé deux importants mécanismes au profit des promoteurs immobiliers, à savoir, la bonification des crédits et l’aide frontale. Ces deux mécanismes ont été remplacés par des fonds de garantie au profit des bénéficiaires surtout les plus démunis d’entre eux, en l’occurrence le Fogaloge et le Fogarim. Or, dans tous les pays du monde où une politique de logement social a été lancée, les aides directes aux professionnels ont été maintenues.
Est-ce que le ministère vous a contactés avant de prendre ces décisions?
Absolument pas. On ne nous a pas demandé notre avis. Nous avons découvert la politique du gouvernement sur ce dossier, comme tous les Marocains, sur les colonnes des journaux. On aurait aimé que le gouvernement prenne notre avis avant de mettre en marche toute sa machine. Les professionnels ont leur mot à dire. A titre d’exemple, ils doivent pouvoir choisir l’emplacement du projet. Ce n’est pas un caprice de notre part. 80% des constructions sont aujourd’hui réalisées par des promoteurs privés. Nous avons de grands groupes, avec plusieurs années d’expérience. Donnons-leur la chance de s’exprimer.
Mais le gouvernement est tenu de préserver les intérêts de tous. Les professionnels comme les bénéficiaires. Ne voyez-vous pas que vous en demandez un peu trop?
Pas du tout. Je ne dis pas que les professionnels veulent remplacer le gouvernement. Au contraire. Mais il faut composer avec eux. Les mêmes projets méritent quelques légères modifications. Avant de lancer un appel d’offres, écoutez-nous. D’ailleurs, l’histoire nous donne raison. Bon nombre d’appels d’offres se sont avérés infructueux à cause de ce manque de communication. Les projets n’ont pas trouvé preneur. Les promoteurs n’en veulent tout simplement pas.
Que répond le gouvernement à vos doléances?
Nous avons eu des réunions avec le Premier ministre et le ministre de l’Habitat. Ils nous disent que le gouvernement n’a pas les moyens pour satisfaire nos demandes.
Si le gouvernement refuse de satisfaire vos demandes, qu’adviendra-t-il des projets du logement social?
Je vous dirais tout simplement que ce sera l’échec total pour tout le monde. Je ne l’espère pas, quand même.

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