Première réunion ministérielle pour la politique de la ville: 88 projets et 11 milliards de dirhams d’investissement

Première réunion ministérielle pour la politique de la ville: 88 projets  et 11 milliards  de dirhams  d’investissement

Les recommandations de la rencontre sur la politique de la ville tenue en juin 2012 commencent enfin à prendre forme. Mercredi dernier, la première Commission interministérielle permanente sur la politique de la ville (CIPV) s’est réunie sous la présidence du chef de gouvernement Abdelilah Benkirane. C’était l’occasion pour le ministre de l’habitat et de la politique de la ville, Nabil Benabdallah, de présenter un bilan d’étape.

Lors d’une conférence de presse tenue jeudi, M. Benabdellah a expliqué que «la finalité de la politique de la ville est de créer des projets complémentaires et intégrés qui impliquent l’ensemble des acteurs publics et privés», ajoutant que «le programme gouvernemental fait de la politique de la ville l’une de ses priorités les plus urgentes».

Depuis la rencontre de juin 2012, 88 projets ont été identifiés. Ils nécessiteront, à terme, une contribution de la part du ministère d’environ 11 milliards de dirhams (MMDH). Un peu plus de la moitié de cette somme devra être investi sur cinq ans dans quelque 32 projets alors que 5 MMDH devront être alloués aux 56 projets en cours d’étude. Les projets conventionnés sont essentiellement relatifs au développement intégré des villes et à la réhabilitation des anciennes médinas, en plus de programmes d’accompagnement et de relance des pôles urbains et des villes nouvelles (voir encadré ).

Cette première tranche de projets conventionnés se répartit entre de grandes villes à l’image de Tanger, Marrakech ou Casablanca, de petites et moyennes villes telles qu’Azemmour, Sidi Kacem ou Zagora, mais aussi des centres urbains comme Sidi Yahya Zaër ou Assa Zag. «La ville de Tanger a, à elle seule, nécessité un investissement de 8 MMDH dans le cadre du projet Tanger Métropole. Comme pour le reste des villes, la contribution du ministère était d’environ 10%», a affirmé le ministre.

Le volet juridique a, lui aussi, dû s’adapter à cette nouvelle approche, notamment en ce qui concerne les constructions menaçant ruine (voir encadré). Deux projets de loi ont, ainsi, vu le jour. L’un relatif aux constructions menaçant ruine et à la rénovation urbaine, l’autre à la création de l’Agence de réhabilitation des tissus anciens et de la rénovation urbaine. Nabil Benabdellah a également souligné que le problème du financement est l’un des freins principaux à la mise en place d’une politique de la ville effective.

L’une des mesures entreprises par le ministère dans ce sens est la transformation du Fonds de solidarité de l’habitat (FSH) en Fonds de solidarité de l’habitat et d’intégration de l’urbanisme (FSHIU). Ce fonds devra également faire l’objet d’une diversification des sources de financement.

A l’image de la taxe sur le sable et le fer à béton, d’autres mécanismes devront être mis en place pour financer les projets de la politique de la ville. «Aujourd’hui, le ministère dispose du FSHIU qui compte 2,4 jusqu’à 2,5 MMDH annuellement, en plus des 500 millions de dirhams du budget de l’Etat. Avec la dynamique que crée la politique de la ville, nous pourrions multiplier cette somme par 10», a assuré le ministre. Toujours dans le volet du financement, un domaine de la politique de la ville a été créé dans la morasse budgétaire du ministère de l’habitat et de la politique de la ville.

 

Trois questions à Nabil Benabdallah

ALM : Quelle est la place de la problématique des bidonvilles dans la politique de la ville ?
Nabil Benabdallah :
Il s’agit d’un programme parallèle à la politique de la ville, il ne peut pas être un frein à celle-ci. En ce qui concerne ce qui a été fait dans ce sens, nous ne pouvons pas dire que c’est un échec. C’est quand même une expérience qui a permis la suppression de 260.000 unités. Aujourd’hui, nous sommes à 185.000 unités, et plus de 100.000 d’entre elles ont été créées durant les dix dernières années. C’est un processus très complexe, nous y travaillons malgré les nombreux défis que nous rencontrons.

Quelle est la politique du ministère en ce qui concerne les constructions menaçant  ruine ?

Plusieurs mesures ont été prises pour faire face à ce problème. D’abord l’élaboration d’un texte juridique pour encadrer notre travail dans ce sens. Ensuite, la création de l’agence de réhabilitation des tissus anciens et de la rénovation urbaine qui devra jouer un rôle central. Nous essayons également de trouver le bon mode opératoire et de nous inspirer des expériences d’autres pays.

Quel sera le rôle de cette agence ?

La création d’un organe de ce type pour centraliser les efforts en matière de lutte contre les constructions menaçant ruine fait l’unanimité. Bien que la politique de l’Etat soit de limiter la création de ce type d’agence d’abord par souci de budget, nous n’avons demandé qu’un cadre juridique. C’est donc le ministère qui se chargera de mettre en place les mécanismes nécessaires pour financer cette agence. Je tiens à rappeler que nous misons sur un financement à travers l’activation de leviers sans puiser dans le budget.

 

Une stratégie en 4 étapes contre les constructions menaçant ruine

«A chaque fois qu’une construction s’écroule, on demande la tête du ministre de l’habitat», c’est non sans une pointe d’indignation que le ministre de l’habitat et de la politique de la ville, Nabil Benabdellah, a exposé les efforts de son département pour faire face aux constructions menaçant ruine. Chiffres à l’appui, le ministre a expliqué qu’en 2012, un recensement national effectué par le ministère de l’intérieur avait fait état de plus de 43.700 habitations menaçant de s’écrouler. Le réaménagement de ces constructions et le relogement de leurs habitants nécessiteront une enveloppe budgétaire totale de 7,2 milliards DH, avec une contribution de 4,5 milliards de l’Etat. Ceci devrait se faire en 4 étapes : déjà, en 2012, 4.086 constructions ont été traitées. Depuis 2013, 9.068 constructions dans les villes de Casablanca, Fès, Azrou, Beni Mellal, Essaouira, Tétouan et Benguerrir ont fait l’objet de conventions avec une enveloppe budgétaire de 2,8 milliards DH, dont 681 millions proviennent du ministère de l’habitat. Pour 2014, 7.809 autres constructions sont programmées dans 11 villes du Royaume, dont Meknès, Oujda, Boujaâd, Sefrou et Marrakech. Au titre de 2015, 22.771 constructions devront être programmées dans le cadre de conventions, portant ainsi le nombre d’habitations traitées à un total de 43.734.

Le ministère de l’habitat s’engage pour relancer les villes nouvelles

Les nombreux problèmes que rencontrent les villes nouvelles ont nécessité de la part du ministère de l’habitat et de la politique de la ville l’élaboration de plans de relance pour chacune d’elles. Deux programmes concernant les villes de Tamesna et Tamensourt sont ainsi en cours de mise en œuvre avec, respectivement, un budget de 537,78 et 1365,7 millions DH. Ces deux plans devraient être mis en place à l’horizon 2018. La ville nouvelle Chrafate, située à 18 km de Tanger, fait quant à elle l’objet d’un programme en cours d’approbation avec un coût de 791,5 millions DH. Par ailleurs, Lakhyayta, située dans la province de Berrechid à 20 km au sud-ouest de Casablanca, semble être la ville nouvelle qui pose le plus de problèmes au département de Benabdellah. Le ministre a ainsi expliqué que le projet devait faire face à une concurrence de la part d’investisseurs privés. La ville fait néanmoins l’objet d’un plan de relance en cours d’élaboration dont le coût n’a pas encore été déterminé.

 

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