Soweto, un monde à part

Soweto, un monde à part

South West Township, ou Soweto. Un endroit mythique qui représente à lui seul le combat de différentes générations de Sud-Africains pour la libération. Mais Soweto est avant tout synonyme de pauvreté et d’exclusion. Près d’un million et demi de gens y vivent. Certaines statistiques avancent un million supplémentaire. Mais personne ne pourrait dire exactement combien de Sud-Africains logent à Kliptown, Orlando ou Alexandra, tous des «quartiers» de ce gigantesque bidonville désormais connu pour son taux de criminalité qui compte parmi les plus élevés dans le monde (environ un acte de violence toutes les deux minutes). «Je suis de Soweto. J’y suis né et j’y vis toujours en compagnie de mon mari et de mes enfants. Et je peux vous assurer que la réalité est tout autre.
Les habitants de Soweto ne sont ni plus ni moins violents que les autres habitants du pays.  Cette renommée internationale de danger permanent n’est pas justifiée», estime Tloome, notre guide, sans qui cette visite n’aurait pas été possible. Très bien desservie par autoroute, Soweto se trouve à une trentaine de kilomètres au Sud-ouest de Johanneburg, « Jo’burg » comme préfèrent l’appeler les Sowetans. Au milieu de l’après-midi, les rues, dont l’architecture a été dictée, considérations sécuritaires obligent, par les forces de l’ordre sud-africaines dans les années 30, étaient pelées d’enfants et d’adolescents en uniforme d’écoliers ou de collégiens. Une quinzaine de minutes plus tard, la voiture atteint Kliptown, le cœur de Soweto, l’endroit où a été adoptée, en 1955, la Charte de la liberté, manifeste radical qui consacrait l’alliance de l’ANC et du Parti communiste sud-africain, tournant majeur dans l’histoire de la lutte anti-apartheid.
Ici, point de baraques. Mais ce qui s’y apparente. Des maisons d’un étage en briques rouges dites standard : une salle à manger, une cuisine, une chambre à coucher et un débarras. Des centaines de milliers de Sud-Africains y ont vécu depuis plus de soixante-dix ans. «C’est l’âme de Soweto», souligne avec fierté un vendeur de souvenirs et d’artisanat bon marché dont l’étal se trouve près d’un «shekel», un de ces bars clandestins sous le régime de l’apartheid, puisque les Noirs n’avaient pas le droit de consommer et de vendre de l’alcool. Mais la véritable identité de Soweto au Musée de la liberté et au Mémorial d’Hector Pieterson, un adolescent qui symbolise la soif de liberté des Noirs puisqu’il a été le premier tué par balle par la police, lors du soulèvement du 16 juin 1976 à Soweto. Ce jours-là, des milliers de collégiens et de lycéens sont sortis dans les rues de ce ghetto noir pour protester contre une loi promulguée par le gouvernement blanc de Pretoria instaurant la généralisation de l’enseignement de «l’Africaans», ce mélange de la langue hollandaise et anglaise, la langue du maître par excellence.
Quelques kilomètres plus loin, et au détour d’un virage, la réalité de Soweto se présente dans toute sa cruauté. Tous les préjugés, toutes les misères d’un habitat infâme, d’un quotidien qui transgresse toutes les règles élémentaires d’humanité, prospèrent. « Ces dernières années, de nombreux efforts ont été fournis par le gouvernement pour améliorer les conditions de vie de la population. Près de 95 % ont l’eau et l’électricité, ce qui est un luxe par rapport à ce que nous avons toujours vécu jusque-là», estime Tloome. Un vaste programme de réhabilitation des foyers d’habitat insalubre a été initié depuis 1994, date des premières élections démocratiques qui ont mené Nelson Mandela au pouvoir. Depuis, ceux qui louaient une maison, puisque sous l’apartheid, un Noir n’avait pas le droit à la propriété, se sont vu gracieusement offert les demeures qu’ils occupaient. Pour le reste, les infrastructures de base ont été améliorées. Toujours est-il qu’entre baraques de tôles où habitent des familles nombreuses, la misère, le chômage (près de 60% de la population de Soweto) et la violence, un autre fléau s’est répandu, le sida. «Malgré tous les efforts fournis en matière de lutte contre cette maladie et pour prévenir son expansion, le taux de contamination demeure très élevé», estime le guide. Un taux qui, rappelons-le, frôle les 30% pour Soweto. Soweto constitue un monde à part. Terre des contrastes par excellence, Soweto est dotée d’hôpitaux, collèges, écoles publiques, bibliothèque, et même d’un parcours de golf. A quelques centaines de mètres d’habitations délabrées et de baraques en tôle se trouve le «Beverly Hill de Soweto». Un univers tout à fait différent. Grandes villas, pelouses bien taillées et grandes clôtures électrifiées avec des caméras de surveillance. Là se trouve la maison de Nelson Mandela, devenue musée. Dans sa chambre, son lit dont la couverture est faite de peau de chacals, juste en face à la centrale thermique qui dessert les quartiers riches de Johannesburg.
A quelques dizaines de mètres, la maison du Cardinal Desmond Tutu. «Il s’agit de la seule ruelle où se trouvent les maisons de deux prix Nobel de la paix», fait remarquer Tloome. A quelques centaines de mètres, se trouve la demeure où vit toujours Winnie Mandela, l’ex-épouse du leader de l’ANC. Mais ce luxe n’a pas l’air de déranger outre mesure ces centaines de milliers de ses compatriotes, qui ne travaillent pas, vivent dans des conditions inhumaines et une maladie, le sida, qui a déjà envoyé parents et amis à la tombe.

• DNES à Johannesburg Fadoua Ghannam

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