Tanger Med et les architectes

Y a –t –il un architecte à bord du Maroc 2005? C’est la question que se pose le port Tanger Med. Réponse :
• Oui, il y a des architectes à bord du Maroc actuel..
• Oui, il y a des architectes qui peuvent se mesurer aux architectes d’ailleurs.
• Oui, nos architectes construisent des immeubles de bureaux, des hôtels, des hôpitaux, des ministères, des usines et des villes et ils les construisent plutôt bien comparé à ce qui s’édifie sous d’autres cieux.
• Oui, nos architectes participent aux forums internationaux, aux grands jurys de concours prestigieux, ils accèdent aux plus hautes distinctions professionnelles, ils sont publiés par des revues de renom.
• Oui, nos architectes ont acquis du savoir-faire, et on le leur reconnaît, sauf chez eux où on les exclus à chaque grand moment de l’architecture. Et cela me rappelle l’épisode peu glorieux où il ne fallait pas être marocains pour avoir le droit de concourir pour les stades de 2006. Aujourd’hui, alors que la Maroc essaie par le biais de l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) de valoriser les compétences nationales et de leur permettre d’accéder à l’excellence, au port de Tanger Med on argumente que nos architectes ne sont pas dignes de participer dans le cadre d’une consultation qu’ils nomment Internationale mais qui est plutôt Extra nationale, que nos architectes ne peuvent se mesurer ni à Madame Zaha Hadid, nom prestigieux, mais qui a construit si peu , ou à monsieur Bofill qui s’est distingué par son kitch architectural, ni Monsieur Koolhaas plutôt grand théoricien de l’architecture mais si peu disponible.
Et le choix de ces trois personnalités aussi différentes et opposées dans leurs styles et leurs démarches, montre le peu de cas fait par Tanger Med à l’esprit de l’architecture recherchée au détriment du star système. Ça sera du baroque ou du déconstruit, peu importe, pourvu qu’on ait la signature. C’est réellement une première aussi qu’un pays organise un concours soit-disant international, mais en exclut le national, même titre symbolique.
Aucun pays n’a jamais procédé de la sorte, et cela n’est pas défendable même devant la nécessité marketing d’une grande signature de l’architecture pour faire peut-être accoster plus de bateaux au port Tanger Med dans le futur.
Au bout d’une dizaine d’années, le nom de l’architecte, aussi prestigieux soit-il, cède sa renommée lorsqu elle est méritée, au bâtiment qu’il a signé. Demandez donc même aux avertis qui ont construit l’arche de la défense,  l’opéra Bastille, Beaubourg, la grande bibliothèque, le parc de la villette, ou encore la bibliothèque d’Alexandrie, ou l’opéra de Sidney et même le mausolée Mohammed V ou le quartier des Habous chez nous, pour ne citer que des projets importants et relativement récents. Et bien ce ne sont au moment des concours que d’illustres inconnus, dont on ne se rappelle déjà plus les noms aujourd’hui , et encore moins dans dix ou vingt ans.
Ceci pourra expliquer aux décideurs de Tanger Med , qu’un beau et bon bâtiment, même conçu par un méconnu, résistera plus au temps et pourra célébrer plus un projet prestigieux que la simple signature d’une star du moment. Certes, la star n’est pas à exclure mais elle n’a pas l’exclusivité de la création.
Pour conclure cette réponse qui, j’espère fera réfléchir et nos décideurs et l’ordre des architectes qui par son silence fait du tort à une profession qu’il est censé défendre, j’avoue que j’ai comme beaucoup d’architectes manifesté mon intérêt pour ce grand projet historique, mais que je n’attends ni ne souhaite à ce qu’on m’appelle pour faire le second de l’architecte qu’on aura choisi, tout simplement pour être conforme aux lois en vigueur.

• Aziz Lazrak, architecte

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