Tétouan II, la vitrine de Lafarge Maroc

Sous l’impulsion du gouvernement marocain, 4 groupes cimentiers marocains ont signé, le 8 janvier 2004, une charte de développement durable. Cette charte a un intéressant effet collatéral, celui de minimiser l’intérêt de la responsabilité sociale d’entreprise comme outil promotionnel puisque les principaux acteurs visent peu ou prou des objectifs identiques. Elle redevient ainsi un outil de gestion des impacts non financiers, utilisé avec une maîtrise certaine par Lafarge Maroc.
Depuis 1996, le leader marocain des matériaux de construction est une joint venture à 50-50 entre le groupe Lafarge et le groupe industriel marocain SNI. Fort de l’expérience du n°1 mondial du secteur, Lafarge Maroc a adapté la stratégie de développement durable du cimentier français aux spécificités de son marché. Elle se différencie notamment par l’importance de son volet social. Outre les différents aspects de la sécurité sur le lieu de travail, Lafarge Maroc a mis un accent particulier sur la formation de son personnel et y consacre 4% de sa masse salariale. L’entreprise investit jusqu’à 700 heures par salarié sur 5 ans, aussi bien sur la formation liée à la production que sur l’enseignement de connaissances fondamentales comme la lecture et l’écriture. Un investissement indispensable au développement professionnel et humain du personnel d’exécution. En 1998, l’analphabétisme touchait encore deux tiers du personnel de la cimenterie de Tétouan. Or la qualification est un élément clef dans le redéploiement industriel du site.
En janvier 2002, Lafarge Maroc a annoncé la fermeture de son site historique de Tétouan, opérationnel depuis 1954. Cette décision s’appuyait notamment sur l’obsolescence de l’outil de production, sa non-conformité environnementale et l’essoufflement des réserves de calcaires indispensables à la production de ciment.
Cette fermeture s’accompagne d’un redéploiement industriel vers une nouvelle carrière, située à 10 km de la ville. La construction de cette nouvelle cimenterie moderne entraîne une évolution profonde des compétences requises à son fonctionnement et une réduction substantielle du nombre d’employés. L’usine de Tétouan II emploie 99 salariés, contre 195 précédemment, dont plus de la moitié de cadres et d’agents de maîtrise alors qu’ils ne représentaient que 20% des salariés auparavant. De facto et malgré les efforts de formation, seuls 48 salariés du site historique de Tétouan ont été reclassés dans la nouvelle unité de production.
L’annonce, 22 mois avant la fermeture effective du site de production, avait pour but de permettre aux 141 salariés concernés par le plan social de préparer leur réinsertion professionnelle avec l’appui de l’entreprise. «Les moyens mis en oeuvre assureront à chacun le soutien dont il aura besoin pour son avenir professionnel. Je m’y engage personnellement,» assurait dans une lettre au personnel Jean-Marie Schmitz, le directeur général de Lafarge Maroc.
Au 10 décembre 2004, cet engagement était tenu en très grande partie puisque 121 salariés avaient retrouvé une activité professionnelle. La réussite de ce plan d’accompagnement tient beaucoup aux efforts de formation du groupe. La grande majorité des personnes concernées ont opté pour la création de micro-entreprises, généralement dans l’agriculture et le commerce. Cette dynamique entrepreneuriale a permis la création de 266 emplois.
L’entreprise a depuis renouvelé cette performance lors de la fermeture de l’unité de Tanger, puisque 113 des 114 personnes concernées ont créé leur propre activité et devraient être à l’origine de la création de 269 emplois. La réussite du plan de redéploiement développé par Lafarge Maroc, avec l’expertise de son actionnaire français, prouve que la fermeture d’un site de production n’est pas nécessairement une calamité pour ses employés et pour le tissu économique avoisinant.
L’industrie cimentière marocaine compte pour 4% du PIB des industries de transformation et pour 12% des émissions de GES au Maroc. La disproportion de ces émissions explique, en grande partie, la mobilisation unitaire du secteur face aux défis du développement durable et l’oblige à d’importants investissements environnementaux. L’adoption d’une technologie en voie sèche pour la cimenterie de Tétouan II permet d’importantes économies en énergie et en eau. En outre, l’inclusion de cendres volantes provenant de centrales thermiques au charbon dans la production de ciment conduit à une réduction de 2 à 4 % des émissions de CO2. Ces pratiques sont toutefois généralisées dans la filière et ne constituent pas une spécificité de la politique environnementale de Lafarge Maroc par rapport à ses concurrents.
L’entreprise a donc recherché des solutions plus novatrices pour réduire ses impact environnementaux. Profitant des conditions de vents exceptionnelles de la nouvelle carrière, après une étude préliminaire approfondie, Lafarge Maroc a confié à la « Compagnie du vent » la construction d’un parc éolien de 10 MW qui permettra de couvrir 40 % des besoins en électricité de la nouvelle cimenterie à partir de mai 2005. Cette puissance est malheureusement limitée par la réglementation marocaine car le site dispose d’un potentiel éolien 3 fois supérieur. L’adoption de l’éolien pour le site de Tétouan est aussi liée à des considérations économiques. «Le développement des énergies renouvelables présente, pour les entreprises marocaines, un intérêt stratégique et économique certain à cause du coût élevé de l’énergie au Maroc (NDA : l’un des plus chers au niveau mondial),” confirme Lafarge Maroc dans un document interne.
Le projet est, de plus, éligible à la certification au Mécanisme de Développement Propre (MDP), instrument instauré par le protocole de Kyoto pour la création du marché de crédit d’émissions certifiés. Bien que cette information ne nous ait pas été confirmée, il semble que le groupe Lafarge puisse décompter au moins 50% des 30 000 tonnes d’émissions non rejetées grâce à ce parc dans ses quotas consolidés. Il s’agit donc d’un bon projet pour l’environnement, pour l’entreprise marocaine et pour le groupe français !

• Par Pierre-Marie Coupry (AFP)

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