Incompréhensible et injustifiée surchauffe : Les «chenaka» derrière la hausse du prix du mouton

Incompréhensible et injustifiée surchauffe : Les «chenaka» derrière la hausse du prix du mouton

Incompréhensible le marché du bétail cette année ! Et surtout théâtre d’une hausse injustifiée! Alors que les mécanismes du marché plaident pour un recul des prix par rapport à ceux de l’année dernière, et au pire leur tassement, ils ont au contraire augmenté. Dans de légères proportions certes, mais néanmoins augmenté. Pourtant, logiquement, rien de semblable ne devait arriver.
Au dernier recensement des services de l’agriculture, l’offre d’ovins et de caprins est, en effet, de 7,5 millions de têtes dont 4,5 millions de moutons et 3 millions de caprins et de brebis. Comme la demande est estimée à seulement 5,2 millions de bêtes dont 4,3 millions de moutons-, les prix auraient dû à tout le moins stagner. Pour qu’il y ait aujourd’hui surchauffe, il y a donc eu des impondérables qui ont faussé les mécanismes du marché.
Pour les grossistes, ce sont les aléas climatiques qui sont cause de la situation actuelle.
La rareté des pluies a appauvri les terrains de parcours dont les herbages n’ont pas suffi  à nourrir les bêtes toute l’année. Conséquence: les éleveurs ont dû se rabattre sur les produits de provende pour assurer la soudure. Or ceux-ci coûtent cher, si cher que les TPE exerçant dans le domaine ont vu leur prix de revient grimper au-delà de leurs estimations les plus pessimistes. Conséquence de la conséquence : ils ont dû relever leurs prix de vente pour rentrer dans leurs frais. L’argument a de beaux atours, mais cependant aucun atout.
Constatant que la pluviométrie n’était pas favorable, les services de l’agriculture avaient prévu le coup et mis en œuvre au mois de mars 2012 des mesures d’accompagnement dont un plan de sauvegarde du cheptel à la pertinence reconnue par tous. Exit donc l’aléa climatique! C’est un argument qui donne sans doute bonne conscience à certains revendeurs, mais qui, en tout état de cause, n’explique rien d’objectif. La vérité est ailleurs. Du côté de la spéculation par exemple. La preuve ? Les produits des grandes fermes affichent 2 à 3 dirhams de plus par kilo – ce qui donne une hausse de l’ordre de 150 dirhams pour un mouton de 50 kg-, chez les regrattiers –chenaka- ce sont 1.000 DH qui viendront grever le prix d’une bête de même corpulence. La provende n’a donc rien à voir dans l’affaire. Ce qui est en cause c’est l’allongement des circuits de distribution qui fait que les nombreuses mains qui se passent le produit se servent à loisir au passage, il en est aujourd’hui du mouton comme il en est des fruits, des légumes et du poisson à longueur de temps. Il est acheté à vil prix au producteur par des intermédiaires peu scrupuleux qui le vendent au consommateur final à des prix prohibitifs. Plus grave: à aucun moment du processus la communauté ne profite de ces opérations et, tandis que les souks municipaux – lesquels sont facilement contrôlables- restent désespérément déserts, les terrains vagues et les «garages» bruissent de bêlements de tous tons. Résultat prévisible : les communautés urbaines ne toucheront rien de la manne du «grand transfert de fonds de la ville vers la campagne». Car l’Aïd Al Adha rapporte. On le dit générer un chiffre d’affaires d’environ 8 milliards de dirhams et par là constituer des revenus d’appoint essentiels au monde rural. Un appoint opportun car il se situe cette année à l’orée de la nouvelle campagne agricole.
Voilà pour l’économie, quid de l’hygiène du cheptel et de la santé du consommateur ? Une remarque d’ordre général : les services vétérinaires n’ont fait cas d’aucune épizootie ou maladie grave cette année et, le cheptel est en majorité en bonne santé. Mais cela n’empêche pas l’occurrence de cas où tel ou tel organe de la bête est impropre à la consommation sans qu’elle en ait été malade.
Certains bouchers ont assez de métier pour déceler ces anomalies, mais le fait est que le tout-venant s’institue boucher le jour de l’Aïd. Seule façon d’éviter ce genre de déconvenues, acheter aux représentants des grandes fermes. Labellisés, leurs produits sont suivis par un vétérinaire dont ils affichent souvent le nom sur leurs points de vente.

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