Infrastructures : Le Maroc a réalisé un rattrapage important

Infrastructures : Le Maroc a réalisé un rattrapage important

Entretien avec Zoubir Benhamouche, économiste à la Commission économique pour l’Afrique des Nations Unies

Pour les fonds de la diaspora, ils atteignent près de 7% du PIB, ce qui est très important. Le Maroc a construit une démarche stratégique envers sa diaspora pour la faire participer au développement du pays.

ALM : La CNUCED vient de publier son rapport sur le développement économique en Afrique. Quelle lecture faites-vous de la dynamique du Maroc en termes de dette et de financement ?

Zoubir Benhamouche : Le rapport classe le Maroc parmi les pays les peu endettés. Alors qu’en 2014, la dette intérieure a atteint 48% du PIB et la dette extérieure 30%, le Haut-Commissariat au Plan (HCP) estime que la dette publique globale devrait atteindre 81% du PIB en 2016.
Pour un pays en développement qui a besoin d’investir, comme c’est le cas du Maroc, ces chiffres ne sont pas forcément alarmants, d’autant que le taux d’investissement du pays se situe en moyenne autour de 30% du PIB. Le pays a dû réaliser un rattrapage important dans le domaine des infrastructures. Les besoins de financement du Maroc l’ont poussé à chercher davantage de fonds à l’extérieur, en contrepartie le déficit courant s’est un peu creusé ces dernières années. On note, cependant, une amélioration. Le HCP estime qu’il devait être ramené à 3% du PIB en 2016. La tendance de la croissance est baissière depuis 2005. Le pays a donc accéléré ses réformes de structures pour profiter d’un meilleur effet de levier de l’endettement.
Il est utile de souligner, par ailleurs, que le rapport de la CNUCED ne traite pas spécifiquement du cas du Maroc. Pour la dynamique de la dette, les études de cas ont concerné seulement 5 pays. Le Maroc ne figure pas dans cette liste.

Quelles sont les principales conclusions que l’on peut déduire du rapport ?

Les recommandations du rapport s’adressent à l’ensemble du continent et pas à un pays en particulier. Les principales conclusions portent sur la mobilisation des ressources suffisantes pour financer le développement à partir de sources intérieures et extérieures. Le but étant d’atteindre les objectifs de développement et d’aboutir à une transformation structurelle. De même, le rapport appelle les pays africains à mobiliser la dette intérieure et extérieure sans compromettre la viabilité de la dette ainsi qu’à appuyer la révision d’un cadre de viabilité de la dette qui englobe la viabilisation de la dette et prend en compte les particularités de chaque pays dans son analyse. La CNUCED recommande, par ailleurs, aux États africains de favoriser le développement et la diversification du secteur financier au niveau national afin d’accroître les ressources intérieures, attirer l’épargne de la diaspora et  exploiter les possibilités qu’offrent les partenariats public-privé. Et ce, en renforçant les cadres qui les régissent aux niveaux national et régional tout en préservant la viabilité de la dette. La CNUCED appelle également à resserrer la coopération internationale et régionale et à développer des capacités institutionnelles permettant de faire face aux besoins de financement de l’Afrique. Le continent est également contraint à remédier au manque de données et à développer les capacités analytiques de suivi et de gestion de la dette.

Quelles sont les principales recommandations émises au Maroc en vue d’asseoir sa solidité financière et assurer sa solvabilité ?

Si on devait zoomer sur ces recommandations pour le cas du Maroc, le rapport insiste sur notamment deux leviers de financement complémentaires à la dette, à savoir les Partenariats public-privé (PPP) et les fonds provenant de la diaspora.
Dans ces deux domaines le Maroc a réalisé des efforts importants. Le rapport note que le pays arrive à la deuxième place du continent en termes de montants mobilisés par les Partenariats public-privé dédiés aux infrastructures, soit près de 27,5 milliards de dollars sur la période 1990–2014, plaçant ainsi le Maroc derrière le Nigeria (près de 38 milliards de dollars). Pour les fonds de la diaspora, ils atteignent près de 7% du PIB, ce qui est très important. Le Maroc a construit une démarche stratégique envers sa diaspora pour la faire participer au développement du pays.
Pour ce qui est des autres recommandations, tout comme les autres pays de la sous-région, la transformation structurelle et les conditions d’une croissance endogène sont critiques. L’amélioration de la gouvernance publique est un levier important pour cela.

Quel rôle pourrait jouer le Maroc «financièrement» pour dynamiser les ressources en Afrique et appuyer le processus de développement des pays frères ?

La Commission économique pour l’Afrique, pour laquelle je travaille, plaide pour une plus grande intégration régionale, et notamment sous-régionale. Celle-ci demeure faible. Les pays de la sous-région gagneraient beaucoup à engager une plus grande coopération dans de nombreux domaines : offrir un cadre unifié pour l’investissement, développer un marché financier régional, lancer de grands projets de R&D, coopérer dans le domaine industriel pour créer des chaînes de valeur régionales (par exemple dans l’automobile), etc. Pour des projets bénéficiant à l’ensemble de la sous-région, on peut imaginer à terme des instruments financiers communs ainsi que la mobilisation de fonds via la banque maghrébine d’investissement.

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