Inquiétudes sur la solidité financière

La crise du marché du crédit a également fragilisé le bilan de petites entreprises en mal de financements, estiment plusieurs experts interrogés par Reuters. «Il y a manifestement un problème du côté des très petites sociétés, surtout en France, confirme Virginie Vacca, analyste auprès de Standard & Poor’s, mais il est encore très difficile de dire combien sont concernées et quel impact financier cela représente». «Les constructeurs ont tout intérêt à aider les fournisseurs qui feraient défaut car ils n’ont parfois qu’un seul partenaire capable de leur livrer des pièces stratégiques. C’est le cas pour les trains d’atterrissage ou pour certaines pièces dites monoblocs», ajoute-t-elle. L’industrie n’a, à ce jour, poussé aucun cri d’alarme officiel. Les discours se veulent rassurants mais vigilants. Denis Ranque, P-DG du spécialiste de l’électronique de défense Thales, a déclaré le 8 octobre qu’un audit avait été engagé pour identifier des partenaires potentiellement en danger. «Si nous avions un fournisseur défaillant, nous ferions en sorte qu’il ne le reste pas», a-t-il dit. Thales n’a toutefois pas souhaité communiquer au sujet des résultats de cette étude. Safran a de son côté monté une «cellule de crise de manière préventive». «Sur une base régulière, nous avons des conférences téléphoniques avec un certain nombre de personnes dans les sociétés qui nous remontent les informations, ce système vient compléter notre système de supervision classique. Les effets de la crise ne se matérialisent pas encore, ils sont décalés dans le temps», a dit à Reuters Xavier Dessemond, son directeur des achats. «Nous n’avons pas vraiment encore vu de fournisseurs venant nous voir pour nous dire : «suite à la crise financière, nous n’avons plus la possibilité de nous financer, nous avons besoin de votre aide» mais cela pourrait venir donc nous envisageons de mettre en place des aides avec des fonds ou des banques mais elles seraient versées à titre exceptionnel et dans certains cas bien précis», a-t-il poursuivi. Airbus, la principale filiale du géant européen EADS, a pour sa part informé, début octobre, de son intention de venir en aide à Latécoère après avoir renoncé à lui céder ses sites de Méaulte (Somme) et de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). Cette cession, prévue dans le cadre du plan stratégique «Power 8» d’Airbus, devait permettre à l’équipementier de tripler son chiffre d’affaires – de 489 millions d’euros en 2007 – et de devenir un partenaire incontournable du développement du futur long-courrier moyen porteur A350. Depuis, Latécoère cherche à obtenir des remboursements anticipés auprès d’Airbus pour compenser, face aux retards de l’A380 notamment, une partie de ses dépenses de recherche-développement. Les ennuis des fournisseurs d’EADS pourraient se poursuivre. Mardi, Airbus Military, la filiale en charge de l’assemblage de l’avion de transport militaire A400M, a annoncé qu’elle allait ralentir la production de l’appareil pour s’adapter aux multiples déboires industriels du programme, lequel compte une quarantaine de fournisseurs majeurs. L’A400M, dont le coût de développement est estimé à quelque 20 milliards d’euros, ne devrait pas être livré avant 2010, avec au moins un an de retard.

• Matthias Blamont (Reuters)

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