Intelligence économique: le Maroc pèche encore dans la réflexion stratégique

Intelligence économique: le Maroc pèche encore dans la réflexion stratégique

Le Maroc Stratégique, c’est le dernier ouvrage publié par l’AMIE center (Association marocaine de l’intelligence économique), un think tank généraliste créé en 2006 et basé au Maroc.

«Trois ans après les révolutions arabes qu’il a traversées de manière presque paisible, le Maroc se trouve dans une situation inédite. Voici donc un Etat nation millénaire -la plus ancienne monarchie régnante au monde- dont la population est majoritairement jeune, auquel il ne manque plus qu’un palier pour accéder aux portes de  l’émergence». Et c’est Abdelmalek Alaoui, président de l’AMIE, qui plante le décor dans sa préface.

Il faut dire que l’organisation avait déjà publié un premier ouvrage 18 mois avant le Printemps arabe, intitulé «Une ambition marocaine». Le livre analysait la décennie 1999-2009. Dans le second, le groupe d’experts choisis traitent chacun un angle précis de l’environnement géostratégique marocain pour aboutir à une projection du Maroc futur, signé Bouchra Rahmouni Benhida et qui a dirigé l’ouvrage.
Sur le plan géostratégique, l’expert Barah Mikail affirme dans son développement titré «Une subtile stratégie de préservation» que «plutôt que d’avoir opté pour une forme d’isolationnisme, le Maroc a préféré déployer des alliances et tisser des fils qui incluent l’ensemble de ses composantes périphériques et de leurs extensions, comme le rappelle le préambule de la Constitution».
Les arguments sont clairs, les faits nombreux.

De son côté, l’auteure Yasmina Naji analysera les équilibres entre l’islam et la démocratie à travers son écrit intégré intitulé Le Maroc peut-il être à la fois moderne, islamiste et démocrate ? Selon elle, «alors que le monde arabo-musulman est en crise, totalement dépassé par des bouleversements sociopolitiques qui remettent en question l’avenir démocratique de la région,  le Maroc se situe à la croisée des chemins (….). Un bouleversement certes fragile, mais qui prend sens parallèlement à une modernisation sans précédent, contribuant ainsi à donner une dimension sociale autrement plus exigeante aux concepts de la justice».

Le rappel de cette nouvelle donne est certes fondamental. Toujours est -il que les poches de résistance ralentissent le processus. Les enjeux de la gouvernance sont, toutefois, réels et les instances internationales attendent le Maroc dans ce domaine précisément. Incontournable.
L’enclenchement du «minuteur» de la Cour des comptes le démontre aujourd’hui…

Sur le plan géopolitique, c’est Mehdi Taje qui a été désigné pour analyser le nouveau comportement du politique marocain selon les nouvelles données internationales. Rappelant le contexte depuis la chute de l’URSS, l’expert analyse les différentes étapes par lesquelles le Maroc est passé dans sa mue compte tenu de son vestige politique et économique. Retenant les ancrages historiques et le rayonnement géopolitique du Maroc, il valorise la tolérance dans la religion et dans la culture. «Dimension islamique : Occident extrême de la civilisation de l’islam, foyer de l’islam en Afrique de l’Ouest, le Royaume, notamment, à travers les confréries musulmanes, telles que la Tijaniya, s’affirme comme un pôle de l’islam tolérant dans sa religion». Ses positions sont clairement affichées et les orientations géopolitiques au Maroc en découlent de fait…

Toujours est-il que le politologue retrace aussi les contours d’un environnement reconfiguré et un Maroc face au choc des révolutions arabes. En clair, il rappelle l’exception marocaine et explique la menace de centralité maghrébine. L’intelligence stratégique devra être utilisée sous toutes ses facettes pour accompagner la stratégie du Maroc face à un contexte international de plus en plus imprévisible.
Sur le plan économique, c’est Alexandre Kateb qui en fait l’état des lieux pour ressortir les perspectives.

Etayée de chiffres et d’analyse sur les principaux agrégats économiques, l’analyse aboutit à une seule clé de réussite qui se confond avec l’accroissement de la compétitivité de l’industrie. Il insistera dans la foulée sur la compétitivité/produit qui, selon lui, «est liée à la différenciation des produits et à la montée en gamme et en qualité». Pour lui, elle nécessite un effort accru d’investissement dans l’innovation, tant technologique que commerciale, afin d’augmenter la qualité perçue du produit Made in Morocco vis-à-vis de ses concurrents.

Sur sa politique commerciale, Lahsen Abdelmalki a été choisi pour en faire une analyse pertinente, sous forme de projections d’avenir. Selon l’expert, «la doctrine de la politique commerciale est l’ouverture comme stratégie d’inscription dans les mutations du marché mondial».

De l’émergence à la bonne gouvernance : le modèle marocain. Le titre de Nabil Bayahya sur son développement en dit long. Il se pose la question si le Maroc émerge ou est plutôt en transition. En décortiquant toutes les étapes par lesquelles le Maroc a transité depuis le protectorat, l’auteur de cette partie finira par conclure sur une émergence entre certitudes et audace. Avançant des arguments forts, il n’omettra pas, toutefois, de souligner les limites à cette émergence marquée notamment par les inégalités sociales où les réformes peinent à se mettre en place dans un pays où l’élitisme domine et fausse les donnes.

Et sans faire de transition, Bouchra Rahmouni Benhida exposera ses extrapolations pour un Maroc de demain qui, selon elle, admet des horizons prometteurs mais sous conditions. Décryptant les phases d’un Maroc émergent assurément, l’experte rappelle ses recommandations pour une synchronisation entre la politique nationale et la configuration de l’économie mondiale en perpétuel changement. La coopération Sud Sud mise désormais au cœur de la stratégie avec le reste du monde. Concernant le système productif, Rahmouni Benhida insiste sur «l’importance de la mise en place d’un système productif réactif, performant et innovant qui va permettre de relever le défi technologique et son double, le défi éducatif».

L’inclusion sociale, le renforcement de la position de la femme dans l’échiquier économique et politique, la refonte de la chaîne administrative sont autant de conditions que l’experte a relevées dans le cadre de cette émergence. Les défis sont énormes et le Maroc ne pourra les relever que s’il met en place un système de gouvernance clair et où tous les indicateurs s’affichent sur le tableau de bord. C’est de cela que traite l’intelligence économique.

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