Intérêts: Les établissements bancaires donnent d’une main et reprennent de l’autre

Intérêts: Les établissements bancaires donnent d’une main et reprennent de l’autre

Pour les particuliers, le crédit à la consommation est descendu en moyenne de 7,12 à 6,64% et le crédit immobilier chute de 5,76 à 5,15%. Pour les entreprises, les crédits de trésorerie chutent de 5,48 à 5,24% tandis que les crédits à l’équipement régressent de 4,76 à 4,43%.

Avec les réductions de taux d’intérêt sur les crédits bancaires qui ont battu des records sur toute l’année 2016, les établissements doivent immanquablement avoir vu leurs produits d’intérêt diminuer.

Rappelons en effet que du fait des baisses successives du taux directeur depuis fin 2014, de la situation confortable de liquidité bancaire et d’une concurrence acharnée sur la distribution de financements, le taux débiteur moyen tous types de financements confondus, établi par Bank Al-Maghrib à travers des enquêtes trimestrielles, est passé sur l’année 2016 de 5,49 à 5,17%. Pour les particuliers, le crédit à la consommation est descendu en moyenne de 7,12 à 6,64% et le crédit immobilier chute de 5,76 à 5,15%. Pour les entreprises, les crédits de trésorerie chutent de 5,48 à 5,24% tandis que les crédits à l’équipement régressent de 4,76 à 4,43%.

Cela n’a effectivement pas manqué de plomber les produits d’intérêt des établissements ainsi qu’il ressort des communications financières annuelles  au titre de l’exercice 2016, déjà publiées par certaines banques de la place (notamment les comptes sociaux qui renseignent sur l’activité au niveau du marché local). Ainsi, Attijariwafa bank a vu ses revenus d’intérêts s’alléger de plus de 520 MDH l’année dernière passant de 10,8 à 10,3 milliards DH (-5%). Pour sa part, la Banque Populaire a récolté 5,9 milliards DH en 2016 au lieu de 6,3 milliards DH engrangés l’année d’avant, soit plus de 374 MDH en moins (-6%).

A leur tour, les banques à capitaux français, Crédit du Maroc et BMCI ont dû concéder une baisse de leurs produits d’intérêt respectivement de 4 et 7% pour s’établir à 2,2 et 2,7 milliards DH. CIH Bank enfin qui ne s’est pas montrée aussi agressive que les autres établissements du secteur dans la tarification de ses financements a pu contenir la baisse de ses produits d’intérêt  à 2%, ceux-ci passant ainsi de 1,9 à 1,8 milliard DH. Mais pour véritablement avoir une idée globale sur la prestation des banques en matière de revenus d’intérêts, il faut aussi s’intéresser aux charges d’intérêt qu’elles ont supportées. Celles-ci correspondent essentiellement aux intérêts que paient les banques dans le cadre de dettes envers Bank Al- Maghrib, le Trésor public ainsi qu’envers d’autres établissements de crédit. Les banques supportent aussi une charge d’intérêt du fait qu’elles doivent verser un intérêt à la clientèle détenant des comptes rémunérés (comptes sur carnet…). Et il se trouve que les charges d’intérêt des banques ont globalement baissé l’année dernière. D’abord, les intérêts issus de leurs dettes ont nécessairement chuté dans l’actuel contexte de baisse du loyer de l’argent. Et surtout, les établissements se sont arrangés pour s’alléger en matière de rémunérations à verser aux détenteurs de comptes rémunérés.

Cette orientation a concerné surtout les dépôts à terme (DAT) dont les banques ont globalement ramené le taux de rémunération à bien moins que les 4% qui avaient cours jusqu’il y a quelques années. La résultante en a été que l’encours des DAT s’est réduit de près de 9 milliards DH sur tout le secteur bancaire pour s’établir à fin 2016 à 48,6 milliards DH, ce qui correspond à tout autant d’économies pour les établissements en matière d’intérêt à verser. C’est ainsi qu’Attijariwafa bank a vu ses charges d’intérêt baisser de 15%, à un peu plus de 3,4 milliards DH. L’effort d’optimisation est plus visible encore chez CDM et BMCI qui réduisent leur charge de 18%. CIH Bank n’est pas en reste en allégeant sa facture de 9%. En bout de course, la baisse des produits d’intérêt combinée à une baisse des charges de même type, permet aux banques de retomber sur leurs pieds en préservant pour la plupart la croissance de leur marge d’intermédiation, ou au pire d’en limiter la baisse (étant à préciser que cette marge continue de peser les trois quarts des revenus du secteur bancaire). Ainsi, Attijariwafa bank dégage une marge de près de 6,9 milliards DH, en croissance appréciable de 1% au vu du contexte.

De même CIH Bank et CDM s’en tirent avec une hausse de 2% de leur revenu net à 1,2 milliard DH et 1,6 milliard DH respectivement. Pour sa part BMCI à travers l’optimisation de ses charges d’intérêt, parvient à limiter le recul de sa marge d’intérêt à 5%, à 2,2 milliards DH.

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