Itinéraire technique d’Al Moutmir à Kelâa des Sraghna : Immersion au cœur de la terre de l’olivier

Itinéraire technique d’Al Moutmir à Kelâa des Sraghna : Immersion au cœur de la terre de l’olivier

A 82 km de Marrakech et plus précisément dans la province de Kelâa des Sraghna, les équipes d’Al Moutmir travaillent sur une plate-forme de démonstration de 1 ha faisant partie d’une exploitation agricole de 3 ha totalement couverte d’arbres d’olivier. Les deux hectares restants servant de partie témoin. A vue d’œil, la surface ayant suivi un itinéraire technique et soumis à la formule d’engrais régionale MPK 15-20-25 sorti des recommandations de la carte de fertilité (Fertimap) semble donner un meilleur résultat.

Un rendement pouvant aller jusqu’à 8 tonnes l’hectare

Sur la base de la carte de fertilité développée en collaboration avec le ministère de l’agriculture, ses antennes régionales et l’INRA, une formule d’engrais adaptée à la région a été appliquée à la parcelle en question depuis. «On a suivi un itinéraire technique et scientifique adapté à la culture de l’olivier en commençant d’abord par toutes les opérations liées à la culture de l’olivier, à savoir la taille de l’arbre, la préparation du sol, l’apport d’engrais et les traitements phytosanitaires. L’objectif serait d’avoir un bon rendement de production. On a lancé cet essai avec l’agriculteur bien que cette année soit spéciale.

Et pour cause : il s’agit de l’alternance dans la production de l’olivier. Toutefois, on a eu de très bons résultats par rapport aux agriculteurs voisins et par rapport aux parcelles témoins», explique sur place Yassine Ouhemou, ingénieur agronome avec le programme Al Moutmir OCP ajoutant que l’alternance est un problème physiologique lié à la culture de l’olivier. Ainsi, une année qui se caractérise par une forte production sera fort probablement suivie par une année à faible production. Cette dernière pouvant atteindre 60% de moins.

«Avec l’itinéraire technique qu’on a mené et la formule appliquée, on a pu réduire les effets du problème d’alternance. La différence est visible au niveau du rendement si l’on fait la comparaison avec les productions de terres voisines. En se basant sur la méthode artisanale, l’agriculteur réalisait un rendement de 2 à 3 tonnes alors qu’avec cet itinéraire technique on atteint facilement 5 tonnes l’hectare», souligne l’agronome ajoutant que sans ce problème d’alternance, le rendement peut aller à un tonnage entre 8 et 9 tonnes l’hectare. Pour Abderrahim Ghazala, agriculteur dans la province de Kelâa des Sraghna, le traitement de la terre d’une manière technique a grandement amélioré le rendement de son exploitation.

«Nous avons l’habitude de travailler d’une façon artisanale et je dirais même aléatoire. On achetait les engrais dans le marché sans vraiment savoir s’ils sont adaptés ou pas à la nature de la terre de la région ou à la culture de l’olivier. Nous avons hérité de méthodes ancestrales qui, il faut l’avouer, ne nous donnent pas souvent les résultats espérés», confie-t-il soulignant qu’après l’entrée du dispositif Al Moutmir et le conseil agricole le producteur est passé à une méthode plus appropriée et plus rationalisée. «Nous avons commencé a faire les analyses du sol, puis le labeur de l’olivier avec l’accompagnement des équipes d’Al Moutmir et du conseil agricole qui nous ont donné la formule régionale qu’on a appliquée. On a très vite remarqué la différence sur l’arbre et sa vitalité. Avec la méthode traditionnelle, on atteint 2 à 3 tonnes l’hectare alors qu’avec la formule régionale la production peut aller jusqu’à 8 tonnes», relève l’agriculteur ajoutant que cet itinéraire permet au producteur de faire plus d’économie.

17.000 agriculteurs travaillent dans l’olivier à Kelâa des Sraghna

Selon Hamid Sabri, président de l’Association marocaine de l’olivier et de l’économie de l’eau, la province de Kelâa des Sraghna compte à elle seule pas moins de 17.000 agriculteurs qui travaillent dans l’olivier dont 2.000 sont des agricultrices et plus de la moitié sont des jeunes. La surface plantée en olivier dans cette province s’étend sur 79.000 ha. Il y au total 20 variétés d’olivier dans la province mais les trois variétés les plus répandues sont : le picholine marocain, Haouzia et Menara. Au niveau de la production, celle-ci génère 22% de la production nationale dans l’olivier. Ce qui représente 400.000 tonnes (2018).

Par ailleurs, la province bénéficie de sa proximité de 3 barrages : le barrage Moulay Youssef (9 km), le barrage Moulay Idriss (15 km) et le barrage Al Massira (35 km) sachant que le barrage de Bin El Ouidane contribue également à ressourcer la région en eau. Du côté de l’association que Hamid Sabri préside, elle encadre plus de 24.000 agriculteurs de la province (43 communes) et des localités avoisinantes. «De plus en plus de jeunes s’intéressent à la culture de l’olivier. Ils sont de la région. Certains sont des MRE passionnés par la culture de l’olivier», indique le président de l’association.

Sur la collaboration avec les équipes d’Al Moutmir, Hamid Sabri précise que pas moins de 60 plates-formes (2 appartiennent à des agricultrices) ont bénéficié de la formule régionale mise en place par OCP. «Cette collaboration a permis de développer plusieurs projets. A part tout le travail de sensibilisation, de formation et d’accompagnement fait par les équipes d’Al Moutmir, ces derniers nous ont proposé des techniques modernes et adaptées à la culture de l’olivier à l’exemple du «vibreur» qui remplace les bâtons et permet de faire la cueillette sans abîmer les branches de l’arbre. Sur le plan environnemental, nous avons également fait part aux agronomes d’OCP du problème qu’on a dans la gestion des déchets oléicoles dans les moulins.

Ils nous ont donné un broyeur plus efficace et à partir de ces déchets on a pu créer avec le savoir-faire des équipes d’Al Moutmir un engrais écologique qui sera bientôt commercialisé sur le marché», confie-t-il. Pour lui, la culture de l’olivier nécessite un travail sans relâche rappelant qu’une petite parcelle de terre bien suivie et mieux entretenue au quotidien génère un meilleur rendement qu’une grande exploitation mal entretenue et sans suivi. 

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