Jouahri : Cap sur l’indépendance

Depuis sa nomination, il y a plus d’une année, comme gouverneur de Bank Al-Maghrib, Abdelatif Jourahri n’a pas beaucoup changé. À part une tête plus blanchie, à cause certainement, des soucis de la profession bancaire, l’homme est toujours le même. Même regard futé, même chaleur humaine, l’éternelle poignée de main, si caractéristique de la personne. À la fin, raccompagner les journalistes, conviés à la rencontre de presse du mardi 25 janvier, jusqu’à la porte principale, une élégance (bien fassie) rare pour un gouverneur. Par contre, l’institution a bien changée. Au regard des chantiers engagés et des réalisations, l’observateur ne peut que tomber sous le charme de la vielle dame. D’ailleurs, la récente mise à niveau du cadre légal est de nature à lui redonner une seconde jeunesse. Ainsi, les principaux apports des deux projets de loi relatifs à l’exercice et au contrôle de l’activité des établissements de crédit et aux statuts de Bank Al-Maghrib constituent un tournant historique pour la stabilité financière du Maroc.
Le principal acquis est assurément une plus grande autonomie de la banque centrale au niveau de la conduite de la politique monétaire. «Bank Al-Maghrib s’est ainsi affranchie de toute tutelle pour l’élaboration et la mise en oeuvre de la politique monétaire avec pour objectif la stabilité des prix. De par nos nouveaux statuts, je tiens à préciser que c’est notre principal objectif», précise Abdelatif Jouahri. Autre atout, le réaménagement de la composition du conseil de la banque ainsi que l’interdiction des concours au trésor public, à l’exception d’une facilité de caisse encadrée. Aussi, dans le domaine de la supervision bancaire, les attributions de la banque centrale en matière d’agrément et de réglementation ainsi que le renforcement de ses moyens d’intervention pour prévenir et gérer les crises bancaires sont plus autonomes.
«En contrepartie, la banque centrale devra satisfaire des exigences renforcées en matière de gouvernance et de communication», tient à précise le gouverneur. Ainsi interdiction est désormais faite pour la BAM de participer aux organes d’administration et de gestion mais aussi au capital des établissements de crédit. BAM a un délai de trois années pour s’y conformer et son gouverneur pense même appliquer cette logique aux participations extérieures de la banque.
L’institution centrale a aussi l’obligation d’auditer, de manière externe, ses comptes. La responsabilité de son conseil est accrue. La publication d’un rapport annuel sur la supervision bancaire est aussi une autre obligation.
Pour accompagner cette mise à niveau, BAM s’est dotée, depuis mars 2004, d’un plan stratégique, fixant 11 métiers à l’institution centrale. Ce plan couvre la période 2004-2006 et s’accompagne d’une mise en place de la nouvelle organisation et l’engagement d’un certain nombre de réformes et actions structurantes. Par contre, le gouverneur de la banque centrale n’a pas manqué de livrer sa vision du financement de l’économie nationale. Il reste convaincu que les bases saines sont à chercher dans un système bancaire solide et compétitif. «Je ne tiens non plus pas à ce qu’on fasse supporter le risque systémique aux banques. Chacun doit être mis face à ses responsabilités», s’exclame M. Jouahri. Ainsi, BAM, dans un contexte marqué par une forte baisse des taux d’intérêts, a interpellé les banques sur la problématique du financement des PME et en particulier sur les taux d’intérêts relativement élevés appliqués à cette catégorie d’entreprises qui, bien que présentant un risque spécifique, compte tenu de la fragilité de leur structure financière et organisationnelle, n’en constituent pas moins un marché stratégique pour les banques, eu égard à leur poids dans l’économie. «Par contre, un engagement plus fort des banques dans le secteur de la PME exige une plus grande transparence des part de cette catégorie d’entreprises. Il faut être claire, c’est du donnant-donnant», explique Abdelatif Jouahri. Par la suite, le gouverneur de la banque centrale a longuement traité le chapitre de la consolidation du système bancaire. Selon lui, cette consolidation passe par l’adoption des meilleures pratiques en matière de gestion des risques et de gouvernance.
À cet égard, Bâle II constitue un projet structurant et novateur qui repose sur une démarche alliant une appréhension plus exhaustive et une mesure plus flexible des risques.

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