Jouahri : L’économie va mal depuis 2012

Jouahri : L’économie va mal depuis 2012

Le wali de Bank Al-Maghrib brosse un tableau plutôt noir de la situation de l’industrie

Si le wali de la banque centrale reconnaît que le secteur industriel a connu l’émergence de nouveaux secteurs à l’export comme l’industrie automobile ou bien l’aéronautique et l’industrie pharmaceutique, l’impact de ce développement ne serait pas encore connu.

Abdellatif Jouahri risque de faire des mécontents au gouvernement. Et pour cause, le wali de Bank Al-Maghrib a dévoilé des vérités chocs concernant la situation économique. En plus de sa prévision de croissance d’à peine 1% qui n’a pas plu au parti du chef de gouvernement, le PJD, le numéro un de la banque centrale a brossé un tableau plutôt noir de l’économie nationale. Pour Jouahri, l’industrie va mal, très mal depuis 2012, date de l’arrivée du gouvernement Benkiran aux affaires. Chiffres à l’appui émanant du Haut-Commissariat au Plan pour plus d’objectivité, il a démontré comment le secteur flirte avec une croissance zéro ces cinq dernières années.

«La croissance des industries de transformation a ralenti de 3,4% entre 2000 et 2008 à 0,9% sur la période 2012-2015», a fait savoir Jouahri qui s’exprimait dans le cadre du conseil national de l’entreprise organisé à Agadir. Bien plus qu’une critique personnelle vis-à-vis du chef de l’Exécutif ou l’un des membres du gouvernement, Jouahri attire l’attention sur des faits totalement objectifs qu’il faut prendre en considération au plus vite. C’est le cas notamment pour les exportations.

Si le wali de la banque centrale reconnaît que le secteur industriel a connu l’émergence de nouveaux secteurs à l’export comme l’industrie automobile (devenue le premier secteur exportateur depuis 2014 devançant les phosphates et dérivés) ou bien l’aéronautique et l’industrie pharmaceutique, l’impact de ce développement ne serait pas encore connu. «Nous n’avons pas pu cerner l’impact de cette performance à l’export sur l’emploi et sur la croissance, ni mesurer le taux d’intégration», a-t-il expliqué.

Emploi : L’hémorragie

Le rythme faible de la croissance, notamment dans l’industrie, se répercute inéluctablement sur l’emploi. Là encore, les choses se sont beaucoup compliquées ces cinq dernières années. «Après la baisse tendancielle entamée en 1999, le chômage s’est inscrit en hausse depuis 2012, passant de 8,9% en 2011 à 9,9% en 2014 et ce, malgré la baisse sensible du taux d’activité», a déclaré Jouahri.

Et de poursuivre : «L’économie nationale génère de moins en moins d’emplois. Le nombre de créations nettes est passé de 168 milles en moyenne entre 2001 et 2008, à 80 mille entre 2009 et 2012 et à 56 mille entre 2013 et 2015. Les services restent le premier pourvoyeur d’emplois mais le rythme de création s’essouffle alors que les emplois dans ce secteur restent précaires, notamment dans le «commerce et réparation» et les «services personnels et domestiques»».

La situation est d’autant plus compliquée qu’il faut au même niveau de création d’emploi il y a pratiquement 10 ans non pas afin de résorber le chômage mais juste pour stabiliser le taux actuel. Par ailleurs, le wali de BAM attire l’attention sur le poids de la dette du Trésor. «L’endettement du Trésor s’est inscrit dans une tendance haussière passant de 45,4% du PIB en 2008 à 64% en 2015 (dont 49,6% du PIB en dette intérieure et 14,4% en dette extérieure), un niveau élevé par rapport à la moyenne des pays ayant la même notation», a-t-il fait savoir. Enfin, il y a tout de même quelques bonnes nouvelles concernant notamment la liquidité bancaire qui «s’est nettement améliorée, et devrait passer à une situation excédentaire à partir de cette année». Cela dit, malgré cette amélioration, le crédit bancaire, destiné aux entreprises, évolue à un rythme faible. Une situation due, selon Jouahri, au «désendettement de certains grands groupes» et «la montée des risques dans certaines branches».

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