Karim Ghellab : «Nos infrastructures sont, en tout point, conformes aux standards internationaux»

Karim Ghellab : «Nos infrastructures sont, en tout point, conformes aux standards internationaux»

ALM : Quel est le bilan des dégâts causés par les intempéries ?
Karim Ghellab : Il est prématuré de parler de bilan complet et détaillé alors que nous avons une alerte météo qui annonce d’autres intempéries -importantes- pour tout l’hiver. Nous nous concentrons en ce moment et en priorité sur les opérations de réparations urgentes afin de rétablir rapidement la circulation sur les axes routiers coupés ou les routes et ouvrages d’art endommagés et assurer la pérennité de la circulation. Nous œuvrons à renforcer les ressources et les équipes locales présentes sur place par l’acheminement d’équipements importants et de techniciens et cadres du central ou du régional, en appui ou pour diligenter les opérations spéciales (pose d’un pont de secours par exemple). Toutefois, sur la base des renseignements qui nous sont remontés du terrain à aujourd’hui, nous avons une première estimation de 300 millions DH pour la reconstruction des ouvrages d’art et la réhabilitation de la chaussée affectés par les inondations. Il faut signaler, à ce propos qu’habituellement nous réservons à ce genre de travaux une provision annuelle moyenne d’environ 50 MDH.

Avez-vous établi un plan d’urgence en prévision des intempéries annoncées ? Avez-vous pris des dispositions pour éviter de nouveaux dégâts ?
Nous avons une procédure d’action d’urgence prête pour ces situations que nous appelons Plan d’alerte pour la viabilité hivernale (voir encadré). L’alerte actuelle concerne les mêmes provinces, 10 au total, qui sont déjà affectées par les inondations et où nous avons mobilisé toutes les ressources nécessaires pour opérer des interventions urgentes et rétablir rapidement la circulation. Le matériel mobilisé et opérationnel est de 127 engins, dont 44 ont été acheminés en renfort.
Les équipes sont composées de 398 personnes, dont 34 ingénieurs, 69 techniciens, 136 conducteurs d’engins et 159 agents. Donc, actuellement et après avoir dégagé les éboulis et les matériaux de charriages déposés sur la chaussée, nos équipes sont à pied d’œuvre au niveau des sections dégradées pour reconstruire les remblais d’accès de certains ouvrages d’art affectés. D’autres brigades sont positionnées au niveau des points névralgiques pour pouvoir intervenir à temps, prêter assistance aux usagers en détresse et assurer la pérennité de la circulation. Je voudrais rappeler qu’au niveau du Ministère de l’équipement et du Transport, la préparation de la saison hivernale commence au mois de juin de chaque année et porte trois aspects. Le premier concerne la préparation et l’entretien du matériel. Nous avons un parc de 800 engins et camions, dont 15 porte-chars et une centaine d’unités spécifiques pour les opérations de déneigement.
Le second est relatif à la mise à niveau de l’infrastructure : réparation des dégâts de la saison précédente, curage des dispositifs d’assainissement et amélioration de la signalisation routière… Le dernier aspect concerne le redéploiement et le renforcement des ressources humaines et la formation du personnel de conduite.

Comment expliquez-vous le nombre important d’infrastructures dévastées par ces inondations ? Cela est-il dû à la fragilité de ces infrastructures ?
Non; absolument pas et je réfute toutes les informations publiées dans ce sens. Nos infrastructures sont de qualité et conformes aux standards internationaux de conception et de réalisation et elles ont, dans l’ensemble, bien résisté à la force exceptionnelle de ces inondations. Aucun laxisme et aucune économie ne sont tolérés quand il s’agit de qualité, de fiabilité et de sécurité des ouvrages. Nos chaussées sont construites avec des matériaux nobles et nous tenons compte, dans la conception et le dimensionnement des ouvrages d’art, des aléas sismique et climatique et des spécificités géologiques des terrains et sites traversés. Nous dimensionnons nos infrastructures, notamment les ponts, de manière adaptée au trafic qu’elles reçoivent, dans un souci de rationalisation des dépenses publiques et d’optimisation. C’est pourquoi nous préférerons, par exemple pour certaines routes à faible trafic, une chaussée submersible à un pont, car elle répond tout à fait aux besoins et évite le coût élevé et non justifié économiquement d’un grand ouvrage d’art. Pour les inondations actuelles, il faut rappeler que nous sommes là confrontés à une situation exceptionnelle, plusieurs crues dépassent une période de retour de 100 ans et certaines ont même été qualifiées de millénaires par les spécialistes.
De ce fait, 6 vieux ponts, datant du Moyen âge ou du protectorat espagnol ou français, n’ont pas pu résister à l’intensité et l’agressivité des écoulements et ont été emportés par les crues. Je voudrais signaler ici que le ministère gère un parc d’ouvrages d’art routier en évolution continue, évalué actuellement à 6.500 unités. Nous disposons d’un système de gestion informatisé qui permet le suivi de l’état des ouvrages ainsi que la programmation des interventions d’entretien ou leur reconstruction. Ainsi, il se trouve que pour les deux ouvrages d’art de la RN2 à Al Hoceima, emportés par les crues de l’oued Nekkour et l’oued Tazourakht, le ministère avait déjà programmé des reconstructions et réalisé les études nécessaires à cette fin.
La reconstruction de l’ouvrage sur l’oued Nekkour était programmée courant 2009, tandis que l’ouverture des plis pour l’appel d’offres relatif à la construction d’un ouvrage d’art sur l’oued Tazourakht était prévue et a eu lieu le lendemain de sa dégradation, c’est-à-dire le 28 octobre 2008. Cette anticipation nous permet donc le lancement immédiat de leur réalisation de sorte qu’ils soient prêts avant le prochain hiver, Inchallah.

Avez-vous évalué le risque d’effondrement d’autres infrastructures ?
Nous mettons en œuvre deux programmes spécifiques prioritaires pour la réhabilitation et la préservation de tout ce patrimoine national, pour lesquels nous essayons avec plus ou moins de succès, chaque année à l’occasion de la préparation de la loi de Finances, de mobiliser des fonds plus conséquents. En plus des audits d’ouvrages d’art, nous assurons un suivi permanent de l’état du réseau routier grâce à un système de gestion basé sur l’auscultation à l’aide d’appareils à grand rendement le long de l’année, ainsi que celles réalisées par les gestionnaires locaux. Ce qui permet d’évaluer l’état de chaque tronçon de route, afin de programmer en temps opportun les travaux d’entretien et de maintenance requis. Toutefois, et malgré tout le suivi prévisionnel et l’anticipation que nous mettons en place, nos efforts peuvent s’avérer vains face à des situations exceptionnelles, comme celle-ci. Nous essayons donc de limiter les dégâts en apportant les secours et l’assistance d’urgence et en prévenant en priorité toute perte en termes de vies humaines. C’est dans ce sens que nous œuvrons continuellement à renforcer nos moyens d’intervention, en matériel et en hommes.

L’endommagement des infrastructures touchées par les intempéries va-t-il être réparé en présence du risque d’autres fortes pluies ?
Il faut savoir que les travaux de première urgence sont généralement réalisés par les moyens propres de l’administration. Ils permettent un rétablissement rapide et un maintien de la circulation pour une courte période et ce, le temps de réaliser les études, préparer les marchés et lancer la réalisation des travaux dans les règles de l’art. C’est l’approche généralement mise en place, sachant que pour les dégâts actuels, vu leur ampleur et compte tenu de l’anticipation qui a fait que les études et les marchés sont prêts, nous procéderons directement à la réparation définitive. Ce qui nous permettra ainsi d’économiser le coût des réparations provisoires et d’éviter leurs désagréments aux usagers.



Le Plan d’alerte en bref


Le Plan d’alerte pour la viabilité hivernale porte sur :
• Mise en place de la permanence aux niveaux central et
 territorial ;
• Renforcement et positionnement des engins et matériel roulant d’intervention (niveleuses, bulldozers, chargeurs…) au niveau des points névralgiques (répertoriés annuellement avant le démarrage de la saison) ;
• Préparation du matériel de montage et de pose des ponts de secours ;
• Approvisionnement en carburants, lubrifiants, pièces de rechange et matériaux ;
• Constitution des équipes et brigades d’intervention.


Bilan provisoire : 30 victimes des intempéries


Le ministre de l’Intérieur, Chakib Benmoussa, a annoncé, mercredi 29 octobre, que les inondations enregistrées la semaine dernière dans certaines régions du Royaume ont fait 28 morts et causé d’énormes dégâts matériels. 11 personnes sont mortes à Nador emportées par les crues de l’oued Kirt. Six autres, appartenant à la même famille, ont péri suite à l’effondrement du toit de leur maison à Taza, alors que dans la région de l’Oriental six personnes ont été emportées par les eaux et cinq autres tuées ont été recensées dans la wilaya de Tanger. M. Benmoussa a fait état de l’effondrement de 200 maisons anciennes ou en pisé, ainsi que de deux ponts dans la province de Nador et autant à Al-Hoceima. Dans la nuit de vendredi à samedi, une jeune femme de 28 ans a été emportée par les crues de l’oued Boulebraj (commune rurale de Tighni) dans la province de Tiznit. Dans la province d’Essaouira, un enfant de 13 ans a trouvé la mort par noyade suite aux fortes précipitations enregistrées. Le corps de la victime, un élève habitant le douar Iskougroure, a été découvert, samedi après-midi, dans un ravin submergé par les eaux pluviales. Ce qui porte le bilan à 30 victimes.

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