Karim Ghellab : «Pour apaiser les peurs, nous allons discuter point par point le Code de la route»

Karim Ghellab : «Pour apaiser les peurs, nous allons discuter point par point le Code de la route»


ALM : Où en êtes-vous avec le projet du Code de la route ?
Karim Ghellab : Depuis qu’on a ouvert la discussion, on a mis en place un calendrier. On a reçu les propositions des professionnels et des divers syndicats entre le 31 mai et la fin du mois d’août. Depuis le mois de septembre, nous étudions ces propositions. Il y a une vingtaine de propositions. Vous savez, pour chaque point, on doit étudier les dossiers de chaque association et chaque syndicat. C’est un travail lourd qui va prendre un peu de temps. On va ouvrir les négociations avec les syndicats pour avancer et préparer le retour à la Chambre des conseillers.

Concrètement, points de discorde restent amendes exorbitantes, le permis à point et les peines d’emprisonnement. Etes-vous prêt à faire des concessions?
Bien sûr, il y a des concessions. Mais, il faut d’abord préciser ce qu’on veut dire avec amendes exorbitantes ! Je ne pense pas que les ATF le soient, je parle des amendes en cas d’infraction courantes payées à l’agent et qui ont déjà été largement amendées par la première Chambre. Maintenant, quelle amende doit-on prévoir pour un conducteur, en état d’ivresse, qui tue une famille et laisse des orphelins ?! Si vous regardez l’amende toute seule, vous la trouvez élevée. Mais, voyez plutôt les dommages causés aux familles et aux proches des victimes ! Il faut être extrêmement prudent  sur ces questions-là et les analyser chacune en fonction du délit et de l’infraction commise. Ces éléments-là feront l’objet d’analyse au cours des débats au Parlement. Pour le permis à point, l’objectif est d’essayer de mettre fin à toutes les causes d’inquiétude et de peur qui ont généré des protestations et des mouvements de grève. C’est un sujet complexe. Revenons à l’exemple des amendes ! Certains disent qu’elles sont trop élevées et cela va encore encourager la corruption. Mais, on oublie de mentionner qu’il y aura des radars qui vont envoyer automatiquement les amendes au bureau de poste de l’automobiliste. Il n’y aura plus aucune tentative de corruption ! Quand on voit les choses de cet œil-là, l’amende ne constitue plus un problème. Le problème réside plutôt dans la manière avec laquelle il faut mettre en place tout ce dispositif. Dans ce Code, nous allons discuter point par point pour apaiser les peurs et les inquiétudes et faire entrer des modifications, lors des amendements par la 2ème Chambre évidemment, raisonnables et qui préservent l’esprit de la loi en ce qui concerne les amendes, le permis à point et les peines d’emprisonnement.

Vous n’avez pas peur d’avoir un nouveau mouvement de grève?
J’ai peur d’avoir plus de 4.160 morts sur les routes en 2009.

Après l’échec de la prime à la casse, que comptez-vous faire pour dynamiser cette mesure?
Il n’y a pas d’échec ! Vous savez, tout travail de fond est difficile. Dans notre ministère, nous ne lançons pas des mesures faciles. Nous ne cherchons pas à faire des effets bling-bling et jeter de la poudre aux yeux des citoyens! L’état du parc au Maroc est pour  nous un problème extrêmement grave. Au port de Casablanca, il y a, de temps en temps, des conteneurs qui tombent et qui causent des accidents graves. L’état des véhicules et des poids lourds en particulier est l’une des causes des accidents de la circulation. C’est aussi une cause de la pollution. SM le Roi Mohammed VI a présidé la semaine dernière une réunion sur le sujet de l’environnement. Nous nous penchons donc sur une solution de fond à un problème hyper complexe et il ne faut pas s’attendre à réussir en quelques jours ou en quelques mois !? Plus c’est difficile, plus ça prend du temps à se mettre en place et nous sommes plus focalisés sur la pérennité et la conviction qui dépendent du temps. Aujourd’hui, sur ce thème particulier, les choses avancent doucement mais vraiment sûrement. Il y a eu un travail de re-concentration durant l’été. Plusieurs centaines de dossiers sont en cours de traitement aujourd’hui. Pour résoudre le problème des conteneurs qui glissent des remorques, les professionnels ont le choix entre changer la remorque ou le tracteur ou carrément les deux. Pour les deux, le montant va jusqu’à 230.000 dirhams en fonction de l’âge. Plus le véhicule est vieux, plus le montant est grand.

Mais, les professionnels trouvent que le montant est dérisoire et pointent du doigt la lenteur des procédures ?
Si on pouvait leur acheter des véhicules neufs, on l’aurait fait tellement c’est nécessaire. Nous ne pouvons pas évidemment puisqu’il s’agit de l’argent des gens, donc les contribuables couvrent directement jusqu’à 50 % du prix de la remorque.  Par contre, effectivement, les procédures administratives de traitement des dossiers sont lentes. C’est comme un marché public, chaque dossier doit suivre des procédures avec le contrôle de l’Etat. Mais, depuis l’été dernier, ces difficultés ont été réglées.  Maintenant, pour toutes les personnes qui ont déposé des dossiers entre janvier et juillet derniers, elles sont en train d’être payées. Quand le dossier est complet, la procédure prend deux mois au maximum. Malgré toutes ces difficultés, la prime à la casse est un projet qui marche certes difficilement, mais qui marche tout de même ! Au niveau de Casablanca, nous avons reçu 331 dossiers et remis 218 certificats, c’est-à-dire accords remis aux concessionnaires à qui on verse le chèque du montant de la prime à la casse. Avec l’association des professionnels du port, nous avons reçu et traité durant l’été 42 dossiers et remis 26 certificats d’éligibilité. Donc on ne peut pas parler d’échec.  Le renouvellement du parc n’est pas une chose facile pour des petites entreprises atomisées, non organisées et qui n’ont pas d’assise financière. Nous préférons toutefois avoir un projet en réponse à un problème de fond, qui fonctionne difficilement plutôt que de n’avoir aucun projet de renouvellement du parc. Parfois, certains observateurs critiquent tellement un projet au point que le projet lui-même devienne un point négatif! Malheureusement, certains ne font toujours pas le lien entre les accidents causés par les remorques et les conteneurs et le projet de renouvellement du parc. Ce programme est fait pour avoir des camions neufs, qui polluent moins et qui ne causent pas assez d’accidents lorsqu’ils transportent des conteneurs.

La saison d’hiver approche. Déjà, des régions du pays ont connu des intempéries. Comment se prépare le ministère à faire face aux crues et à protéger ses infrastructures ?
L’année dernière a été extrêmement difficile. Les dégâts causés par les crues s’élèvent à 1,665 milliard de dirhams. En moyenne et en saison normale, les dégâts des crues ne dépassent guère les 100 millions de dirhams par an. Toutefois, les dégâts enregistrés lors des crues de l’année dernière sont normaux, eu égard aux  normes de calculs retenues lors des études de faisabilité et des montages financiers des projets. Si on veut faire des ponts qui résistent à des niveaux élevés de crues, il faut des montants qui soient très élevés. Au lieu donc de construire un pont de quelques mètres à 400.000 dirhams, on doit le faire dans ce cas à 20 millions de dirhams ! Nous ne pouvons pas nous permettre le luxe de calculer en fonction de l’exception. Au cours de l’année dernière, les dégâts des crues ont été importants, donc à situation exceptionnelle, réaction exceptionnelle. Sur l’exercice passé, on a mobilisé 600 millions de dirhams pour les travaux de  réparation. Soit six fois le montant investi d’habitude. Dans ces 600 millions de dirhams, la contribution de l’Etat est de 250 millions de dirhams. Pour le reste, le ministère a arrêté certaines opérations programmées mais qui n’avaient pas un caractère urgent et procédé à un redéploiement de son budget. Ce qui nous a permis de débloquer 350 millions de dirhams. Cette année aussi, il n’est pas exclu qu’il y ait des crues aussi importantes. Durant tout l’été, les ingénieurs du ministère ont inspecté tous les ouvrages et vérifié leur état et capacité à supporter les crues (fondations, piles…). On a nettoyé et curé les canalisations sur les autoroutes…. En été, on a inspecté toutes les infrastructures de circulation et renforcé les moyens de nos brigades d’intervention sur le terrain et en urgence (quand il faut, on doit être prêt à construire des ponts provisoires en deux jours). On a à peu près 800 engins (chargeuses, niveleuses, bulldozers…) avec les ressources qui vont avec, conducteurs, ingénieurs, techniciens, …

Dans la loi de Finances 2010, quel budget prévoyez-vous pour l’infrastructure qui sera touchée par les crues ?
Nous sommes en train de discuter avec le ministère de l’Economie et des Finances. Le budget réservé aux crues n’est pas assez suffisant. On a besoin d’un milliard de dirhams. Avec les inondations et les crues, on a déjà besoin de 800 millions de dirhams et près de 200 millions de réserves.

Vous êtes en charge des ports et des aéroports. Quel est votre dispositif en cas d’une épidémie de la grippe porcine ?
Vous savez, pour la grippe porcine, il y a un poste de commandement central. Plusieurs réunions ont été tenues depuis l’apparition des premiers cas au Maroc. On est parmi les pays qui sont bien équipés en détecteurs de température, installés dans tous les aéroports et les ports. Le ministère est acteur dans toutes les procédures mises en place par l’Etat pour faire face au risque d’une épidémie.
Quel commentaire faites-vous sur l’affaire du marché de la communication sur la grippe porcine accordé au fils d’Abbas El Fassi ?
Il faut déplorer les défaillances que l’on peut constater dans la presse. Bien sûr, cela ne concerne pas toute la presse nationale, mais nous ne pouvons que regretter des traitements douteux qui n’ont pour but que le chantage, la désinformation, des règlements de comptes personnels, et la diffamation des personnes qui sont dans des postes de responsabilité. L’utilisation de l’opinion publique sans aucune éthique est déplorable.  On ne peut que condamner cela. La ministre de la Santé a démenti de manière catégorique le fait qu’il n’y avait aucun marché, ni d’entente directe, ni de marché donné à une société. À voir la manière avec laquelle Itihad  Ichtiraki et Ahdath Maghribia ont traité l’affaire, on ne peut que se poser des questions sur les raisons derrière ces attaques. Par contre, il faut faire une dissociation entre les organes de presse et les partis politiques. Il ne faut pas donner à cette affaire une proportion qui aurait un impact sur la majorité gouvernementale. Je crois que c’est une énième dispute entre le parti de l’Istiqlal et l’USFP et elle passera comme les autres !

Comment trouvez-vous les résultats du PI aux dernières élections ?
Le parti de l’Istiqal est arrivé deuxième dans les communales. Pour les régions, on a eu trois régions, à savoir Rabat-Salé, Zemmour-Zaïer-Fès et Laâyoune. Généralement, on a réalisé des résultats honorables. Mais, je pense qu’on aurait pu faire mieux.

Le gouvernement Abbas El Fassi est à sa deuxième année. La crise vous a-t-elle obligé à revoir à la baisse vos objectifs?
Pour le programme du gouvernement, les choses avancent correctement. Il faut revenir à la déclaration du gouvernement pour suivre l’évolution des chantiers. La crise a affecté l’économie mondiale. À l’instar des autres pays, la crise secoue le Maroc. Mais, nous maintenons le cap. Nous n’avons pas renoncé à des investissements. Nous nous adaptions à la crise. Nous essayons contre cette météorologie économique défavorable maintenir nos chantiers et nos ambitions. Pour le secteur du transport et des équipements, on a un programme sur cinq ans de 120 milliards de dirhams pour la période 2008-2012, sans compter Nador West Med qui vient de s’ajouter aux autoroutes,  TangerMed, TGV, une troisième voix sur Rabat-Casablanca et les routes rurales. Ce programme apporte la route à 400.000 personnes chaque année.

Comment voyez-vous l’année 2010 ?
C’est une année qu’il faut prendre avec beaucoup de rigueur. Il ne faut pas qu’on s’essouffle en 2010, car on ne sait pas si la crise va se terminer l’année prochaine ou l’année d’après. Personne n’est capable de faire cette prédiction. Mais, on doit continuer à maintenir le cap, à investir, à soutenir le moral des investisseurs et des citoyens consommateurs, veiller à la stabilité sociale et à resserrer les rangs. 2010 est une année où l’on doit faire preuve de cohésion loin des petits calculs politiciens liés aux élections. Il faut ramer ensemble et vite pour faire avancer le navire Maroc,  avant que les échéances électorales reviennent et que les dissensions apparaissent.

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