Klaus Schmidtke : «Les premiers volumes d’électricité alimenteront le Maroc et l’Espagne»

Klaus Schmidtke : «Les premiers volumes d’électricité
alimenteront le Maroc et l’Espagne»

ALM : Deux ans après le lancement de l’initiative Desertec (Dii). Où en êtes-vous dans ce projet ?
Klaus Schmidtke : Dii est une initiative unique qui a été lancée au mois de juillet 2009 sous le nom de «Desertec industrial initiative» (Dii). Notre objectif est de créer, conjointement avec les gouvernements d’Afrique du Nord, du Moyen-Orient et d’Europe (EUMENA), les conditions permettant une rapide mise en œuvre de la vision Desertec dans les pays EUMENA. Notre joint-venture a été créée par 13 signataires qui en sont les fondateurs. Aujourd’hui, il y a plus de 50 partenaires internationaux, dont beaucoup sont d’Afrique du Nord. Le consortium s’est élargi au fur et à mesure que d’autres sociétés des pays du Nord et du Sud du bassin méditerranéen ont rejoint cette initiative industrielle en tant qu’actionnaires ou partenaires associés. Nous admirons le Plan solaire marocain (PSM) et son ambition à favoriser le développement des projets d’énergie solaire et éolien. Au moment où nous parlons, Dii est en discussion avec Masen et le gouvernement marocain pour évaluer comment notre projet pourrait être réalisé au Maroc.

Quel état d’avancement faites-vous du projet pilote Dii au Maroc ?
Dii joue un rôle d’éclaireur dans la région . Elle n’engagera donc pas d’investissements propres et ne construira pas les centrales. Les points majeurs au cœur de la phase de planification d’ici à fin 2012 seront constitués par l’élaboration de conditions réglementaires appropriées et l’étude d’une structure à long terme pour les énergies renouvelables, afin de permettre des investissements dans les parcs de production et les réseaux d’interconnexion et de rendre ces énergies attractives aux yeux d’investisseurs de tous secteurs (publics, privés). Le premier projet pilote de Dii devra prendre la forme d’un regroupement de centrales thermo-solaires, photovoltaïques et – sous condition de pertinence – de parcs éoliens. Après le développement, l’appel d’offres et la construction des centrales, les premiers volumes d’électricité issus du projet pilote de la Dii pourraient alimenter les réseaux marocains et espagnols vers 2016.

Quel rôle joue le Maroc dans ce sens?
Sur la liste des pays adaptés aux premiers projets de référence, le Maroc occupe la première place en raison de l’interconnexion qui le réunit à l’Espagne. En 2010, le gouvernement marocain a annoncé l’établissement d’un programme solaire ambitieux de 2 000 mégawatts (MW) qui devrait être effectif d’ici 2020, ce plan a vu le jour avec la création de l’Agence marocaine de l’énergie solaire (Masen). Un appel d’offres a déjà eu lieu en été 2010, pour les 125 – 160 premiers MW sur le site d’Ouarzazate. Ces dernières semaines, la Dii définit conjointement avec Masen et le gouvernement marocain une coopération qui apportera un soutien au programme solaire marocain.

Quelles seront les retombées de ce projet ?
Le projet produira 1,4 TWh d’énergie destiné à la consommation locale et à l’export vers l’Europe. A cela s’ajoute le fait que le projet va bien évidemment créer de nouveaux emplois au Maroc. L’objectif à long terme est de couvrir d’ici 2050 une part considérable des besoins en électricité depuis la région MENA et jusqu’à 15 % des besoins européens.  La façon dont se développera le volume de production dépend de plusieurs facteurs, en particulier de la différence entre les coûts de production et les prix du marché ainsi que de l’éventualité du recours à des mécanismes de soutien.

À combien s’élève le coût de ce projet et quels sont les différents partenaires à son financement ?
Dii n’interviendra pas comme investisseur ou maître d’ouvrage. L’objectif de la Dii est de créer des projets avec des pays non-européens dans l’esprit de la directive européenne concernant la promotion des énergies renouvelables (2009/28/EC). Intégrer les industries locales sur les sites est un objectif-phare pour le projet de référence, car cela permet de créer des emplois locaux pour les pays de la région MENA. Nous considérons que pas à pas les projets pilotes accéleront l’apprentissage industriel, ce qui favorisera la compétitivité technologique et par conséquent rendre leur exploitation rentable  à moyen terme. Pour assurer le financement des projets, la contribution des investisseurs privés et publics peut être envisagée. Nous sommes en dialogue avec les institutions concernées pour assurer un financement des projets durables.

À part le Maroc, qu’en est-il des autres pays du Maghreb?
L’initiative industrielle Dii a renforcé ses activités en Tunisie. En avril, nous avons lancé une étude de faisabilité sur l’intégration de la Tunisie dans l’initiative Desertec. Bien sûr, nous promouvons l’idée Desertec partout dans le monde arabe. Nous souhaitons que les projets pilotes démontrent la faisabilité de notre initiative dans la région. Nous estimons que l’énergie solaire des déserts sera rentable dans 15 ou 20 ans.


 Desertec : Pour l’exploitation de l’énergie des déserts
À la Chambre allemande de commerce de Casablanca, les responsables de Desertec industrial initiative
 (Dii) ont tenu, jeudi 19 mai 2011, une table ronde, visant à présenter le développement de cette initiative aux Marocains. Compte tenu des grands chantiers mis en œuvre par le Royaume en termes d’énergies renouvelables, Desertec a choisi le Maroc comme destination stratégique pour la concrétisation de son premier projet pilote. Le but étant de poursuivre sa vision d’approvisionnement électrique et durable pour toutes les régions du monde, notamment l’Europe et le MENA. Ainsi, Desertec industrial initiative souhaite créer des conditions cadres nécessaires à la réalisation vision , particulièrement en exploitant à grande échelle de l’énergie solaire et éolienne dans les déserts de l’Afrique du Nord. Selon les initiateurs de ce projet, «les déserts assureraient à la population mondiale future un approvisionnement énergétique suffisant et bon marché, à partir de sources d’énergie propres et inépuisables». À long terme, le concept Desertec pourrait compléter toutes les autres sources d’énergies renouvelables disponibles qui sont nécessaires pour préparer un avenir énergétique fiable et durable.

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