La Belgique à la rencontre du Maroc

Avec la visite du couple royal belge, « l’année de la Belgique au Maroc » atteint son point culminant. Et pour cause : il s’agit de la deuxième visite d’Etat d’Albert II en dehors de l’Europe, depuis son accession au trône en 1993. Elle intervient également après celle déjà effectuée en 2003 par le prince héritier Philippe venu à la tête d’une importante mission économique belge. Au-delà de sa symbolique politique, cette visite intervient dans un contexte d’échange économique particulièrement dynamique. Les échanges entre Les deux pays ont dépassé 460 millions d’euros en 2003, marquant ainsi une progression de 2,7% par rapport à l’année précédente. La visite intervient parallèlement à une offensive économique et commerciale belge sans précédent sur le marché marocain. Dernier évènement en date, la tenue du Salon Belgica 2004, qui se déroule jusqu’au 7 octobre à Casablanca, et qui accueille les entreprises belges intéressées par le marché marocain. En même temps, un forum économique qui sera organisé conjointement par la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) et la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), devrait insister sur le renforcement du partenariat bilatéral et l’encouragement des investissements belges au Maroc.
Le récent engouement belge pour le marché marocain se manifeste par la multiplication des échanges dans différents domaines, allant des secteurs économiques à l’amélioration des compétences pédagogiques des institutions de formation marocaines, en passant par l’interculturel, les biotechnologies, l’eau et l’environnement. Pour maintenir cette cadence, l’Agence wallonne d’Exportation (AWEX) dispose d’une représentation à Casablanca. La nouvelle compagnie aérienne belge « SN Brussels », héritière de feu SABENA, a inauguré, en début d’année, une liaison Bruxelles-Casablanca qui vient s’ajouter aux liaisons quotidiennes assurées par la RAM.
Au plan politique, pas moins de 12 conventions spécifiques ont été signées, au cours de l’année 2003, entre le Maroc et la Belgique pour un montant global de 14 millions d’euros. Cette dynamique nouvelle interpelle à plusieurs titres, notamment en ce qui concerne l’état de santé de l’économie belge, plus particulièrement celle de la région wallonne. Fruit d’un communautarisme institutionnalisé, la complexité de la situation politique belge impacte sérieusement l’économie des régions. Alors que la Wallonie abritait les fleurons de l’industrie aéronautique dans les années 70, cette région baigne aujourd’hui dans une profonde crise économique. À l’opposé, la Flandre, région de culture néerlandaise, se porte plutôt bien. Son aisance économique se conjugue paradoxalement à la montée de tendances nationalistes (parti extrémiste xénophobe Vlams Blook, deuxième force politique en Flandre), dont l’objectif est de diviser le pays en fissurant le système de sécurité sociale, dernier ciment qui rassemble les deux grandes communautés linguistiques belges. Rappelons au passage qu’une grande partie des entreprises qui cherchent à s’implanter ou à commercer avec le Maroc sont essentiellement wallonnes.
La consolidation des rapports des deux pays renvoie également à une donnée sociale d’une grande importance, celle de la présence d’une grande communauté marocaine en Belgique. Historiquement, les deux pays avaient signé, le 17 mai 1964, la première convention bilatérale de recrutement de main-d’oeuvre. Cet accord a été suivi par l’arrivée en Belgique, en vagues successives de milliers d’immigrants. Statistiquement, le nombre de ressortissants marocains qui possèdent uniquement la nationalité marocaine en Belgique s’élève actuellement à 125.000. Environ 173.000 marocains ont obtenu la naturalisation pendant les années 90. Leurs enfants ne sont pas repris dans les statistiques belges, mais eux aussi continuent à êtres comptés en tant que marocains par le Maroc. Au total il devrait y avoir plus au moins 200.000 enfants de parents d’origine marocaine qui sont en fait des binationaux. Ces statistiques ne nous donnent pas le nombre de Marocains nationalisés depuis 2000, l’année de la régularisation unique des illégaux.
La communauté marocaine en Belgique s’élève donc certainement à plus d’un demi-million de personnes. Malgré son importance numérique, cette communauté arrive tant bien que mal à s’intégrer à la société belge. Financièrement, cette communauté n’est pas très puissante. Même si les signes d’une lente progression se font sentir depuis quelques années, les nouvelles générations trouvent beaucoup de difficultés à se fondre dans le système. Pendant longtemps, le thème de l’immigration constitue un enjeu électoral pour les différentes composantes de la classe politique belge. Si au Nord, les nationalistes xénophobes ont enregistré une percée sans précédent lors des élections régionales du 13 juin dernier, douze Belges d’origine marocaine ont été élus au Parlement de Bruxelles, alors qu’ils n’étaient que huit à siéger dans cette instance en 1999, et seulement 3 en 1994. De plus une Belgo-marocaine, Farida Laânane, vient d’été nommée au poste de ministre de l’Audiovisuel et de la Jeunesse dans le gouvernement régional de la communauté française. Un bon début.

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