La crise accélère la faillite des entreprises françaises

Dernière victime en date: le premier fabricant de meubles français, Cauval Industries, connu pour ses marques de matelas Dunlopillo ou Tréca, a été placé sous procédure de sauvegarde à cause de problèmes de trésorerie. «C’est une illustration directe de la crise financière», a expliqué mercredi un porte-parole du groupe. «Les établissements de crédit coupent les lignes de crédit sans qu’on sache vraiment pourquoi». Selon l’assureur crédit Euler-Hermès SFAC, le nombre de défaillances d’entreprises -qui inclut dépôts de bilan, procédures de sauvegarde et redressements judiciaires- est désormais à son plus haut niveau depuis 10 ans. Et en 2008, il s’attend à une hausse de 10 à 15%. «Le niveau des défaillances a été très élevé en septembre», souligne Karine Berger, directrice des études chez Euler-Hermès. Une hausse qui s’explique d’abord par le ralentissement économique, mais qui pourrait accélérer sous le coup de la crise financière, selon l’économiste. «Mes entreprises m’appellent trois fois plus que l’an dernier à la même époque car elles n’arrivent pas à payer leurs charges sociales», témoigne ainsi Agnès Bricard, présidente d’honneur de l’ordre des experts comptables de Paris-Ile-de-France. Selon Karine Berger, «l’Ile-de-France et Rhône-Alpes sont un peu moins touchées que d’autres régions, où l’industrie est en perte de vitesse». En Seine-Saint-Denis, le Tribunal de commerce a enregistré 60 déclarations de cessations de paiements sur le mois de septembre, en nette hausse (+39%) par rapport à septembre 2007. Une procédure de sauvegarde vise aussi l’entreprise de vente de lingerie Body One, après des difficultés pour «obtenir de nouvelles lignes de crédit». Mais selon le greffier en chef, Marc Doucède, «on ne peut pas dire que la crise soit vraiment arrivée, il y a eu des mois avec un nombre plus fort de dépôts de bilan». Parmi les secteurs les plus touchés, Euler-Hermès SFAC cite le bâtiment, la construction, l’immobilier, ainsi que le commerce de détail, qui subit la stagnation de la consommation depuis le début de l’année. La société Cauval a ainsi expliqué une partie de ses difficultés par le «ralentissement brutal de la consommation des ménages». La société Lamberet, basée dans l’Ain, et spécialisée dans la fabrication de semi-remorques isothermes et frigorifiques, a de son côté été placée en procédure de sauvegarde, après avoir subie depuis le printemps un retournement de la demande au niveau européen. Le groupe papetier Matussière et Forest, placé fin septembre en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Grenoble, avait été pour sa part affecté par la chute des prix de vente et la hausse du coût des matières premières et de l’énergie.
Lorsque des problèmes de trésorerie s’ajoutent à ces «chocs économiques», c’est un cercle vicieux qui risque de s’enclencher, prévient Karine Berger: «les grandes enseignes ont plus de difficultés à régler leurs fournisseurs, qui ne peuvent plus eux-mêmes s’approvisionner et payer les salaires de leurs employés».


• Isabelle Tourne (AFP)

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