La crise risque d’accroître les pressions protectionnistes

La crise financière internationale rend encore plus urgente la conclusion d’un accord de libéralisation commerciale à l’OMC, mais le résultat le plus immédiat risque d’être une accentuation des pressions protectionnistes, redoutaient des intervenants au Forum de Davos. «En période de difficulté économique, la pression politique va aller davantage dans le sens du protectionnisme que d’une ouverture commerciale», a prédit l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair au premier jour de la réunion annuelle du Forum économique mondial. L’économiste Nouriel Roubini, l’un des rares à avoir annoncé l’an dernier à Davos la crise du crédit immobilier aux Etats-Unis, a estimé qu’il sera «très difficile d’avancer en matière commerciale avec la perspective d’une récession mondiale». L’ancien secrétaire d’Etat américain Henry Kissinger a reconnu que la campagne présidentielle aux Etats-Unis allait donner lieu à des déclarations protectionnistes de la part des différents candidats mais que l’actuelle et la future administration seraient certainement conscientes de la nécessité de renforcer le système commercial international. Tony Blair a jugé que la crise financière rend d’autant plus urgente une relance des négociations entre les 151 pays membres de l’Organisation mondiale du commerce qui traînent depuis six ans. Le directeur général de l’OMC, Pascal Lamy, doit s’entretenir samedi à Davos avec une vingtaine de ministres, dont les principaux acteurs du cycle de négociation de Doha (UE, Etats-Unis, Brésil, Inde…), lancé en 2001 dans la capitale du Qatar. La discussion, plombée par un différend Nord-Sud sur l’agriculture, aurait déjà dû être bouclée fin 2004, mais l’OMC ne s’attend pas à un résultat final avant fin 2008 au plus tôt. A propos de la réunion de samedi, M. Blair a jugé «très utile cette tentative de relance de la discussion sur le commerce mondial, qui est actuellement en panne». «Nous sommes à un moment où il serait intelligent de remettre les négociations sur les rails», a-t-il espéré devant la presse. «Regarder vers l’avenir serait formidable pour l’économie mondiale et je pense que c’est une priorité majeure». Le ministre indien du Commerce et de l’Industrie, Kamal Nath, l’une des principales figures du monde en développement dans la négociation, a également espéré que «dans les perspectives moroses de l’économie mondiale il puisse y avoir un côté positif: la conclusion du cycle». Il s’est félicité que la négociation se fasse désormais sur la base de textes de négociation. «Nous espérons que les signaux que nous recevons de la part des principaux acteurs soit une avancée pour achever le dernier kilomètre» de la négociation, a-t-il dit. M. Nath a cependant réitéré sa demande de voir les pays développés «donner et non pas prendre» dans les tractations, en réduisant réellement leurs subventions agricoles, qui faussent le commerce mondial et pénalisent les producteurs des pays pauvres. «Il serait beaucoup plus intelligent que l’Europe et les Etats-Unis utilisent cet argent pour la recherche-développement et la technologie, plutôt que de subventionner une poignée d’agriculteurs», a-t-il lancé. Accusant les Etats-Unis de ne pas offrir de véritable baisse de leurs subventions, il a assuré qu’il se satisferait d’une simple baisse «d’un dollar» du budget alloué chaque année par Washington à ses agriculteurs.

• Patrick Baert (AFP)

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