La gestion de l’amateurisme

La gestion de l’amateurisme

Kounouz Biladi. Le concept se veut séducteur. Les avantages pour le client, touriste marocain de l’étranger comme du pays, ne manquent pas…en théorie. Les manquements non plus. Annoncée en grandes pompes, à la fois par le ministre du Tourisme, Adil Douiri, et Fathia Bennis, directrice générale de l’Office national marocain du tourisme, en présence de Nezha Chekrouni, ministre déléguée chargée des Marocains Résidant à l’Etranger, cette opération aura-t-elle atteint les résultats escomptés ? «Pour l’heure, nous ne pouvons pas prévoir l’impact de cette opération sur les arrivées touristiques. Mais l’écho favorable que nous avons eu de la part de plusieurs MRE laisse prédire un résultat positif», déclare Fathia Bennis. Même si aucun chiffre officiel n’a été rendu public, tout porte à croire que c’est loin d’être le cas. Si certains opérateurs parlent actuellement d’une hausse de 20%, notamment dans les régions du Nord et indépendamment de cette compagne, d’autres affirment le contraire. La région d’Agadir par exemple n’a pas tiré profit de cette opération. Une opération à laquelle 180 hôtels et 160 agences de voyage ont pourtant pris part. Le principe de Kounouz Biladi est simple et repose sur le tour-operating. Des contrats entre opérateurs nationaux et hôteliers sont négociés pour l’obtention d’un contingent de chambres à des prix attractifs et censés défier toute concurrence. Théoriquement, deux nuits consécutives dans un établissement concerné par cette opération, suffisent à un touriste marocain pour accéder à une réduction de 50% sur le prix de la chambre uniquement. Le reste est payé en plein tarif. Le budget de cette opération est de l’ordre de 5,5 millions de dirhams, contre 3,5 millions de dirhams investis lors de Kounouz Biladi I. à voir cette offre de plus près, on se rend compte qu’elle a été confectionnée hâtivement. À commencer par le choix du moment. Entamé le 4 juillet dernier, cette campagne a démarré à un moment où le retour de nos concitoyens de l’étranger était déjà entamé. «L’opération a commencé alors que la plupart des MRE avaient déjà une idée sur leurs vacances. Pour l’heure, l’impact de cette opération se fait toujours attendre. Malgré les attraits qu’elle représente», déclare Abderrahim Oumani, président de la Fédération des hôteliers d’Agadir. A cela s’ajoute le fait que la compagne de publicité a eu lieu au Maroc. Ceci alors que la nature même de l’offre suppose des actions de promotions là où les MRE se trouvent. Chose qui n’a pas été faite. Ou peu. Reconnaissant le retard pris dans le déclenchement de cette opération et le manque de communication en dehors du pays qui l’a caractérisée, Mme Bennis invoque le caractère de «première» de cette action. «Nous allons essayer de faire mieux l’année prochaine», promet-elle. En attendant, les mailings accompagnant les courriers bancaires de nos MRE et les 250.000 kits, comprenant toutes les brochures relatives à l’opération, ont été distribués aux principaux points de passage…tardivement. Cette opération n’a pas de caractère obligatoire en matière de participation. Les personnes intéressées par cette offre doivent obligatoirement s’adresser au réseau d’agences de distribution, participant à cette initiative. Un élément fondamental sur lequel on n’a pas suffisamment insisté du côté de l’ONMT. Résultat : «plusieurs clients se rendent dans des hôtels et demandent à avoir les mêmes conditions que celles faisant partie de Kounouz Biladi. Ils ne savent pas que cette offre se limite uniquement aux établissements hôteliers participants et que’avant, il faut impérativement passer par une agence de voyage, elle aussi participante», précise M. Oumani. L’un des autres facteurs qui handicapent le bon déroulement de cette opération est le transport. Un élément qui semble avoir été le grand oublié. «On semble avoir réfléchi à tout, sauf à cette entrave majeure que représente le manque d’une infrastructure routière valable, sans parler des transports aérien et maritime qui demeurent hors de portée. En se concentrant uniquement sur l’hébergement, on propose une solution à un problème qui n’existe pas en fait. Je ne connais pas de MRE qui n’ont pas de famille au Maroc. C’est à tout le reste qu’il faut s’intéresser. L’offre n’a pas été bien ficelée», confie un agent de voyage. «D’autant plus qu’on ne peut plus se permettre de fabriquer des solutions post-crises. Il faut non seulement anticiper sur ces crises conjoncturelles, mais réfléchir à une politique touristique globale qui encourage le tourisme national et des MRE non seulement en période estivale mais durant toute l’année», déclare M. Oumani. Le mérité de cette initiative n’est plus à démontrer. Si l’objectif de la première édition de Kounouz Biladi, qui a eu lieu du 14 avril au 18 mai, était d’ordre conjoncturel de par les fâcheuses conséquences de la guerre contre l’Irak sur le tourisme, la deuxième opération se veut plus structurelle, puisque adressée à nos MRE. Des MRE qui ne représentent pas moins de 44% des 4,4 millions de touristes qui se rendent annuellement au Maroc. Vivre les plus belles émotions dans notre pays, c’est raté pour cette année. Jusqu’à preuve du contraire. L’opération se poursuit à fin septembre prochain.

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