La guerre commerciale de l’Espagne

La guerre commerciale de l’Espagne

Les fêtes de noël deviennent un prétexte pour bloquer les produits agricoles marocains aux portes de l’Espagne. L’année dernière déjà, à la même période, des contingents marocains entiers avaient séjourné indéfiniment à Algésiras à la même période à cause de…réfections et d’entretiens de matériels de Douane, selon les espagnols. Pour cette année, le voisin ibérique qui ne s’accommode plus de prétextes a annoncé de manière unilatérale, que ses services sanitaires et douaniers seront en congé durant cette période de festivités, et qu’il n’y aurait aucune permanence. Pas moins de sept suspensions sont prévues entre le 24 décembre et le 6 janvier. La note risque donc d’être salée pour les produits marocains, principalement les maraîchers, les produits horticoles et même les poissons frais, obligés de transiter par l’Espagne. Le long communiqué de l’APFEL (Association des producteurs et exportateurs de fruits et de légumes), le seul pour le moment à mettre dans la rubrique des réactions, côté marocain, semble avoir eu peu d’effets de l’autre côté de la Méditerranée puisque la mesure est effective depuis hier. « Cette décision est à mettre dans le compte de l’arrogance espagnole », déclare Samir Tazi, président de la commission de commercialisation et communication de l’APEFEL. En fait, la mesure ne serait pas étrangère au mécontentement des agriculteurs espagnols qui voient désormais une importante partie de l’aide communautaire qui leur été due, reversée aux nouveaux États membres. D’autant que, le malheur ne venant jamais seul, les dernières négociations de l’accord d’association Maroc-UE ont permis au Maroc d’augmenter ses volumes d’exportation, ce qui a été mal accueilli de l’autre côté de la Méditerranée. « C’est une décision que les producteurs espagnols n’ont toujours pas digérée », déclare pour sa part, le secrétaire général de l’ASPAM (Association des producteurs des agrumes). Ces soi-disant avantages «arrachés aux agriculteurs espagnols» ne concernent pourtant qu’un relèvement des exportations marocaines d’agrumes de 190.000 à 220.000 tonnes. Qui plus est, cette décision n’est pas applicable dans l’immédiat, mais à partir de trois à quatre ans. « Dans tous les cas, remarque M. Derreb, ces concessions obtenues à l’arraché sont en déça de nos capacités d’exportations, lesquelles sont évaluées à 300 000 dirhams ». Pour le moment, côté marocain, c’est la mobilisation. Ministère des Affaires étrangères, ministère de l’Agricultures, producteurs, tous y travaillent. Mais pour le moment, les avancées sont bien maigres. Les contacts établis avec les autorités régionales à Algésiras renvoient à Madrid. « Pour les livraisons des 24 et 25 décembre, c’est déjà cuit, déclare résigné Samir Tazi qui craint que le cumul des produits périssables au port d’Algésiras n’entraîne un déversement sur le marché, qui entraînerait un effondrement des cours et, en définitive, une perte sèche pour les exportateurs marocains. Face au problème posé par ces fermetures, quelques timides ébauches de solutions ont été explorées. Le contournement de l’Espagne par la voie maritime revient souvent dans les discussions. Mettre entre Tanger et le Sud de la France des bateaux roro qui prendraient en un seul voyage 150 millions de camions est un projet parfaitement viable. Pourvu seulement, souligne M. Tazi que le problème des surcoûts, soit 400 euros par unité de camions, soit bien appréhendé. Restera toujours à trouver le moyen de réguler le marché. Faire débarquer 3000 tonnes d’un seul coup peut provoquer de brusques variations de cours. Mais ce sont là, les prix et les risques à payer face aux fréquentes réactions épidermiques d’une nation en mal de perte dans le nouvel échiquier européen.

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