La police s’en mêle

La police s’en mêle

Du nouveau dans l’affaire de malversations de la Société Coopérative Agricole de Rizerie (SCARI) à Sidi Allal Tazi dans la province de Kénitra. Cinq membres du conseil d’administration sont en état d’arrestation.
De source proche du dossier, à la demande des banques créancières, les cinq membres ont été interpellés par la police judiciaire. Ils sont accusés par des banques créancières de « malversations ». La démission du directeur général, depuis deux semaines déjà, est assurément annonciatrice de graves problèmes.
Comme révélé par Aujourd’hui Le Maroc (cf. ALM n°402), la gestion de cette entité qui produit 50 pour cent du riz consommé au Maroc a toujours été entachée de graves irrégularités et des détournements de fonds qui se sont accumulés au fil des années en l’absence d’un véritable contrôle tant étatique que privé Censée véhiculer tout un projet de développement économique et social dans la région du Gharb, cette coopérative est actuellement en faillite. Une saisi conservatoire a été décrétée.
Les réformes entreprises par l’Office de Développement des Coopératives (ODCO) et l’existence d’une volonté politique ferme de l’actuel ministre de l’Artisanat et de l’Economie sociale, M’hamed Khalifa, d’assainir le secteur, ont fait en sorte que l’application de la loi soit la règle en la matière. Toutefois, le ministre de tutelle n’est pas allé jusqu’à appliquer l’article 80 de la loi 24-83 dans le cas de la SCARI afin de dissoudre le conseil d’administration et de mettre en place une commission administrative provisoire qui se substituerait dans les droits et obligations dudit conseil.
Pis, la reconduction, en mars 2003, du même conseil d’administration à l’issue de l’assemblée générale et ce malgré les irrégularités dont ledit conseil a marqué la gestion de la coopérative durant des années, en a étonné plus d’un.
En effet, un rapport d’audit réalisé par l’Inspection générale des finances (IGF) en 2001 avait permis de découvrir des données accablantes sur la SCARI. Le rapport a découvert des irrégularités financières et juridiques, ainsi qu’une absence totale de contrôle interne, sans oublier l’existence de plusieurs opérations douteuses réalisées par la direction de la coopérative.
Concernant le volet d’investissement, les inspecteurs des finances ont remarqué la non-disponibilité des pièces de dépenses probantes attestant des montants effectivement payés à chaque intervenant dans l’installation d’une station de silo. Dans le même projet, il a été remarqué que le montant initial du marché des travaux de génie civil avait été dépassé de 75 %. Aussi, les inspecteurs de l’IGF ont découvert des factures vierges et signées par la société hongroise ayant fourni les équipements relatifs à l’installation de cette station. Par contre, aucune recommandation des inspecteurs n’a été mise en chantier. Le dossier devait même être confié à la cour spéciale de justice…mais il n’a jamais franchi le seuil du ministère de la justice. Quant au volet juridique, l’Etat (actionnaire à hauteur de 38,8 % du capital social de la coopérative) n’est pas représenté au sein du conseil d’administration et ne reçoit pas sa part des excédents annuels à l’instar des adhérents.
Du point de vue comptable, les inspecteurs ont constaté une absence de pièces justificatives des valeurs comptables des immobilisations, ainsi que l’inexistence de documents justifiant la valeur probante de certains chiffres avancés par le bilan. « Ces insuffisances et irrégularités sont de nature à remettre en cause la valeur probante de la comptabilité et sa fiabilité », est-il relevé Cette coopérative, créée il y a plus d’un demi-siècle, a pour activité principale : la réception, le stockage, la transformation et la commercialisation de la production de riz de ses adhérents, et devait aider les petits agriculteurs à améliorer leurs conditions sociales et matérielles. Selon des données datant de l’année 2000, elle réalise un chiffre d’affaires de l’ordre de 75 millions de DH en moyenne et emploie 26 personnes en plus de 300 emplois saisonniers.
Aujourd’hui, il semble que les instances publiques chargées de ce contrôle semblent être décidées à appliquer la loi et à assumer leur responsabilité.

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