La RAM navigue à vue

Le ciel de la RAM est chargé par les nuages de la contestation sociale et ce, bien avant qu’elle ne soit touchée par les débris du crash du 11 septembre. La crise qu’elle traverse est beaucoup plus d’ordre structurel que conjoncturel, comme sa direction essaye de le faire croire. Il ne faut pas se leurrer, car tout le monde connaît l’histoire de cette compagnie nationale jadis rayonnante mais qui a fini par se faner à cause de la gestion désastreuse de ses dirigeants successifs.
Au moment où la crise économique battait son plein, un ex-PDG a eu l’outrecuidance de dépenser un milliard de centimes comme argent de poche. Un autre n’a pas trouvé mieux, au moment où les clignotants de la compagnie étaient tous au rouge, que de s’offrir un bureau de luxe valant des dizaines de millions de nos centimes. Au temps de la rationalisation des dépenses publiques, c’est le comble de la dilapidation de l’argent des contribuables. La RAM a été et continue à être la vache à traire de tous les grands bonnets, qu’ils soient directeurs, ministres ou autres.
À preuve, le gouvernement doit à la RAM des milliards de centimes, 120 selon un responsable syndical, qu’il n’a pu honorer jusqu’à ce jour. Et pour combler cet énorme déficit, la direction ne trouve aucune issue sauf celle de cibler son personnel pour compresser un effectif de plus en plus réduit et de moins en moins rémunéré. À tel point que la grogne a atteint toutes les catégories du personnel, qu’il soit navigant ou au sol, y compris les pilotes qui étaient jusqu’ici épargnés. Mais la semaine dernière, leur patience a atteint ses limites quand l’Association marocaine des pilotes de ligne (AMPL) avait déclaré une grève pour le week-end des 22 et 23 juin.
Une menace qui a semé la panique au sein de la direction qui s’est empressée alors d’ouvrir un dialogue avec les pilotes pour les dissuader d’exécuter ce débrayage. La seule revendication des commandants de bord était l’application des protocoles d’accord signés en juillet 1999 et août 2000 qui n’ont jamais été mis en oeuvre. Le PDG, Mohamed Berrada, a été contraint de s’assoir à la table de négociation pour signer un autre protocole relatif à l’application immédiate des engagements de la direction sur les points prioritaires. Mais ce n’est qu’un répit, car les autres catégories de personnel vivent ce même problème de la non-application des protocoles d’accord.
Le personnel navigant commercial (PNC), technique (PNT) et les mécaniciens au sol sont tous déterminés à défendre crânement leurs droits. Et aussi bien ces derniers que les pilotes se plaignent du non-respect des règlements en vigueur dans l’aviation internationale. Ils dénoncent notamment la dégradation continue des conditions de travail, la programmation des rotations en violation des règlements de sécurité, le non-respect des périodes de repos et les abus de programmation au sein du PNC.
Cette précarité n’a fait que s’amplifier depuis les attentats de septembre par une gestion de plus en plus catastrophique. Au lieu de réduire les dépenses ostentatoires des directeurs, les dirigeants de la RAM s’en sont pris au personnel le plus vulnérable. Ils ont licencié entre 200 et 300 employés à l’essai, dont la plupart ont dépassé le délai légal d’un an. Mieux encore, les hauts cadres et notamment les directeurs continuent à bénéficier de la générosité de la direction au détriment des autres catégories de personnel. C’est ainsi que les 23 directeurs continuent à bénéficier d’un prêt de 25 millions de centimes pour l’achat de voiture, un prêt renouvelable tous les cinq ans et ce, sans payer aucun intérêt. Par contre, le commun du personnel est assujetti à débourser les intérêts pour le prêt de logement, encore faut-il que sa hiérarchie daigne le lui accorder. Si ce n’est pas de la discrimination, c’est tout comme.
À preuve, cette réplique d’un directeur à un syndicaliste qui défendait les intérêts du personnel : «Si ça ne tenait qu’à moi, j’aurais fermé la boîte pendant six mois avant de recruter de nouveaux employés.» L’esprit de la loi du talion est profondément ancré chez des directeurs qui sont tellement pléthoriques que chacun d’eux dirige en moyenne deux avions. Entre-temps, le président-directeur général, Mohamed Berrada, ne trouve pas le temps pour baisser la tension qui monte dans l’avion de la RAM. Il est toujours pris par ses voyages d’affaires pour fructifier les intérêts de la RAM à l’extérieur. Àu risque de provoquer une implosion dans l’avion de la RAM.

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