La région au coeur de l’acte d’investir

ALM : Quel est l’intérêt pour le Maroc d’organiser une rencontre telle que les Intégrales de l’Investissement?
Hassan Bernoussi : Comme vous le savez, l’option choisie par le gouvernement marocain est d’axer la croissance sur l’investissement. L’objectif étant, bien évidemment, d’attirer de nouveaux investisseurs étrangers, mais également de redonner confiance aux investisseurs nationaux. D’où l’importance d’organiser un événement de taille internationale. A ce titre, je tiens à préciser que le but ultime des Intégrales de l’Investissement n’est pas de créer des relations d’affaires directes entre investisseurs. Nous voulons, avant tout, montrer au monde entier où nous en sommes. Nous voulons que les investisseurs potentiels, marocains et étrangers, aient une meilleure idée du Maroc sur une thématique précise.
Comment s’opère le choix des thèmes de ces Intégrales?
Nous avons jugé que parler de l’investissement en tant que tel était un peu limitatif. Nous avons donc essayé de trouver quelles pouvaient être les répercussions de l’acte d’investissement. C’est ainsi que le premier thème choisi, l’année dernière, était « Investissement, cultures et civilisations: liens et impact ». Nous avons voulu démontrer que derrière le terme « investissement » se cachait non seulement l’acte productif de richesse en tant que tel, mais également la connaissance de l’autre. D’ailleurs, nous avons eu des contributions très intéressantes de la part des Espagnols et des Japonais.
Et pour les Intégrales de 2004…
Cette année, nous avons opté pour le thème de la région, point de départ et finalité de tout investissement. La région sera donc au centre de nos débats. Ainsi, les ateliers ne seront pas liés à des secteurs, mais au développement de la région. Il sera question de la gouvernance régionale, du financement du développement local et du marketing territorial, c’est-à-dire comment mieux promouvoir la région. Sur ce point, nous comptons énormément sur le savoir-faire des autres pays, notamment l’Espagne, où les régions ont une expérience assez aguerrie en matière de marketing territorial.
Justement, quel a été le degré d’implication des régions marocaines dans la préparation de ces Intégrales de l’Investissement?
Nous avons insisté sur le fait que les régions doivent se mobiliser autour de cette conférence. Nous avons tenu des réunions avec les présidents des régions d’une part, et avec l’ensemble des directeurs des Centres régionaux d’investissement d’autre part. Ils sont totalement impliqués dans cette entreprise. Lors du Forum de l’Investissement qui se tiendra le deuxième jour des Intégrales, les régions, les unes après les autres, vont présenter en plénière les opportunités d’investissement et les atouts dont disposent leurs régions respectives. Ceci, sans parler des stands qu’elles ont la possibilité d’installer sur place pour rester en contact permanent avec les participants. A cette occasion, la presse nationale et l’ensemble des investisseurs nationaux et étrangers auront la possibilité de se rendre compte de la différence de développement qui existe entre les régions du Maroc.
Cette dualité, région-investissement, dénote-t-elle d’une nouvelle vision gouvernementale en matière d’investissement?
La stratégie gouvernementale consiste à mieux cerner l’offre « Maroc » dans un certain nombre de secteurs. Nous ne pouvons plus nous perdre dans des offres non compétitives. L’organisation de cette conférence et le choix du thème régional, même si c’est de l’Ijtihad de la part du département que je représente, s’inscrivent parfaitement dans le cadre de cette stratégie qui consiste, comme je vous l’ai expliqué, à zoomer sur un aspect précis de l’investissement. Ceci dit, il n’y a pas d’uniformité dans la gestion régionale. La gestion de la région de Rabat n’est pas identique à celle de Casablanca.
Pensez-vous que les élus d’aujourd’hui et les structures régionales actuelles sont capables de relever le défi de l’investissement?
Il y a une vérité inéluctable: il n’existe de structures que d’hommes. Ceci d’une part. D’autre part, le choix de la décentralisation est une option stratégique pour le Maroc. Si aujourd’hui, nous n’atteignons pas les résultats escomptés, c’est peut-être parce que c’est prématuré. Mais en tout cas, on peut espérer que demain les choses s’amélioreraient en raison de la pratique quotidienne non seulement pour les élus, mais également pour les autorités locales.
Où en est-on aujourd’hui en matière de coopération entre régions marocaines et étrangères?
Force est de constater que la coopération se limite souvent à des rencontres et à des échanges de points de vue. Sans que cela ne se matérialise par des actions concrètes de co-développement. D’ailleurs, nous souhaitons que les Intégrales de l’Investissement soient une occasion pour dynamiser plus la coopération.
Comment se fait-il que le Maroc a du mal à attirer les petits investisseurs étrangers?
En tant que directeur des Investissements, j’ai un sentiment totalement ambivalent sur ce point. D’un côté, des investissements qui se réalisent dans une très grande célérité. A tel point que les investisseurs eux-mêmes sont surpris. D’un autre côté, de petits investisseurs doivent attendre deux ans pour s’installer. L’Administration marocaine fait preuve, à la fois, d’une efficacité remarquable et d’une bureaucratie gravissime. En tout cas, la DIE ne délivre aucune autorisation. Les principaux problèmes se situent au niveau des aspects fonciers et des autorisations qui ne sont malheureusement pas encore du ressort des CRI.
Quel rôle ont joué les régions, lors des négociations des accords de libre-échange signés par le Maroc?
C’est une question importante. Il est vrai que le fait de négocier ces accords sans tenir compte des particularités régionales, soulève quelques interrogations. Donc, il est important que la région soit inscrite dans ce type de négociations.
Justement, le but des Intégrales de l’Investissement est également de faire le point sur ces aspects.
Qu’en est-il des Centres régionaux d’investissement?
Le Maroc a du mal à attirer les investisseurs, notamment, parce qu’il y a plusieurs interlocuteurs. Tous les aspects liés à l’investissement doivent être traités par les CRI. Il faut leur donner les moyens pour qu’ils deviennent responsables à part entière. S’ils ne prennent pas les bonnes décisions, on change les responsables.
Etes-vous suffisamment soutenus par le gouvernement?
Sincèrement, j’ai tout le soutien du Premier ministre, Driss Jettou. Toutefois, et c’est là où je vais nuancer ma réponse, compte tenu des contraintes budgétaires, j’ai zéro dirham. D’où l’importance des sponsors qui nous font confiance.

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