La responsabilité sociale vue au Maroc

La responsabilité sociale vue au Maroc

Inattendu! Plus de 70% des entreprises marocaines pensent que la responsabilité sociale est un sujet sérieux. Dans un sondage réalisé auprès d’un panel assez représentatif du secteur, l’agence Vigeo livre un diagnostic fort intéressant sur la question, principal thème des Intégrales de l’Investissement prévues les 1er et 2 décembre à Skhirat. «La démarche du sondage est beaucoup plus importante que le discours, note Fouad Benseddik», directeur des Méthodes et relations institutionnelles à l’agence Vigeo. «Mais, avertit-il,  l’intérêt du travail ne doit pas se limiter seulement aux statistiques». Les tendances dégagées par l’enquête donne  la  perception de l’entreprise marocaine par rapport à un problème appelé progressivement à devenir une barrière non tarifaire dans les échanges mondiaux. D’ où la nécessité d’une prise de conscience.
Parmi les réponses renvoyées à Vigeo, 20% des entreprises trouvent que le thème de l’ISR (Investissement socialement responsable) est sérieux mais hors sujet au Maroc. Par ordre de priorité, les entrepreneurs trouvent que la question concerne d’abord le gouvernement, avant les investisseurs, les top managers, les partis politiques et la société civile. Si dans certains pays, les acteurs économiques pensent que la responsabilité sociale doit porter sur la protection du milieu naturel, au Maroc, c’est plutôt la bonne gouvernance qui est portée en avant, suivie de l’éradication de la corruption, l’amélioration de la législation sociale et de l’évolution de la gestion des ressources humaines. Le reporting et la communication ferme la marche. L’enquête comportait une partie «Verbatim» où les entrepreneurs pouvaient donner leur avis de manière moins succincte. Résultats: à la tête des priorités, vient d’abord l’indépendance de la justice, et au premier rang des suggestions, c’est  l’ évolution des lois vers les modèles anglo-saxons jugés plus créateurs d’emplois qui se démarque.
Sur la question de la rentabilité de  la démarche sociale au sein d’une entreprise, la majorité des réponses juge que l’initiative est utile à la communauté mais non rentable. Pour la  deuxième catégorie, la démarche est d’abord rentable aux actionnaires. La rentabilité de l’entreprise est possible mais à long terme, ajoute le tiers restant.  Les opérateurs interrogés attendent beaucoup du gouvernement, de la coopération internationale, mais peu de la collectivité locale. A la définition de la responsabilité sociale, les entrepreneurs pensent qu’il s’agit d’abord d’un ensemble de comportements moraux, avant d’être un ensemble d’engagements concrets sur des objectifs précis permettant de conjuguer social et performance économique. «Ces réponses traduisent l’ancrage du Maroc dans le système latin», explique M. Benseddik qui distingue sur cette question d’investissement socialement responsable, deux grands courants : d’abord, l’Anglo-saxon privilégiant  «une conception éthique que l’entreprise doit tenir indépendamment de tout retour d’investissement économique». De l’autre côté, il y a l’approche latine qui consiste à dire que l’entreprise doit «investir et promouvoir les best practices». C’est cette approche instrumentale positive qui est appliquée au Maroc. En conclusion, la perception de «l’ISR» est positive dans le monde de l’entreprise marocaine. Mais, paradoxalement, alors que les entreprises réclament en général la libéralisation et moins d’interventionnisme de l’Etat, elles sont nombreuses à souhaiter l’engagement des pouvoirs publics sur cette question des normes sociales.  Dans la plupart des réponses, la responsabilité du top management est diluée. De même pour les entreprises payer les impôts et les cotisations sociales figurent à la queue  de ce que doit faire un entrepreneur engagé dans l’ISR. Le sondage présenté à la presse jeudi  24 novembre aura au moins le mérite de lancer le débat en prévision des Intégrales de l’Investissement.

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