La Russie se rêve en puissance agricole

La Russie, qui avait délaissé ses vastes terres agricoles après la chute de l’URSS, se rêve en grenier à céréales du monde à l’heure où les crises alimentaires se font de plus en plus aiguës. Le pays accueillait samedi et dimanche à Saint-Pétersbourg le premier forum céréalier mondial, une idée que le président russe, Dmitri Medvedev, avait proposée l’an dernier lors d’un sommet du G8 au Japon. «La résolution du problème du marché céréalier est l’un des thèmes les plus importants liés à la garantie de la sécurité alimentaire sur notre planète», a-t-il souligné samedi dans un discours prononcé à l’ouverture du forum. Selon l’agence de l’ONU pour la FAO, le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde se rapproche du milliard et la situation pourrait empirer à cause de la crise. Dans ce contexte, la Russie, qui possède 40% du tchernoziom mondial – une terre grasse et noire, propice aux cultures -, a une carte à jouer. «La Russie, ce n’est pas seulement du gaz, du pétrole et des métaux. Nous avons aussi beaucoup de ressources céréalières», a résumé la ministre russe de l’Agriculture, Elena Skrynnik. Ces dernières années, le pays est redevenu un des principaux exportateurs de céréales et figure dans le trio de tête concernant les exportations de blé. L’an dernier, sur 108,4 millions de tonnes de céréales récoltées, un peu plus de 20 millions ont été exportées. Le gouvernement russe espère accroître la récolte jusqu’à 136 millions de tonnes et les exportations jusqu’à 50 millions de tonnes. «Il est important d’avoir accès à d’autres marchés», a souligné M. Medvedev, citant l’Asie, l’Europe et l’Afrique. Les autorités russes ont d’ailleurs évoqué la possibilité de créer un «couloir céréalier» avec l’Asie, où la demande est en forte croissance.
Mais les obstacles sont encore nombreux sur cette voie, alors que la surface des terres arables s’est considérablement réduite ces vingt dernières années. Depuis 1993, les pays de l’ex-URSS ont perdu 24 millions d’hectares de terres arables, les trois quarts se trouvant en Russie, a indiqué Dmitri Rylko, directeur de l’Institut russe de conjoncture du marché agraire, soulignant qu’à l’inverse, le reste du monde en avait gagné 31 millions. «D’une part, les autorités soviétiques exploitaient une part importante de ces terres arables de façon totalement improductive», et d’autre part, la chute de l’URSS a entraîné une chute brutale de la demande et du soutien à ce secteur, a-t-il expliqué à l’AFP. Selon le spécialiste, le principal défi auquel doit faire face le gouvernement est le «développement des infrastructures», tels que les silos à grains, qui sont de mauvaise qualité et en quantité insuffisante. Il faudrait davantage d’investissements, mais la crise financière qui a secoué le monde, et la Russie en particulier, n’est pas de nature à les faire croître. M. Medvedev s’est dit prêt à soutenir tout investissement étranger à long terme dans ce domaine. «Nous avons déjà créé des coentreprises importantes (avec des étrangers, ndlr)», a dit dimanche le vice-Premier ministre russe, Viktor Zoubkov, citant les projets gaziers et pétroliers de l’île de Sakhaline et de la péninsule de Iamal. «Nous invitons des pays et ils viennent avec leurs investissements. Pourquoi ne pas créer de telles entreprises sur les terres agricoles libres?», a-t-il suggéré.

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