La Société Générale poursuit sa mue

Plus de trois mois après son déclenchement, l’affaire Kerviel continue de secouer la Société Générale, avec une profonde réorganisation interne et la promotion d’une nouvelle génération de cadres, au premier rang desquels Frédéric Oudéa qui prendra lundi la direction du groupe.
Le Conseil d’admnistration de la banque doit officialiser lundi la séparation des fonctions de président et de directeur général. Daniel Bouton, qui cumule actuellement les deux casquettes, abandonnera la direction générale à son dauphin, Frédéric Oudéa. Mais il continuera de présider le conseil d’administration. Cette nouvelle forme de gouvernance, basée sur une séparation des pouvoirs d’action et de contrôle, a été rendue nécessaire par les déboires de la banque française qui a perdu 4,9 milliards d’euros en janvier en raison des opérations du trader Jérôme Kerviel. Elle marque aussi l’arrivée à la tête de la banque d’une nouvelle génération de cadres dirigeants. M. Oudéa, 44 ans, qui remplace M. Bouton, 58 ans, à la direction opérationnelle, est lui même remplacé à la direction financière par Daniel Valet, 40 ans, jusqu’alors directeur du contrôle de gestion stratégique. M. Oudéa sera épaulé par les deux directeurs délégués, Philippe Citerne, 59 ans, et Didier Alix, 61 ans. Au-delà de ces mouvements au plus haut niveau, le groupe a connu une mue plus profonde de ses équipes dirigeantes, notamment dans sa filiale de banque de financement et d’investissement (SG CIB), pour laquelle travaillait Jérôme Kerviel. En dévoilant les pertes du trader, M. Bouton avait annoncé le départ de «toutes les personnes de la ligne hiérarchique de supervision, jusqu’au patron mondial des actions», soit «quatre ou cinq personnes». Début février, devant le comité central d’entreprise, M. Bouton avait ensuite indiqué avoir procédé à six licenciements. De source proche du dossier, Eric Cordelle, le responsable direct de Jérôme Kerviel, et au moins deux autres supérieurs hiérarchiques, sont sous le coup d’une procédure de licenciement. La Société Générale reprocherait à M. Cordelle «une insuffisance professionnelle», en l’occurence de ne pas avoir détecté les agissements de son subalterne, selon Le Parisien de jeudi. La Société Générale s’est toujours refusée à donner le nom des personnes mises à pied. Pour compenser ces départs, la banque a procédé ces derniers temps à une série de nominations.
Reste le sort du patron de SG CIB, Jean-Pierre Mustier. Considéré jusqu’à l’affaire Kerviel comme le dauphin de Daniel Bouton, il avait fait de la banque d’affaires le principal moteur de croissance du groupe. Mais ce polytechnicien de 47 ans est maintenant donné sur le départ, la banque cherchant, selon des sources de presse, à lui trouver un successeur. Après avoir vu son bénéfice 2007 divisé par cinq, à 947 millions d’euros, en raison de l’affaire Kerviel mais aussi de ses déboires sur les crédits «subprime» américains, la banque doit publier mardi matin ses résultats pour le 1er trimestre 2008. Les analystes tablent sur un bénéfice autour de 975 millions d’euros, en baisse de plus de 30% par rapport à l’année dernière.

• Antoine Agasse (AFP)

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