«La stratégie vient servir la microfinance et non pas une ou deux associations»

«La stratégie vient servir la microfinance  et non pas une ou deux associations»

ALM : Quelle évaluation faites-vous de la microfinance au Maroc ?
 

Mohamed Asri : Personnellement, j’ai toujours cru en la microfinance. Nous n’avons pas à craindre son avenir à condition que nous gardions le cap sur la mission socio-économique pour laquelle est vouée. Le secteur est là pour apporter un soutien financier et moral aux populations précaires. Ainsi, nous sommes dans l’obligation d’accompagner les bénéficiaires dans leurs investissements et d’en assurer la pérennité. Dans cette perspective, il n’est plus question d’accorder de l’argent en contrepartie d’un remboursement sinon nous passerions à une philosophie lucrative et nous rentrerions dans un engrenage de concurrence, effaçant ainsi la vision sociale de la microfinance.
 
Le secteur est actuellement âgé d’une vingtaine d’années. Quels sont les points à rétablir pour gagner davantage de maturité ?

Ayant côtoyé presque toutes les structures, je pense que tout le monde est conscient de ce que j’ai précité.
Les choses évoluent et nous devons nous aligner au changement sinon la microfinance perdra de sa notoriété et sa crédibilité. Il est utile de souligner que le secteur connaît des difficultés en termes de développement de portefeuille. Cette stagnation va certainement être dépassée mais il faudrait rétablir la confiance accordée par les microentrepreneurs pour qui la microfinance est un moyen d’éradication de la précarité et un outil d’aide non seulement au renforcement de la capacité managériale mais également au développement de l’économie nationale.
 
Cela fait deux ans que la stratégie dédiée au secteur est mise sur les rails. Quel commentaire faites-vous de ce dispositif ?

Il est temps de faire un petit bilan pour rappeler les grandes lignes de la stratégie et d’évaluer ce qui a été fait et ce qui reste à faire. Dans cette logique, une mise en synergie entre tous les acteurs s’impose. La stratégie ne se fera pas d’elle-même. Il faudrait que tout le monde y contribue et que tout le monde soit conscient de ses retombées «positives» sur le secteur. Nous devons être conscients que la stratégie vient servir le secteur et non pas une ou deux associations.
 
Vous êtes à la tête du directoire Bab Rizq Jameel Maroc (BRJ). Où se situe votre association dans la sphère de la microfinance marocaine ?

Nous nous positionnons comme partenaire des autres acteurs de la microfinance. Nous venons combler le déficit à travers de nouveaux produits et offres plus adaptées. Notre mission est de combler le gap entre l’offre actuelle et l’offre future.
 
Qu’est-ce qui distingue votre offre de celles existant sur le marché ?

BRJ Maroc vient vraiment dans une logique de complémentarité et de collaboration et non pas dans une logique de concurrence. Nous sommes dans un contexte social et associatif qui cible une population bien précise. Nous avons l’avantage d’être encore une petite association. Donc nous pouvons éventuellement profiter de ce qui a été fait par les autres acteurs et en tirer les leçons. Ainsi, nous pouvons proposer des offres jumelées avec d’autres associations sur des activités où nous pourrons partager les risques.
 
Qu’est-ce qui caractérise les trois ans d’exercice de BRJ Maroc ?

En trois ans, BRJ Maroc a essayé de roder ses machines et voir où elle pourrait se positionner. Aujourd’hui, notre vision est claire. Ces trois années d’exercice nous ont permis de tester les procédures, de former le personnel et le préparer à un éventuel développement. Au-delà de l’observation, nous avons réussi à produire. Nous sommes à 8.000 clients en cours pour 20.000 clients servis et un encours de 21 millions de dirhams. Ces chiffres restent raisonnables pour une association qui exerce depuis trois ans.
 
Quelles sont les activités promues par BRJ Maroc ?

Au même titre que toutes les associations de microfinance, nous soutenons les activités génératrices de revenus. BRJ Maroc est surtout dans une logique de création d’emploi. Si demain je dois financer une nouvelle microentreprise qui générera en moyenne deux ou trois emplois, je lui donnerai la priorité.
 
Comment se décline votre plan d’action ?

Nous ciblons d’ici 2016 environ 100.000 clients. Notre plan de développement doit démarrer en 2015, avec l’ouverture de onze agences principales au premier semestre. Nous adopterons le nouveau découpage régional du Maroc pour créer de nouvelles antennes de BRJ Maroc, et ce en fonction du potentiel de la région et du développement du portefeuille. Ainsi, nous nous fixerons des limites pour chaque agence principale en termes de portefeuille client pour l’inciter à ouvrir dans des zones lointaines urbaines soient-elles ou rurales. Nous voulons que ces agences coiffent et servent l’ensemble de la région. A signaler que les agences régionales auront une gestion autonome supervisée par le siège de Casablanca où se consolidera l’ensemble de l’activité nationale de BRJ Maroc.
 
Et en termes de produit ?

Pour ne pas vous le cacher nous allons proposer à partir de 2015 trois nouveaux produits. Le premier sera dédié aux jeunes détenteurs d’un savoir-faire et aux lauréats d’instituts de formation professionnelle publics ou privés afin de les aider à financer la création d’un projet individuel ou de groupement d’intérêt commun. Le deuxième produit sera destiné à financer les coopératives, notamment celles qui produisent les produits du terroir, car c’est un créneau qui manque de financement. Quant à la troisième offre elle sera baptisée «produit Dari» et permettra éventuellement de financer l’acquisition, la construction et la restauration d’un bien immobilier.

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