La vision Douiri

La dernière étude confiée à un cabinet américain sur les marchés européens cibles a encore du mal à convaincre certains délégués à l’étranger et les opérateurs nationaux. Réunis à Agadir, en marge de la tenue des Assises du tourisme, ceux-ci, contraints désormais de na pas parler à la presse, avouent leur perplexité, devant le montant de l’étude confiée au cabinet américain de Michael Porter. Une prospection qui aurait coûté entre 20 et 30 millions de dirhams sur quatre marchés, à savoir l’Espagne, l’Italie, le Royaume-Uni et l’Allemagne. En fait des marchés sur lesquels le Maroc dispose abondamment d’informations.
En 2003, les délégués marocains en poste dans ces quatre pays avaient tous présenté une étude lors des journées d’information dédiées à leurs pôles respectifs.
Ainsi, le 22 juillet 2004, Redouane Reghaye, représentant de l’ONMT en France (marché non concerné), avait exposé sur la stratégie promotionnelle sur le marché français : son exposé a été qualifié à l’occasion d’universitaire, vu sa longueur. De son côté, Saïd Kacimi avait, retracé les tendances et l’évolution du marché espagnol sur le Maroc durant les trente dernières années avant la tenue du salon Fitur 2004.
Avec des projections sur l’avenir et des recommandations claires. Actuellement représentant du Maroc en Suisse, Fayçal Jorio, qui connaît bien le marché allemand, a consacré lui aussi une journée, le 23 février 2004, à ce marché, en présence de l’ex-directeur de l’ONMT, Fathia Bennis. Une même présentation a été faite sur le Royaume -Uni.
Toutes ces études n’auraient-elles pas permis au Maroc d’économiser les 20 millions de dirhams versés au cabinet américain dirigé, il est vrai, par un grand spécialiste ?
Ce n’est pas l’avis du ministre du Tourisme, pour qui cette étude, annoncée aux professionnels lors des Assises nationales de Marrakech, est une première. Soit disant en passant, il y a quelques semaines au Parlement, Adil Douiri aurait esquivé la question, ainsi que celle relative à la libéralisation aérienne. Pour dessiner la carte du ciel aérien, le Maroc avait déboursé 13 millions de dirhams au Cabinet Mackensey. Sur ce coup, le ministère du Tourisme n’était pas le maître d’ouvrage. Par contre, c’est bien la tutelle du Tourisme qui est derrière la dernière batterie d’études menées dans le cadre des PDR, les fameux plans de développement régionaux, dont les CRT sont appelés à piloter l’exécution. Combien ces études ont coûté au contribuable marocain ? Dommage qu’aucun interlocuteur au ministère ne puisse nous répondre.
Renseignement pris chez les opérateurs, on sait que la seule étude sur Tetouan est évaluée à 6 millions de dirhams. Le marché est revenu au Cabinet Mazars Mesnaoui. Pour Tanger, l’étude de repositionnement, menée par un cabinet espagnol, a pesé 5 millions de dirhams.
Environ 3 millions ont été nécessaires au repositionnement de Fès (toujours par le canal d’un cabinet), et 4 millions à Agadir où le cabinet concerné doit rendre sa copie début février. Dans l’ensemble, les études sur les PDR auront coûté 20 millions de dirhams. Qu’ont-elles révélé au juste ? Rien de particulier que l’on ne connaissait déjà a dit, à Marrakech, Rachid Filali, wali d’Agadir. Même son de cloche à Fès, où quelques membres du CRT disent ouvertement que l’étude confiée au cabinet espagnol aurait coûté moins cher, si elle avait été pilotée par l’université locale en partenariat avec les opérateurs : «On aurait dû économiser au moins 2 millions», lance un professionnel qui a requis l’anonymat, preuve que le débat sur les études est encore du domaine des tabous.
Pour sa part, et d’après nos informations, le CRT de Rabat, récemment constitué, a choisi de faire confiance à l’expertise locale et à l’Université Mohammed V de Rabat pour sonPDR. Ce CRT rejoint ainsi Casablanca, qui, lui aussi, s’est, jusque-là, passé de tout cabinet. Est-ce la raison qui a poussé le ministre du Tourisme, lors des Assises de Marrakech, à qualifier le CRT de la capitale économique de «mauvais élève » ? Précision d’un membre du bureau de ce conseil : «Notre étude marketing (Casablanca 2012) n’a pas coûté un seul centime au contribuable. Elle a été réalisée bénévolement par Amyn Alami et un autre opérateur ».
Les PDR ne sont pas le seul domaine où le ministère a lancé des études. Il y a eu aussi, en 2003, l’étude sur le tourisme rural pour 6 millions de dirhams, sans doute une bouchée de pain comparée aux retombées attendues de cette niche. L’étude sur les marchés transversaux s’est soldée, quant à elle, par un décaissement de 12 millions de dirhams alors que la restructuration de l’ONMT, toujours d’actualité, mais pas encore achevée, a eu droit à 8 millions de dirhams. A ce rythme, disent les mauvaises langues, d’ici 201O, les cabinets s’enrichiront plus vite des retombées touristiques que les hôteliers. Aux détracteurs de cette politique, le ministre du Tourisme peut toujours invoquer «le désintéressement » et la «transparence ». Aucun lien n’existe en effet entre le ministère et le Cabinet Mazars (étude sur Tetouan), ni à fortiori avec Michael porter. Quant aux cabinets d’études, ils pourront toujours affûter leurs armes pour l’avenir. La prochaine étude pourrait porter sur la segmentation sur le marché français. Gageons que d’ici-là, l’Observatoire qui verra le jour courant février et qui aura plus ou moins 5 millions de dirhams, n’aura pas droit, lui aussi, à une petite étude de prospection sur les meilleurs mécanismes de veille dans le pourtour méditerranéen.

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