L’adieu à Menchen

L’adieu à Menchen

Ayant fait les beaux jours de la présence du groupe Telephonica au Maroc, le patron de Méditel nous quitte. Le personnage est trop atypique pour que son départ passe inaperçu. Sa mission, des plus difficiles, a été trop bien accomplie, pour qu’elle ne soit pas retenue par les annales des télécommunications au Maroc comme l’une des plus belles réussites économiques de ces dernières années au Maroc. Lui, c’est bien le charismatique Miguel Menchen, celui qui a marqué les esprits, tant par la qualité de son travail que par ses propres qualités intrinsèques. D’ailleurs, les deux aspects ne font qu’un pour celui pour qui «le savoir-faire allait de pair avec le savoir-être». Pourtant, le défi à relever était de taille, tant pour l’entreprise que pour ses hommes. Arrivé au Maroc à la fin des années 1990, Méditel se devait de se frayer son chemin dans un secteur hautement concurrentiel. Ce qui explique les difficultés rencontrées au départ. Il fallait attendre qu’un homme des missions impossibles fasse son entrée en avril 2004 pour que la tendance soit, doucement mais sûrement, réajustée, en un laps de temps record.
Initiateur d’une nouvelle stratégie qui allait s’avérer salvatrice, M. Menchen a procédé d’emblée à deux traitements de choc. Le premier n’est autre que financier. Après des années de forte mobilisation de fonds propres, via des augmentations successives de capital, qui n’allaient plus en finir, Miguel Menchen a su, d’abord, sortir l’opérateur d’une logique déficitaire pour l’intégrer dans la sphère de la rentabilité. Un véritable miracle économique suite auquel confiance et motivation ont pour la première fois fait office de leitmotiv à l’opérateur. Le second fer de lance de la politique Menchen est d’ordre commercial. Multipliant offres, intéressements et accompagnements de la clientèle, Méditel aura non seulement participer à la démocratisation de la téléphonie mobile au Maroc, mais a ouvert de nouveaux horizons pour le développement du secteur. Aux produits adaptés à toutes catégories d’usagers (Médijahiz pour les jeunes, Imédia pour les mordus, Médifellah pour le monde rural, le fixe via mobile, Médite entreprises) est venue s’ajouter une forte offensive commerciale, alliant efforts de sponsoring de joueurs et d’artistes tels que Younès Aynaoui, Marouan Chemmakh, Hassan El Fad, accompagnements d’événements culturels, dont les festivals (Essaouira, Timitar, Tanjazz…) et initiatives d’utilité publique (Médiplage).
De quoi affirmer que les ambitions de Menchen étaient loin d’être les moulins à vent de Don Quichotte, bien  que les deux personnages ont en commun les mêmes origines : la région de La Mancha. Et ce n’est pas tout. La petite histoire, l’évolution et les choix qui ont parsemé la vie de l’homme relèvent également du romanesque. Fils du peuple, sans être issu de la misère, le jeune Miguel Menchen, avant de devenir le grand patron connu, avait, il y a bien longtemps choisi son camp. Il est aussi un homme de gauche qui avait opté pour la voie de la liberté contre un franquisme oppressant des années 70.  Lors d’un récent passage à Madrid, Miguel Menchen n’a pas hésité à livrer une part de son histoire personnelle, faite d’excellence dans les études, mais aussi d’engagement politique,  qui n’a pas été sans lui valoir quelques bastonnades au sein même de l’Université polytechnique de la capitale, dont il est sorti Docteur  ès Télécoms, après un diplôme d’ingénieur supérieur dans la même filière  ainsi qu’un autre diplôme en Direction et administration d’entreprise.
Celui qui fêtera le 7 septembre  ses 51 ans, aura fait bien du chemin depuis. Leader, dans un premier temps, du groupe d’experts de Telefonica pour l’interconnexion entre fixe et mobile, chantier qu’il a ouvert également au Maroc,  avec l’entrée en lice de Méditel en tant que second opérateur fixe national, Menchen est nommé en 1994 en tant que directeur de coordination de GSM chargé du lancement du service Movistar avant de prendre en charge notamment la Direction de développement des services en 1996 et celle, en 2000, du développement du marché espagnol. Continuant sur sa brillante lancée, il est nommé membre du Comité de direction de Telefonica Moviles Espana (1999-2001), l’un des plus grands opérateurs télécoms en Europe. Le voyage au Maroc suivra, avec les prouesses que l’on connaît. Prochaine étape, le Mexique, plate-forme à partir de laquelle il aura à gérer les intérêts du groupe, et ils sont énormes, en Amérique latine.
L’homme, respecté par tous, y compris par ses collaborateurs, n’en reste pas moins d’une humilité qui semble littéralement lui coller à la peau, et d’une fascinante simplicité. Pour preuve, c’est lui qui tient à présenter aux représentants des médias marocains, lors des voyages au siège de Telefonica, les derniers bijoux de la technologie du groupe. Sourire aux lèvres, toujours accessible, Menchen est également un bon vivant qui sait profiter de la vie. Sa compagnie manquera à bon nombre de ceux et celles qui l’ont côtoyé. Tous espèrent son retour et continuent de dire : Hasta luego Miguel.

Bensalem Fennassi
et Tarik Qattab

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