Laits et dérivés : une fiscalité obsolète

Derrière la montée en force des produits «Jaouda» et de la coopérative COPAG, il y a indéniablement l’efficacité d’un groupe qui, sans avoir réinventé la roue, a tout de même réussi à mettre en place une usine aux normes de production compétitives et un système de distribution efficace. A Casablanca et à Rabat, dans bien des domaines, la coopérative de Taroudant, que se partagent plusieurs agriculteurs, fait jeu égal avec la puissante Centrale Laitière. L’impact de la concurrence, bien réel, est pour le moment contenu puisque la Centrale Laitière revendique 70% des parts de marchés. Il n’en demeure pas moins que l’essentiel de la bataille entre les producteurs industriels, généralement des PME, et les coopératives (ces derniers supportent peu de moyens financiers, et surtout peu de contraintes fiscales), se déroule sur le terrain de la distribution. Leader du marché, la Centrale Laitière s’est mise à la donne avec pour crédo une nouvelle dynamique commerciale. Celle-ci passe d’abord par une chaîne de distribution sécurisée. Le réseau de distribution du groupe joint 50 000 points de ventes, dont 40 000 de manière directe. Le reste se fait indirectement, à travers des revendeurs agréés. Ce chiffre est en progression d’année en année. La nouvelle stratégie adoptée consiste à mettre à la disposition des revendeurs du matériel adéquat, à commencer par les réfrigérateurs. Le groupe donne les conditions commerciales, tout en restant le maître d’oeuvre. L’identification des revendeurs potentiels se fait en collaboration avec l’ANAPEC. Les responsables de l’entreprise comptent en distribuer jusqu’à 2000 cette année. L’enjeu, c’est d’assurer un meilleur accès aux produits de la filiale de l’ONA et d’étendre les produits à toutes les couches. L’appel d’offres et les critères exigés pour pouvoir obtenir un frigo le prouvent, l’hygiène et la qualité sont déterminantes dans la sélection d’un candidat, bien avant le chiffre d’affaires. Seule restriction imposée aux épiciers et aux revendeurs : le fait de ne pas utiliser les réfrigérateurs pour vendre des produits concurrençant ceux de la Centrale Laitière. Le groupe compte passer à la vitesse supérieure dès 2004 avec le lancement d’un nouveau produit par mois. Cela dit, si sur le terrain, les coopératives, essentiellement Jaouda, ont grignoté des parts de marché, cela n’a pas ébranlé la Centrale Laitière qui a enregistré durant le premier semestre 2003 une hausse de 6,5% de son chiffre d’affaires, lequel a atteint 1,491 milliard de DH. Les produits dérivés ont peu souffert de la concurrence, contrairement au lait. Ce qui n’est pas étranger à la revitalisation de certaines marques dont Salim (Lait UHT). Les perspectives du marché sont intéressantes bien que, de l’avis des industriels, il est temps de revoir la législation en matière des coopératives. La révision de la fiscalité des coopératives, non soumise à la TVA, demeure l’une des principales revendications du secteur «La base de la concurrence est faussée dès le départ, puisque seuls les industriels s’acquittent de la TVA, les coopératives restant exonérées». Pourquoi ne pas aligner celles dont le chiffre d’affaires dépasse 50 millions de dirhams sur le régime des PME ? s’interroge M. Traki dont l’entreprise supporte des charges de TVA supérieures à 200 millions de dirhams. La loi sur les coopératives, datant de 1960, exonère ces dernières de l’impôt sur le profit. A l’époque, le législateur voulait encourager ces structures, aider le monde rural. Ce qui ne serait plus le cas aujourd’hui aux yeux des industriels puisque certaines coopératives réaliseraient jusqu’à 800 millions de chiffres d’affaires. En définitive, la question qui se pose est de savoir si la plupart des producteurs organisés en forme de coopératives sont encore des coopératives suivant leurs tailles et leurs moyens de production ? Les revendications de l’AFPL, Association des sociétés fabricant les produits laitiers, s’en tiennent jusque-là à la position de principe à savoir que la loi doit contraindre les coopératives à utiliser comme matière première le lait livré par les membres. Condition difficile à respecter en temps de sécheresse.

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