Larbi Bouras : moderniser notre flotte

Larbi Bouras : moderniser notre flotte

ALM : Vous avez toujours défendu une vision moderne de la pêche que ce soit au Parlement où vous êtes conseiller ou au niveau de la Chambre maritime de Tanger dont vous êtes vice-président. En quoi consiste cette vision ?
Larbi Bouras : En effet, bien avant que je devienne un représentant politique de la profession, la pêche dans notre pays m’a toujours passionné. En fait, mon ambition est de voir ce secteur atteindre le même niveau que celui du Japon ou de l’Espagne, etc.   
Cette conception tire sa force de l’idée maîtresse que ce secteur représente un levier très important de l’économie nationale , mais en  même temps il est  très fragile ; c’est pour cela que nous devons œuvrer sérieusement pour que certains paramètres soient à tout prix sauvegardés par le respect scrupuleux de la réglementation en vigueur, sans oublier que le secteur a besoin de réformes qui doivent être conformes aux programmes de développement économique que notre pays s’est fixé. Bien entendu, cette vision de l’avenir doit prendre en considération trois facteurs primordiaux :
-a) la performance de l’outil de travail. En effet, aucune mesure ne saura améliorer la situation du secteur, si des mesures d’accompagnement ne sont pas retenues au départ pour une modernisation effective et adéquate de notre flotte. Nous n’avons pas le droit de continuer à rêver d’un avenir meilleur avec une flotte vétuste et inadaptée.
-b) les ressources humaines, deuxième volet primordial, car sans l’élément humain, aucune action ne peut être envisagée ni programmée, il est certes indispensable de promouvoir une politique de formation à tous les niveaux de la chaîne de même que le recyclage et la formation continue doivent être le leitmotiv de toute action de modernisation du secteur.                 
-c) la recherche de la qualité doit être la finalité de toute notre politique dans ce secteur, car aucune mesure, aucune rénovation, aucune action aussi réussie soit-elle, ne viendra en aide à notre production halieutique, si le label de qualité n’accompagne pas notre production. Cette qualité doit se refléter dans nos bateaux avant, pendant et après l’effort de pêche, dans les caisses pour le transport, dans les locaux de manipulation ainsi que dans toute la chaîne de commercialisation.    
Évidemment, ce train de mesures ne peut faire que du bien à l’ensemble de la filière avec une rentabilité assurée pour les différents intervenants.

En tant qu’expert du secteur, quels sont à votre avis les moyens à mettre à œuvre pour réussir sa mise à niveau ?
Depuis fort longtemps, un mot ne cesse d’être ressassé : «  mise à niveau » Or,  depuis mon arrivée dans le secteur, l’un des dossiers que je n’ai jamais cessé de défendre concerne la modernisation de nos ports, et leur mise en conformité avec les nouvelles exigences tant nationales qu’internationales, pour sauvegarder nos bateaux, notre production. En un mot, notre qualité de vie et l’avenir de nos futures générations.
Cette mise à niveau des infrastructures portuaires, que nous revendiquons, pour tous les sites de débarquement du Royaume, doit être accompagnée d’une politique de proximité de la part des diverses administrations qui gèrent ce secteur, pour assurer une meilleure commercialisation, une plus grande transparence et un meilleur suivi au niveau de l’écoulement de cette ressource noble, à la fois fragile et périssable, aussi bien au niveau de la commercialisation à l’échelon national qu’au niveau des exportations.

La modernisation de la flotte, élément-clé de cette mise à niveau nécessaire, est-elle sur la bonne voie ?
Comme vous l’avez très bien saisi, la modernisation de la flotte est un des éléments primordiaux pour  la relance du secteur halieutique, même si elle n’est pas la seule en jeu.
Est-elle sur la bonne voie ?  Oui relativement, car si nous ne prenons pas les mesures adéquates pour que nos bateaux répondent aux normes strictes tant au niveau de leur construction qu’à celui de leurs équipements tout en étant adaptés à l’activité à laquelle ils sont destinés, nous paierons tôt ou tard le prix de cette négligence.

Les plans d’aménagement sont-ils selon vous un instrument efficace pour une gestion rationnelle de la ressource ?
Sans doute. Les plans  d’aménagement ont été élaborés pour assurer un avenir à notre pêcherie et nous sommes pleinement conscients de l’importance que revêt pour nous la mise en place de ces programmes sans oublier que nous espérons que les dispositions qui ont été élaborées et celles en cours, couvriront toutes le pêcheries sans exception.

La valorisation du poisson a-t-elle atteint le niveau souhaité au Maroc sachant que ce créneau est porteur sur le plan économique ?
Vous me posez là une question-piège. Mais je vais essayer de vous répondre. Pour ce qui est de la pêche démersale, la situation est contrôlable et les mesures adéquates permettront une reprise en main de la situation par notre pays.
En ce qui concerne la pêche pélagique et plus particulièrement celle de la sardine, je suis obligé de tirer la sonnette d’alarme car depuis plusieurs années et en dépit des rapports plus qu’alarmants de l’I.N.R.H, les usines de fabrication de farine et huile de poissons ne cessent de pomper directement de la mer une sardine de première qualité et ce au détriment des conserveurs, congélateurs et autres circuits de commercialisation.
Ce qui fut au début une activité marginale qui récupère les déchets des usines de conserve ou du poisson des fonds des cales est devenu une industrie à part entière qui exige sa part du marché sans souci aucun pour l’avenir de notre ressource.
À cette industrie qui déprave le secteur, il convient d’ajouter le problème qu’une partie de notre flotte continue de négliger et qui consiste en la non-utilisation des caisses à bord pour la pêche des espèces pélagiques et la conservation sous glace. Je suis persuadé que mes collègues ne vont pas apprécier cette dernière proposition, mais faite vous-même le calcul : la différence entre le prix d’un poisson bien glacé et en caisse sans perte ni en quantité, ni en qualité organoleptique, ni en fraîcheur et présentation, et un poisson conservé en vrac à bord dans une saumure et manipulé à plusieurs reprises avant d’arriver à sa destination finale.

Faut-il ouvrir la pêche nationale à un partenariat international rénové et productif au lieu de signer à nouveau des accords avec l’Espagne ou l’Union européenne ? Quel est votre point de vue ?
Écoutez, je ne veux pas polémiquer avec notre gouvernement, ou mettre en doute la bonne foi qui l’anime.
Ceci étant, je ne pense pas que les autorités de tutelle prennent des décisions sans l’avis des scientifiques de l’I.N.R.H. qui tiennent compte des intérêts suprêmes de la Nation, de notre secteur et de toute une population qui vit de ce secteur aussi bien en mer qu’à terre, sans parler des bienfaits économiques et nutritionnels de cette activité.

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